Préalable à un éventuel retour des populations dans les villages, la décontamination des sols génère des millions de tonnes de déchets. Le long des routes, des « ballots » de terres radioactives s’étendent à perte de vue.

 

« Sur la carte de vœux de l’an prochain, j’ai écrit : « Etre conseiller municipal est difficile à gérer, ma femme est difficile à gérer mais le problème nucléaire est encore plus difficile à gérer » ».

Le maire de Iitate Norio Kanno a été réélu il y a un an, il n’appartient à aucun parti politique même s’il avoue une sympathie libérale-démocrate, et 90% de ses 6.000 administrés vivent depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima, dans un rayon d’une heure autour de sa ville : découpée en trois zones, en fonction de la radioactivité ambiante, personne ne peut passer la nuit sur place.

Son chantier pour 2014 est immense : mener à bien la décontamination de son bout de territoire, situé à quelque 40 kilomètres de la centrale de Fukushima-Daiichi.

« Nos travaux de contamination sont en retard, nous venons de commencer et le gouvernement estime qu’il faudra trois ou quatre ans pour les mener. Je lui ai demandé de faire d’abord les travaux autour des maisons. Nous espérons ainsi un premier retour au printemps ou à l’automne 2015 », explique-t-il.

Les travaux sont titanesques : maison par maison, il faudra nettoyer les toits, gratter les sols, gérer les boues issues des eaux d’évacuation. Dans les champs des zones vertes –celles dont la contamination peut laisser envisager un retour prochain des populations, d’immenses bâches vertes recouvrent des monceaux de terre retirées des champs –ce sont les « kari oki ba », les entreposages temporaires.

Vers Okuma, non loin de la centrale, des « big bag » –pesant chacun une tonne- s’étendent aussi à perte de vue le long des routes comme des ballots de foin après la récolte.

Une récolte particulière : protégés des poussières radioactives par des masques et des combinaisons, les ouvriers mettent dans ces grands sacs en plastique les 5 à 10 premiers centimètres de terre, la plus chargée en becquerels.

Pour revenir habiter dans les zones les moins sévèrement touchées, le gouvernement s’est fixé un objectif de long terme de 1 millisievert par an, soit la dose admise pour le public en France.

Norio Kanno a décidé, lui, de proposer à ses administrés de rentrer à partir d’un seuil de 5 millisievert. « Il y a le risque de la radioactivité, mais il y a aussi le risque du changement de vie. L’essentiel, c’est d’assurer l’équilibre », estime-t-il.

 

Limiter les volumes de déchets

 

Dans un champ en contrebas de la route, Areva, Veolia Propreté et GRS Valtech testent une machine, baptisée Contaminated sol sourcing unit (CCSU) censée, à l’aide d’une sonde, trier la terre en fonction de son degré de contamination.

D’autres entreprises sont sur les rangs, comme le japonais Pony, allié à une technologie américaine. Mi-janvier, Areva et ses partenaires Atox et Chiyoda Technol auront finalisé les tests et présenteront leurs résultats aux communes susceptibles de la louer, tandis que la terre la moins polluée pourrait servir à construire des digues ou des tripodes.

L’enjeu majeur, outre la dépollution, est en effet de limiter les volumes de déchets. Selon l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, qui effectuait le voyage jusqu’à Fukushima, entre 28 et 55 millions de mètres cubes devront ainsi être entreposés puis stockés.

Début décembre, le quotidien japonais Asahi Shimbun a indiqué que le gouvernement prévoyait de débloquer 700 millions d’euros dans le budget 2014 pour créer un site de stockage pouvant conserver ces déchets (terre, herbe, feuilles…) une trentaine d’années. Un montant pris à sa charge en lieu et place de l’électricien Tepco, trop occupé à gérer ses propres déchets.

Cette première aide financière représenterait 10% de l’investissement total nécessaire (7 milliards d’euros) pour créer une surface de 3 à 5 kilomètres carrés et y stocker 15 à 28 millions de mètres cubes de déchets.

Trois sites autour de la centrale auraient déjà été pré-sélectionnés. Il y a une certaine urgence : car certains sacs ont une durée de vie de trois ans, le temps qui avait été initialement jugé nécessaire avant de trouver un stockage plus durable.

Et dans les zones les plus contaminées où les maisons, rideaux tirés, sont à l’abandon, les herbes folles ont, elles, déjà percé le macadam des parkings.

 

 

Source: Les échos

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