Combien coûterait un accident similaire à celui de Fukushima s’il se produisait en France ?

 

Dans les 430 milliards d’euros, estime l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. Mais au-delà, une telle catastrophe aurait des conséquences « terribles », et il est difficile d’en parler, souligne l’institut.

En matière d’industrie nucléaire, le risque zéro n’existe pas. Le Japon en avait fait la douloureuse expérience avec le drame de Fukushima, lorsque les mesures de sécurité de la centrale s’étaient révélées insuffisantes face à un séisme majeur suivi d’un tsunami dévastateur.

A l’approche du deuxième anniversaire de cette catastrophe, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a présenté une étude qui s’efforce d’évaluer les conséquences, et le coût, d’un accident similaire s’il se produisait sur le sol français.

Bilan : une note de 430 milliards d’euros, soit l’équivalent de 20% de son PIB…

Même pour un « accident grave » de moindre ampleur, dont les rejets radioactifs seraient contrôlés et de moindre ampleur qu’à Fukushima, le coût total pour la France atteindrait 120 milliards d’euros, estiment les experts de l’IRSN.

Comment a été menée cette étude ? A Fukushima, la fusion du coeur de deux réacteurs avait entraîné des rejets massifs de substances radioactives dans l’environnement et fait quelque 80.000 « réfugiés radiologiques ».

L’IRSN a donc étudié les scénarios impliquant une telle fusion du coeur sur un réacteur français de 900 mégawatts, pour tenter d’évaluer le coût d’un accident, non seulement lié à la contamination de l’environnement mais aussi les coûts humains et indirects pour l’économie.

 

Comment évaluer les effets sur les exportations ?

 

Dans la pire des hypothèses évoquées, environ 100.000 personnes pourraient être déplacées en cas d’accident majeur sur l’un des 58 réacteurs français et de contamination radioactive de l’environnement.

Avec des effets psychologiques significatifs, des « quantités de déchets agricoles considérables » et de l’ordre de quatre départements français plus ou moins contaminés à gérer pour les pouvoirs publics, sans compter les pays voisins vraisemblablement touchés eux aussi, selon l’étude.

Le « coût d’image » (exportations perdues, mêmes pour des produits sains, chute du tourisme, etc.) se chiffrerait à quelque 160 milliards d’euros dans ce scénario. Même en dehors de la zone contaminée, les stars de la gastronomie française à l’exportation, comme le vin, susciteraient la crainte des consommateurs étrangers, note l’IRSN.

« Un accident majeur aurait des conséquences terribles », a reconnu Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN, qui présentait l’étude mercredi sur le site du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Cadarache.

« Mais il va bien falloir s’en occuper, le pays ne va pas être annihilé pour autant, et donc il faut en parler, mais c’est difficile ».

Selon l’économiste Patrick Momal, qui travaille sur ces questions à l’IRSN depuis 2005, même un « accident grave », sans commune mesure avec la catastrophe de Fukushima, dont les rejets resteraient contrôlés et limités aux seuls abords d’une centrale française, représenterait environ 6% du PIB annuel ou trois à six ans de croissance.

« Il s’agit d’un coût bien supérieur à des grandes catastrophes industrielles que nous avons déjà connues, comme l’explosion de l’usine AZF ou la marée noire de l’Erika », souligne l’économiste.

Selon ses calculs, le surcoût entraîné par un tel accident nucléaire pour le parc électrique français (arrêt éventuel de centrales nucléaires, recours à d’autres énergies, importations d’électricité, etc.) et les « effets d’image » négatifs pour les exportations agricoles ou le tourisme dépasseraient de loin les seuls coûts liés à la contamination, 80% du total environ.

C’est la première fois qu’un institut public chiffre l’impact économique d’une catastrophe nucléaire en France, pays le plus dépendant de cette énergie au monde, où le coût peu élevé de l’électricité produite par les centrales constitue un argument majeur pour légitimer l’industrie nucléaire.

« Il faut toutefois garder présent à l’esprit que les probabilités que de tels accidents se réalisent restent en réalité très faibles », insiste Patrick Momal, pour qui ces scénarios doivent surtout servir à bien dimensionner la prévention par rapport aux risques réels.

Pour l’heure, l’accident nucléaire le plus sérieux en France a eu lieu en 1980 à la centrale de Saint-Laurent-les-Eaux. Il fut classé 4 sur l’échelle Ines, qui sert à mesurer le taux de gravité en matière d’incidents nucléaires. Des catastrophes comme celles de Fukushima ou de Tchernobyl avaient atteint le niveau 7.

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