Les campagnes ont trouvé de nouvelles ressources financières

 

Les gens des campagnes japonaises disent souvent que les gens de la ville les ont complètement oubliés. Pourtant beaucoup de citadins entretiennent toujours de forts sentiments envers leur « furusato » ou ville natale, cette zone rurale que leurs ancêtres ont quittée des décennies auparavant au moment de l’industrialisation du pays. Toutefois certaines villes rurales chanceuses bénéficient de la popularité inattendue d’un plan appelé « furusato nozei » ou de la taxe pour la ville natale.

Depuis sept ans, le gouvernement central permet aux citadins de reverser une partie de leur impôt sur le revenu au furusato de leur choix. Le succès de cette mesure a été écrasant : pour l’exercice fiscal de l’année dernière, les petites villes rurales ont gagné 14 milliards de yen (plus d’un milliard d’euros) grâce à ces contributions.

Certaines personnes choisissent un furusato où ils n’ont aucun liens familiaux mais simplement parce qu’ils aiment le lieu.

Beaucoup de villes choisies sur la côte nord-est du Japon ont été dévastées par le tsunami de mars 2011. Sonoe Hasegawa, 47 ans et comptable à Tokyo, déclare vouloir aider la région à se relever. Elle a décidé de donner son impôt à la ville d’Ishinomaki dans la préfecture de Miyagi où 3700 habitants furent noyés dans le désastre ainsi qu’à cinq autres endroits.

Une autopromotion judicieuse des autorités locales a également aidé à attirer « l’argent furusato ». Certaines ont créé un site internet proposant de généreux cadeaux comme du bœuf marbré, des fruits de mer exotiques et d’autres choses encore en échange du versement de l’impôt par les citadins.

La ville qui a reçu le plus de contributions, Hirado dans la préfecture de Nagasaki, a imprimé une brochure sur papier glacé sur les aliments locaux qu’elle promet d’envoyer en cadeaux. L’année dernière, de nombreuses villes ont reçu plus du double d’argent par ce biais qu’elles collectent auprès des résidents locaux.

Après qu’un site internet a commencé à répertorier les différentes récompenses, il est apparu que de nombreuses villes dépensaient en remerciement la moitié ou même plus du total des contributions fiscales perçues.

Le gouvernement central tenta de sévir contre la plupart des offres trop généreuses, tels ces shuriken en or valant 400 000 yen (2800€) qu’une ville offrait en l’honneur de ses espions ninja. Mais cet engouement pour les furusato est une force que le gouvernement ne peut ignorer et il vient d’en étendre la mesure : par exemple, un ménage avec un revenu de 8 millions de yen (58 000€) peut maintenant reverser jusqu’à 142 000 yen (1000€) en échange de 7% de réduction de ses impôts contre 3,5% auparavant.

Des régions pauvres sont particulièrement ravies. Beaucoup ont souffert financièrement du vieillissement de leur population et du faible nombre de nouveaux résidents.

Une petite ville d’Hokkaido prétend que près de 200 personnes sont venues s’installer dans les alentours attirées par la ferveur du furusato. Quand Ana, une ville de la préfecture de Nagano a commencé à offrir des sacs de vingt kilos de riz local primé en remerciement du versement de l’argent furusato, le retour fut tellement enthousiaste que des résidents âgés qui avaient renoncé à cultiver leurs rizières ont recommencé à les exploiter d’après Shigeki Kanamori qui a écrit un livre sur le furusato nozei.

Pour les citadins, ces histoires de renouveau rural sont motivantes et nourrissent les rêves de vie paisible loin des villes agitées. Et au moins, cette mesure n’engage pas de lourds travaux publics à grande échelle contrairement aux efforts précédents visant à dynamiser les campagnes. Qui pourrait s’en plaindre ?

 

Source : The economist

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