Près d’une rue miteuse où s’alignent des maid cafés dans le quartier d’Akihabara à Tokyo, Yumeno Nito, 24 ans, explique à son groupe de visiteurs qu’ici beaucoup d’adolescentes en jupe courte haranguent les passants. « Promenez-vous à votre guise et allez leur parler » les encourage-t-elle.

 

Le but de ce tour n’est pas de favoriser des rencontres sordides mais de sensibiliser sur ce que Nito appelle un problème social alarmant.

Ces tours, organisés par Colabo, un groupe de soutien tokyoïte pour jeunes filles, emmènent leurs participants dans les zones de divertissement de la capitale pour étudier le « JK business ». « JK » est l’abréviation de joshi kosei qui signifie lycéenne en japonais. Ce business comprend le « JK strolling » (flâner avec une lycéenne) ou des rendez-vous tarifés avec elles.

Des jeunes filles en uniforme scolaire distribuent des prospectus pour des "promenades tarifées" dans le quartier d'Akihabara à Tokyo (photo du Asahi Shimbun)

Des jeunes filles en uniforme scolaire distribuent des prospectus pour des « promenades tarifées » dans le quartier d’Akihabara à Tokyo (photo du Asahi Shimbun)

D’après Nito, de nombreuses lycéennes ne réalisent pas que leur travail se rapproche fortement de la prostitution et qu’elles courent le risque d’être violées.

Colabo a démarré ses tournées nocturnes en juin pour montrer aux adultes à quels dangers s’exposent ces lycéennes dans de telles activités flirtant avec la ligne rouge. Environ 70 personnes ont participé aux tours, dont des gens travaillant dans l’éducation, des étudiants et des juristes selon Colabo. Le tour coûte 6 000 yen (44€).

Un tour récent a emmené trois participants entre une vingtaine et cinquantaine d’années dans le quartier de Shinjuku, puis de là à Akihabara, le centre de la culture otaku.

« Certaines filles ont moins de 18 ans et peuvent être arrêtées pour absence injustifiée (de l’école) » déclare Nito.

Le groupe pénètre dans une rue aux enseignes de néons voyantes et panneaux d’affichages montrant des photos de jeunes femmes. Une douzaine de filles non maquillées et vêtues de l’uniforme scolaire se tiennent des deux cotés de la rue, tous les deux mètres. Elles distribuent des prospectus qui annoncent : « visite guidée, 5 000 yen pour 30mn ».

Les participants leur demandent leur âge. « 15 ans », « 17 ans » leur répond-on.

L’une des jeunes filles interrogée sur le choix de ce travail explique : « C’est bien plus facile que les autres jobs à temps partiel et ça paie mieux ».

Nito raconte que les adultes séduisent les jeunes filles pour cette industrie par des flatteries telle que : « vous êtes si mignonne que je n’ai pas pu m’empêcher de venir vous parler ». On fournit aux filles un moyen de se faire de l’argent, des relations, et parfois un toit. Mais pour Nito, plus les filles ont pris leurs aises dans cette vie plus le danger augmente et il devient plus difficile d’abandonner cette activité.

Nito elle-même était une adolescente désespérée qui a erré dans les rues de Shibuya à la recherche du sens de sa vie. Beaucoup de ses amis ont sombré dans le monde des gangsters et de l’industrie du sexe. Certains se sont suicidés.

Elle veut désormais aider ces adolescentes pour leur éviter un tel destin. « Je crois que leur rendre une place dans la société est la responsabilité des adultes » assène-t-elle.

 

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Yumeno Nito, deuxième en partant de la gauche, décrit aux participants les réalités derrière le JK business dans une rue de Shinjuku à Tokyo (Sumie Saito)

 

Source : Asahi shimbun || Shutterstock.com

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