▲Cette photo fournie aimablement par le Metropolitan Museum of Art montre un kimono d’enfant décoré de glycines et de treillis datant du début du 20ème siècle. La crêpe de soie (kabe chirimen) a été teinte au pochoir avec réserve de colle de riz. Ce kimono a appartenu et a sans doute inspiré Frank Lloyd Wright. Il est présenté lors de l’exposition « Kimono : une histoire moderne » qui se tiendra jusqu’au 19 janvier 2015 au Metropolitan Museum of Art de New York. (crédit photo : Metropolitan Museum of Art)

 

Difficile d’imaginer un élément plus symbolique du Japon que le kimono, ce vêtement simple en forme de T. Toujours traditionnel mais en constante évolution, le kimono (littéralement « chose que l’on porte) a subi des modifications radicales au cours des 150 dernières années. Son histoire entremêle l’évolution des techniques du tissage, de la teinture et de la broderie aussi bien que l’histoire esthétique, sociale et même politique du Japon.

 

L’exposition « Kimono : une histoire moderne » qui se tiendra jusqu’au 19 janvier 2015 au Metropolitan Museum of Art de New York réalise une prouesse dans ce domaine. Quand vous pénétrez dans les galeries vous vous retrouvez face à un élégant kimono rouge qu’une femme riche avait offert à un temple où il a été transformé et réemployé pour devenir un kimono de prêtre. « C’est un extraordinaire paradoxe, et c’est une sorte d’introduction à l’histoire du kimono. » d’après John Carpenter, le conservateur d’art japonais du musée qui a conçu cette exposition avec l’aide de Monika Bincsik du département d’art asiatique.

L’exposition est basée sur le livre éponyme de la spécialiste en textiles japonais Terry Satsuki Milhaupt décédée en 2012 à qui elle est par ailleurs dédiée, et coïncide avec la publication posthume de son recueil en août dernier.

Plus de 50 kimonos sont exposés, une moitié provenant de la collection du musée et l’autre de prêts, mais aussi presque 200 échantillons de tissus, paravents, rouleaux, objets en laque, céramiques, livres illustrés et autres objets.

Elle inclut des kimonos de Nô du 18ème siècle, somptueuses robes brodées d’or ; des kimonos aux motifs proches de dessins animés ou ornés de visages monstrueux ; des kimonos de pompiers de couleur indigo avec des dessins rouges ou jaunes tracés à la main ; des kimonos de propagande politique décorés de motifs guerriers ; des kimonos d’enfants (dont le favori du célèbre architecte Frank Lloyd Wright) et enfin des pièces contemporaines illustrant les plissés en shibori futuristes de Issei Miyaki ou les déchirures et formes angulaires des kimonos de Yohji Yamamoto.

Les pièces maitresses de l’exposition sont trois kimonos à couper le souffle réalisés par des artistes reconnus comme Trésor National Vivant au Japon.

Uchikake datant de la seconde moitié du 18ème siècle

L’exposition débute à l’ère Edo (1615-1868) quand la forme, les matières et le type de vêtement reflétaient la place de l’individu dans la société (samurai, paysan, artisan ou marchand).

En plus des merveilleux textiles en soie brodés d’or, on trouvait les épais kimonos matelassés des pompiers décorés de héros et de bêtes mythiques censés les protéger.

Les vêtements des paysans étaient pour la plupart faits de tissus récupérés et cousus ensemble ou de vestes en patchwork. A cette époque le kimono était un vêtement quotidien, mais son design et sa fonction étaient appelés à changer.

 

Yogo-datant du début 20èeme siècle

A l’époque Meiji (1868-1912), le Japon se tourne vers les pays occidentaux en vue de se moderniser rapidement, l’industrie du textile –et donc du kimono- subissent des transformations. Les japonais commencèrent à utiliser la laine et le velours occidentaux alors que dans le même temps la soie japonaise devenait populaire en Occident.

Les japonais ont aussi commencé à maitriser les procédés de teintures chimiques occidentales et de nouvelles techniques de tissage, les combinant avec les techniques traditionnelles de teinture au pochoir pour donner naissance au kata-yuzen, une technique de teinture au pochoir sophistiquée à base de colle de riz.

Les motifs occidentaux ont peu à peu influencé les kimonos qui se sont faits plus audacieux et voyants alors qu’à l’inverse l’esthétique japonaise a inspiré des artistes et designers occidentaux au 19ème siècle.

Un kimono en soie de jeune fille orné de glycines et de treillis a été acquis par Frank Lloyd Wright lors d’un voyage au Japon vers 1905. Sa modernité est saisissante et il a probablement inspiré des œuvres ultérieures de l’architecte. « Ce kimono a quelque chose d’architectural, on comprend pourquoi il l’a inspiré » déclare Carpenter.

Pour préserver l’artisanat traditionnel face à la modernisation rapide, le gouvernement japonais a désigné quelques experts comme « Artistes de la Maison Impériale » appellation devenue plus tard « Trésor National Vivant ». Sont ainsi présentées dans l’exposition des œuvres de Keisuke Serizawa, spécialiste de la teinture au pochoir, de Kako Morigushi et de son fils Kunihiko Morigushi, tous deux maîtres du yuzen. Il s’agit de kimonos précieux destinés à être exposés et non portés.

Kimono Meisen

A l’époque Taisho (1912-1926) les kimonos deviennent plus éclatants et novateurs, et les grands magasins en font la promotion auprès de la population. Les motifs traditionnels japonais et occidentaux se mélangent pour aboutir à des kimonos éblouissants dont beaucoup sont influencés par l’Art Nouveau et l’Art Déco.

Le design devient plus graphique au cours des décennies suivantes en particulier pour les kimonos d’été qui étaient souvent teints et brodés. Un sous-vêtement d’homme des années 30 est orné d’appareils photo et de tickets de train, et à ses cotés un kimono de femme est décoré de touches de piano et des paroles de deux chansons. Mickey Mouse est même présent sur un autre kimono.

Peu chers, les kimonos prêt-à-porter tissés à partir de fils teints au préalable ont été produits si massivement que les clients ont commencé à attendre de nouvelles tendances chaque année. Dans le même temps, grâce aux techniques de teinture perfectionnées, les motifs sont devenus plus colorés et linéaires.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, le kimono en tant que costume national était un support tout trouvé pour la propagande de guerre, en particulier les kimonos des garçons et les sous kimonos d’hommes sur lesquels on a vu apparaître cuirassiers et bombardiers.

Bien que de nos jours le kimono ne soit porté que dans les grandes occasions, l’exposition se conclue sur des pièces créées par de grands couturiers japonais et révèle que les designers, tant japonais qu’occidentaux continuent d’inventer des vêtements inspirés par le kimono, repoussant l’art toujours plus loin. Le kimono n’est pas un vêtement traditionnel en voie de disparition, mais une forme en constante évolution s’adaptant au fil des changements de modes de vie et des techniques du textile.

 

Source : abcnews.com || Images : The Metropolitan Museum of Art

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