La guerre de 14-18 fut véritablement mondiale. Ce qui se passe chaque année le 11 novembre, à une trentaine de kilomètres de Tokyo dans la ville de Yokohama, en est une illustration.

 

Ce jour-là, une délégation de l’ambassade de France au Japon, conduite, en général par Son Excellence en personne, vient se recueillir, et fleurir quelques tombes françaises du cimetière des étrangers situé sur la colline de Yamate dominant le port et la rade où, en 1945, le général Douglas MacArthur, à bord du cuirassé USS Missouri, accueillit les plénipotentiaires japonais venus signer la capitulation de leur pays.

Car Yokohama est une ville chargée d’Histoire. A la fin du 19ème siècle, c’est dans cette ville et sur cette colline que s’installèrent de nombreux scientifiques, médecins, ingénieurs, juristes, enseignants, officiers européens ou américains, sollicités par les autorités de Tokyo pour moderniser et occidentaliser l’Empire du Soleil levant.

Le Japon venait, au cours des trois siècles précédents, de vivre replié sur lui-même, à l’abri de toute influence extérieure. Les visites du Commodore Perry, officier de la Marine américaine, en 1853-54 (suivies de l’établissement de relations diplomatiques entre Tokyo et les principales capitales du monde) donnèrent le signal de l’ouverture, et Yokohama devint l’une des principales portes d’entrée au Japon.

La colline de Yamate, où il faisait bon vivre, au-dessus de la cohue, et de la moiteur du port en été, vit se construire des maisons de style colonial ; des parterres de fleurs, des terrasses de restaurant égayèrent le paysage urbain. Les experts et coopérants étrangers firent souche, épousèrent des Japonaises et eurent des enfants. C’est ainsi que de jeunes Français grandirent et furent éduqués à dix mille kilomètres de Paris.

Quand survint la mobilisation générale, en 1914, ces enfants ou ces petits enfants, qui, pour beaucoup d’entre eux, ne connaissaient pas la France, et qui étaient devenus des adultes aptes au combat, furent appelés sous les drapeaux, et découvrirent l’horreur des champs de bataille. Certains moururent et les dépouilles furent rapatriées au Japon qui était à la fois leur terre natale et leur terre d’adoption.

C’est ainsi que Yokohama dispose de stèles, de plaques tombales rédigées en français et d’un monument aux morts comme chacune des communes de l’hexagone. Y figurent les noms des soldats tombés au champ d’honneur et les lieux où ils s’illustrèrent : Aisne, Somme, Ypres, Arras, Verdun…

On peut mentionner aussi, dans le même quartier, un petit restaurant spécialisé dans la cuisine franco-japonaise « Elysées-Hikaru » qui se trouve en étage presque en face de l’entrée de ce cimetière. Élysées : là où séjournent les âmes des héros…

Il est insolite et particulièrement chargé de sens d’entendre retentir la sonnerie aux morts et la Marseillaise, à l’autre bout du monde, sous les frondaisons de Yokohama.

L’automne est souvent resplendissant au Japon, l’atmosphère paisible, recueillie de cette cérémonie et son côté improbable contrastent avec les fureurs de la guerre.

Le risque assumé par ces jeunes conscrits qui auraient pu ne pas se sentir concernés, le sacrifice auquel ils ont consenti prennent tout leur sens et revêtent une dimension exemplaire et très émouvante.

 

Source: Nipponconnection.fr / Atlantico.fr

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