Le nouveau gouverneur de la Banque centrale nippone va devoir montrer sa détermination pour sa première réunion du conseil de politique monétaire.

 

Les rachats de titres d’Etat vont encore être accélérés, mais l’efficacité de cette monétisation reste incertaine.

La réunion de ce 4 avril du conseil monétaire de la Banque du Japon (BoJ) devrait marquer une rupture dans l’histoire de la vénérable institution.

C’est en effet le premier conseil présidé par le nouveau gouverneur, Haruhiko Kuroda, nommé sous la pression à peine voilée du nouveau premier ministre nippon Shinzo Abe.

Haruhiko Kuroda a promis de « faire tout ce qui sera nécessaire pour mettre fin à la déflation et atteindre le nouvel objectif d’inflation de 2 % par an. » Il va à présent devoir le prouver.

 

Accélération des rachats de titres

 

C’est dire s’il sera attendu au tournant.

Le minimum qu’il devra annoncer a déjà été tracé par la plupart des observateurs : accélération des rachats d’obligations souveraines japonaises de 2.000 à 3.000 milliards de yens par mois (environ de 16,7 à 25 milliards d’euros) , portant le montant annuel de ces rachats de 20.000 à 30.000 milliards de yens et élargissements de ces rachats à la dette à 5 ans, contre un maximum de 3 ans jusqu’ici.

Haruhiko Kuroda pourra toujours appuyer sa politique avec d’autres éléments comme l’augmentation des rachats d’actifs risqués cette année.

Mais il devra également donner des gages de sa volonté d’aller plus avant, notamment en planifiant la fusion de l’ensemble des programmes de rachat de titres.

 

Premiers résultats ?

 

La pression ne sera pas mince sur le nouveau gouverneur, très fraîchement entré en fonction le 31 mars.

La politique monétaire ultra-accommodante de la BoJ est en effet un des trois piliers de ce qui est convenu d’appeler désormais « l’Abenomics », la politique économique de Shinzo Abe.

Les autres piliers sont, rappelle Rutaro Kono, économiste à Tokyo pour BNP Paribas, le plan de relance de l’Etat et la politique de croissance via notamment les traités de libre-échange.

Shinzo Abe n’a pas fait dans la dentelle avec un plan de relance de 14.000 milliards de yens (116 milliards d’euros) qui est le deuxième plus élevé depuis 1990.

 

La déflation ne faiblit pas

 

Pour autant, les premiers résultats de cette « Abenomics » sont mitigés.

Certes, l’annonce de ces mesures a redonné un coup de fouet à l’économie japonaise qui pourrait, selon JP Morgan, bondir de 3 % au premier trimestre en rythme annualisé.

L’indice Tankan, l’indice de confiance des chefs d’entreprises, publié lundi, s’est nettement amélioré en mars à – 8 contre -12 en décembre dernier.

Mais ces victoires risquent de n’être qu’un feu de paille et les économistes pointent déjà les insuffisances de la reprise japonaise.

HSBC souligne ainsi le déséquilibre de la reprise entre « les grands exportateurs » qui bénéficient de la baisse de la monnaie nippone et les petites entreprises qui sont frappées par le renchérissement des importations et de l’énergie.

Aussi, l’indice Tankan montre-t-il un optimisme plus marqué chez les grandes entreprises. Mais, comme le souligne les économistes de JP Morgan, même dans les grandes entreprises la confiance n’est pas suffisante pour assurer une reprise durable.

L’indice Tankan manufacturier demeure en deçà de son niveau du séisme de mars 2011.

« Ceci vient appuyer notre idée que le yen faible ne donnera pas un net élan à l’économie en 2013 compte tenu de la perte de compétitivité dans les secteurs clés comme l’électronique et la dépendance aux hydrocarbures », conclut Izumi Devalier, économiste chez HSBC.

Autre point noir : la déflation.

Malgré la reprise, les prix ne repartent pas à la hausse. Bien au contraire.

L’indice des prix à la consommation a reculé en février à -0,7% sur un an, contre -0,3 % en janvier. Et cela en dépit d’une hausse des prix de l’énergie de 5 % !

C’est dire si la pression déflationniste ne se dément pas dans l’Archipel. C’est dire aussi si le gouvernement de Tokyo compte sur l’action de la BoJ pour briser ce cercle déflationniste.

 

Débat entre monétisation de la dette et réformes structurelles

 

Reste à savoir si cette méthode est la bonne. Le nouveau gouverneur de la BoJ défend l’idée que toutes les forces du pays doivent être utilisées pour combattre l’hydre déflationniste, sans se soucier, dans l’immédiat, des équilibres budgétaires.

Il brise ainsi clairement avec la doctrine de son prédécesseur Masaaki Shirakawa qui estime qu’il faut, avant tout, réformer le pays, renforcer sa compétitivité et son potentiel de croissance.

Or, ce potentiel de croissance est grevé depuis des années par la dette considérable de l’Etat japonais qui avale une grande partie des ressources du pays au détriment de l’investissement et de l’innovation.

Rutaro Kono estime donc que, pour réussir, l’Abenomics doit mettre en place un quatrième pilier : une politique budgétaire crédible par le lancement de réformes structurelles d’envergure.

Selon l’économiste, même la hausse de la TVA à 20 % (elle devrait passer à 10 % en avril 2014) ne sera pas suffisante à sauver l’économie nipponne.

La dette publique japonaise représente 230 % du PIB et la politique de Shinzo Abe va la gonfler inévitablement encore.

« Une fois la bulle de la relance dégonflée et la croissance faible revenue, les recettes budgétaires vont reculer et la probabilité d’une crise budgétaire va revenir inévitablement », explique Rutaro Kono, qui n’hésite pas à craindre une « nouvelle décennie perdue. »

Evidemment, Haruhiko Kuroda voit la situation différemment : pour lui, la monétisation va permettre de sortir de la déflation, de reconstituer les bénéfices des sociétés et de gonfler à termes les recettes fiscales.

Le débat ne sera sans doute pas clos avant des années, mais il est, en attendant, certain que la BoJ va devoir rapidement prouvé l’efficacité de son action contre la déflation.

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