Trois variétés de papier japonais ont été enregistrées comme patrimoine culturel immatériel. Mais qu’est-ce que le washi exactement ? Quelle est sa place dans le Japon d’aujourd’hui ? Si vous l’ignorez laissez-vous donc entrainer dans le monde du papier japonais.

 

1. Le papier washi entre au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco

 

Cette reconnaissance eut lieu le 27 novembre dernier (heure japonaise) et trois variétés de washi ont obtenu cette distinction. Cette nouvelle a sans doute été lue par un grand nombre de gens.

Mais savez-vous faire la différence entre le washi et d’autres types de papier ? Même parmi les japonais il y a certainement de nombreuses personnes incapables de répondre à cette question.

En premier lieu le matériau de base du washi provient d’un arbre de la famille du mûrier.

 

Matière première : le mûrier

washi-prunier_mini

Le washi est produit à la main le plus souvent à partir de l’écorce du mûrier (voir aussi de mitsumata et de gampi) par un procédé traditionnel manuel.

 

Le processus de fabrication

fabrication-washi

La fabrication du papier commence à partir des écorces du mûrier que l’on fait cuire pour obtenir des fibres, fibres qui seront ensuite rincées une à une pour les débarrasser de leurs dernières impuretés. Puis elles sont battues pour être séparées mais sans être cassées, cette opération permettant de les assouplir.

La pulpe obtenue après le battage est mélangée avec de l’eau et du mucilage dit ‘neri’ en japonais. Le neri est une substance végétale qui a la particularité de se gonfler dans l’eau pour devenir une matière visqueuse.

Le mélange eau-pulpe-neri est préparé dans une cuve où l’on va installer le tamis avec lequel l’artisan va aller chercher la pulpe grâce à des mouvements précis comme l’illustre la vidéo ci-dessous. Une fois les feuilles réalisées, elles seront pressées pour en extraire le surplus d’eau puis mises à sécher au soleil, au feu de bois ou sur une plaque électrique.

Les mouvements sont si rapides que l’on a du mal à les distinguer. Cette méthode serait née au Japon il y a 700 ans, le papier japonais a donc une longue histoire derrière lui. Maintenant, intéressons-nous aux trois types de washi qui ont été reconnus par l’Unesco.

 

2. Les papiers washi classés

 

Les papiers qui ont été distingués comme patrimoine culturel immatériel sont : le Honminoshi originaire de Gifu, le Sekishubanshi de Shimane et le Hosokawashi de Saitama. Ce sont tous des papiers washi mais chacun présente des particularités qui lui sont propres. L’illustration que le washi dispose d’une large palette d’utilisations.

 

  • Le Honminoshi de Gifu

honminoshi

Le Honminoshi est le plus ancien papier présent dans la maison du Trésor Shôsô-in du temple Tôdai-ji à Nara. Il est dit que malgré ses 1300 ans d’âge ce papier aurait conservé sa douceur d’origine. Ce qui revient à dire que le Honminoshi fabriqué en 2014 sera toujours aussi doux en l’an 3314.

papier-washi-kyoto

▲ Pour l’éclairage de la maison des hôtes d’Etat de Kyoto, le Honminoshi est employé comme papier shôji.

A la période Edo, les fournisseurs du gouvernement se sont intéressés au papier, en particulier pour les shôji (cloisons coulissantes en papier translucide) de grande qualité. De nos jours les couloirs du hall de réception et de « l’espace glycine » sont recouverts de 5000 pièces de papier Honminoshi fabriquées artisanalement. Ce Honminoshi contribue au charme de la maison d’hôtes alliant distinction de premier ordre et luxe raffiné.

 

  • Le Sekishubanshi de Shimane

Sekishubanshi

La résistance de ce papier fait que depuis longtemps les marchands d’Osaka l’utilisent pour leurs livres de comptes : en cas d’incendie ils jetaient les registres par la fenêtre pour les sauver du désastre. Le Sekishubanshi, tout en étant solide n’en est pas moins extrêmement doux et fut aussi employé pour des shôji.

livre-washi_mini

▲ Sekishubanshi : le papier proche du peuple

Pendant longtemps les japonais ont garni leurs shôji de papier Sekishubanshi mais le mode de vie des japonais a évolué et le nombre de maisons pourvues de shôji a diminué. Cependant, bien que l’utilisation de shôji soit sur le déclin, pour rehausser son statut de bien culturel ce papier est dorénavant employé pour la calligraphie, pour imprimer diplômes et distinctions, élargissant par là son champ d’utilisation.

 

  • Le Hosokawashi de Saitama

Hosokawashi

Les caractéristiques de ce papier sont sa brillance et sa solidité naturelles ainsi que son épaisseur uniforme. Sa qualité est telle que l’on dit que la famille impériale l’utilise pour les enveloppes de ses invitations écrites. Ce papier sert aussi à relier des livres de style japonais et aux impressions d’art.

Avec une telle polyvalence on se demande s’il existe un autre papier avec autant de classe et d’élégance.

Hosokawashi_mini

▲ Qui seront les héritiers de la fabrication du Hosokawashi ?

Le problème de la succession est épineux. A l’époque Edo, les agriculteurs devenaient fabricants de papier pendant la hors-saison, mais ces dernières années la demande n’a cessé de diminuer et l’association des artisans du Hosokawashi ne compte plus que 11 membres.

Son président espère : « Avec cet enregistrement [comme patrimoine culturel immatériel] n’y aura-t-il pas des gens qui voudront apprendre ? Ces gens voudront faire de leur mieux pour créer un environnement où le papier pourra se développer ».

Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement de la transmission d’une tradition mais surtout de la capacité à maintenir l’indépendance d’une production prospère.

Maintenant que ce papier a été reconnu par l’Unesco, il serait appréciable que de nombreuses personnes prennent conscience de ce problème et tentent d’y remédier.

 

3. Le charme du washi

 

Depuis plus de 1000 ans

washi-resistant

En général, le pH du papier washi est neutre. Le papier acide quant à lui se dégrade rapidement et suivant le produit il ne dépasse guère les 100 ans. Quant à savoir pourquoi le washi est toujours en bon état après 1000 ans il semble que le secret réside dans ses ingrédients.

 

Une aération extraordinaire

shoji door

Le papier japonais doit sa forme à ses fibres finement entrelacées, bien sûr il en existe de différentes épaisseurs mais il laisse tout de même passer l’air par d’imperceptibles orifices.

Ainsi, même si la porte est close la brise traversera les minuscules trous du papier et la pièce sera bien ventilée sans avoir à ouvrir la porte.

 

Il produit une lumière douce

lampe-washi

Comme mentionné ci-dessus, le washi comporte de nombreuses ouvertures et crevasses. De ces trous plus ou moins grands nous pouvons voir une lumière filtrer d’une manière complexe. La lumière atteint directement nos yeux d’une façon unique, douce et légère. Aussi, si vous prenez une photo avec une lumière tamisée par du washi vous obtiendrez un rendu chaleureux.

 

Pliable mais solide

Sans titre-19

Comparé aux autres papiers, le washi a des fibres longues. Les fibres courtes de ces papiers se déchirent après plusieurs pliages alors que celles du washi resteront intactes même si le papier est plié de façon répétitive et/ou permanente comme c’est le cas avec un paravent par exemple.

 

Comparaison entre du washi et du papier occidental

paper_img5_02

A gauche une microphotographie de papier occidental et à droite de washi. On voit clairement la différence entre les fibres courtes et minces du papier occidental et celles épaisses et longues du washi.

 

4. Réalisations en washi

 

Enfin intéressons-nous à l’emploi que les Japonais font au quotidien du washi. Voici 5 objets surprenants et débordants d’imagination.

 

  • Sac

1750_21Il ne s’agit pas de la photo d’un sac juste avant qu’il ne craque. Ce sac en washi peut supporter jusqu’à 10 kilos. Il ne craint pas la pluie et vous pouvez même y mettre un parapluie mouillé.

Chaque sac est produit par un seul travailleur disposant de sa machine à coudre individuelle. Le fabricant de washi Onao a crée une nouvelle sorte de washi nommée ‘Naoron’ et avec le concours du designer Naoto Fukasawa a conçu ce sac.

Un grand amour du washi permet la création de produits de haute qualité telle que celui-ci.

 

  • Chaussures pour bébés

Sans titre-20

Des chaussures ? Peut-être une sculpture faite de washi ? Et non, vous avez tout faux. Ce sont bien des chaussures à part entière qui peuvent être portées. Un concept assez étonnant.

« Nous voulions célébrer ces chaussures pour bébé, les premières qu’il enfilera et avec lesquelles il fera ces premiers pas, créées avec du papier fabriqué de manière traditionnelle. Cette idée en tête, les ‘chaussures de Dieu venues du Paradis’ ont vu le jour. » (stylestore.jp)

Le procédé de fabrication de ces chaussures est le même que pour le Sekishubanshi. Pour vous-même ou pour le bébé de bons amis elles peuvent être un joli présent.

 

  • Vases pour fleurs

写真2

On dirait des vases de porcelaine autour desquels une feuille de washi aurait été enroulée. Erreur, ces vases sont uniquement faits de washi ! Pourquoi ne pas se contenter de coller du papier sur un vase normal ? Mettons de coté cette question inutile et regardons de plus près cette technique révolutionnaire :

  • Le vase est imperméable, vous pouvez y verser de l’eau directement
  • L’aspect et la sensation d’un véritable washi sont là
  • Il a passé les tests d’hygiène et de sécurité alimentaire et peut être employé comme vaisselle de table.
  • Vous pouvez l’utiliser encore et encore comme vase à fleurs ou n’importe quoi d’autre ayant besoin d’eau
  • Le washi pouvant être teinté, une série de différentes couleurs est en cours de développement

N’est-ce pas surprenant ? Ce vase en washi lorgne même du coté de la vaisselle de table. On pourrait imaginer ainsi des assiettes en papier réutilisables, moins volumineuses que des assiettes en plastique, plus facile à ranger et plus écologiques.

 

  • Coque d’Iphone

iphone-papier

Cette coque d’Iphone est en washi, la passion des japonais pour ce papier se révèle incroyable. Vous pourriez vous demander « Y aurait-il un pouvoir qui tenterait de transformer tout objet manufacturé en washi ? ».

 

  • Accessoires

18

Quelle belle fleur n’est-ce pas ? Que l’on puisse la réaliser en washi est intéressant mais le point le plus important du washi réside dans son toucher doux et son raffinement élégant. C’est un accessoire pop mais de part sa composition en washi il parait étonnamment sophistiqué.

 

Qu’en pensez-vous ?

 

Vous avez pu découvrir différentes facettes du washi. J’espère qu’à la lecture de cet article vous vous serez pris d’affection pour ce papier, même juste un peu.

akari_art_mini

Une dernière photo en guise de conclusion. En novembre 2014, dans la ville de Mino (préfecture de Gifu) d’où est originaire le washi classé Honminoshi, a eu lieu comme chaque année une exposition artistique d’objets faits avec ce washi. Durant cet évènement vous pourrez admirer de visu la texture douce du washi et toutes les créations qui en découlent. Laissez-vous tenter si l’occasion se présente.

 

Source : tsunagujapan.com || Image : Shutterstock.com

 

Discussions

9 Réponses

  1. caligula63

    Excellent article.

    Ma fille me demande du papier depuis une semaine, pour faire des origamis, lorsqu’elle a lu l’article, c’est à peine si elle ne m’a pas demandé d’aller en chercher directement au Japon.

    Sale gosse!

    Mais la technique de réalisation est intéressante. Ça me change du papier issu du Moulin de Richard de Bas…

  2. Mathilde

    Nous sommes des passionnés des techniques de fabrication du papier au Japon. c’est une excellente décision d’élever cet art et de l’inscrire au patrimoine mondial. En France, cela permettra de le faire connaitre à un plus grand nombre. A notre échelle nous diffusons la bonne parole sur les propriétés exceptionnelles du papier fabriqué au japon, des usages multiples que nous pouvons en tirer sans qu’il ne s’abime. C’est un vrai plaisir de travailler autour de ce thème qui nous tient à coeur.
    Mathilde

  3. Le meilleur attaché de presse de Marcel Proust était Marcel Proust – KelNews

    […] Une nouvelle vente aux enchères d’objets ayant appartenu à Marcel Proust (1871-1922) a levé le voile sur les stratégies utilisées par l’écrivain pour faire parler de lui et de son œuvre. L’objet que la maison Sotheby’s mettra en vente à Paris, le 30 octobre, est jugé rarissime : un des cinq exemplaires de Du côté de chez Swann imprimés sur un des plus beaux papiers du monde, le papier « washi ». […]

Laisser un commentaire