Les pays asiatiques occupent les premières places du tête du classement PISA qui évalue le niveau des élèves de 15 ans dans le monde. Jean-François Sabouret, sociologue spécialiste du Japon, explique les ingrédients de cette réussite.

 

Parmi les enseignements du classement Pisa (Programme for international student assessment), il y a la domination sans partage des pays asiatiques: le premier pays européen ne pointe qu’à la huitième place et il s’agit du… Liechtenstein.

Arrivent en tête: Shanghaï, Singapour, Hong Kong, suivis de Taïwan, la Corée du Sud, Macao (Chine), et le Japon.

Quel sont les secrets de cette réussite? Le sociologue et directeur émérite au CNRS, Jean-François Sabouret, spécialiste du Japon, apporte quelques éléments de réponses.

 

Comment expliquer cette prédominance des pays asiatiques dans ce classement?

 

Tous ces pays en tête du classement sont des pays hier encore émergents – même s’ils tendent à l’être de moins en moins – obnubilés par la puissance japonaise qui garde encore un très grand rayonnement sur le continent.

Ces derniers veulent donc entrer en compétition avec le Japon qui reste en ligne de mire malgré sa perte de vitesse. Une compétition qui met l’accent sur l’éducation car il faut savoir, et c’est là une deuxième explication, que le point commun à tous ces pays, c’est l’importance accordée au savoir et à la matière grise.

 

Le lien social, réputé très fort dans ces pays, peut-il expliquer pour une part ces bons résultats?

 

Bien sûr. Tout d’abord, il faut se souvenir que ces pays sont d’inspiration confucéenne (en référence à l’enseignement du philosophe Confucius, NDLR), et donc, ont un rapport très privilégié à l’étude, aux valeurs du travail. En outre, il y a bien sûr le respect des traditions, de la hiérarchie et donc des parents et professeurs.

Il y a aussi la croyance, naïve ou non, je ne sais pas, que la réussite scolaire est ouverte à tous de manière égalitaire, et qu’elle permettra à terme d’occuper un bon travail et de se situer en haut de l’échelle sociale.

Enfin en Chine, le lien social est fort en effet et la volonté de réussite éducative également avec par exemple le rôle des «mères tigres» comme on les surnomme. Des mères qui ne travaillent pas pour se dévouer entièrement à l’éducation de leur(s) enfant(s) comme en Corée ou au Japon.

 

Existe-t-il un revers de la médaille concernant le système éducatif asiatique?

 

Effectivement, l’enfant peut être porteur d’une trop grande charge sur ses épaules, ce qui peut l’amener dans les cas les plus extrêmes au suicide. Au Japon par exemple, il est arrivé que certains élèves se suicident après la publication de leurs résultats, parce qu’ils ne se voyaient plus dignes de leurs parents.

Il faut savoir que dans les pays asiatiques, il existe un accord tacite et invisible entre les parents et leur(s) enfant(s) qui veut que ces derniers remboursent, par l’éducation et la réussite, la dette qu’ils ont contractée envers leurs parents en venant au monde.

L’enfant est donc porteur de l’honneur familial mais aussi collectif à travers le patriotisme qui reste toujours présent – un peu moins au Japon qui est devenu plus individualiste. Une charge symbolique donc mais qui peut s’avérer trop lourde à supporter pour certains.

 

 

Source: Le figaro

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