Le Japon vieillit, se dépeuple, sa main-d’oeuvre se réduit, son système de protection sociale est menacé et pourtant le pays refuse obstinément une immigration massive « à l’européenne » : certains commencent à penser qu’un peu plus de féminisation des entreprises serait un début de remède pour freiner le « déclin japonais ».

 

Les problèmes du pays sont bien connus : de plus en plus de retraités et de moins en moins d’actifs, la spirale infernale de la préservation du système social dont le coût explose alors que les recettes fiscales diminuent. Bref le Japon est perclus de dettes et de rhumatismes.

Que faire alors ? L’immigration comme en Europe ? Le Japonn’en veut pas pour ne pas perdre son âme, alors que le FMI et nombre d’experts y poussent. Reste une solution, en tout cas un début de solution : que plus de femmes travaillent.

 

Un possible rebond du PIB de 15% ?

 

En 2010 un rapport de Goldman Sachs estimait que le PIB japonais pourrait bondir de 15% si le taux d’activité desfemmes était aussi élevé que celui des hommes. La patronne du FMI elle-même, Christine Lagarde, ne disait pas autre chose
le mois dernier : plus de Japonaises au travail pourrait sortir leJapon de l’ornière économique dans lequel il se trouve actuellement.

La réalité est cependant toute autre : même avec un haut niveau de qualification, sept Nippones sur dix quittent leur emploi dès qu’elles ont un enfant, selon Goldman Sachs, car le système ne fait rien pour les inciter à poursuivre leur carrière.

 

Place des femmes au travail : le Japon 101e

 


En matière de place des femmes dans le monde du travail, le Japon occupe une très médiocre 101ème place sur 135 pays dans le classement 2012 du Forum Economique Mondial (WEF). Il fait moins bien que l’Azerbaidjan (99ème) et la Chine (69ème) où, il est vrai, Mao Zedong en son temps avait proclamé que la femme était « la moitié du ciel ».

« La question de l’égalité des sexes est totalement ignorée ici », affirme Kaori Sasaki, présidente de la firme de consultants Ewoman. Selon des chiffres officiels, les femmes ne représentent que 1,2% des dirigeants de 3.600entreprises étudiées. « Ce n’est même plus une question de droits, mais de gestion et de stratégie de croissance », affirme encore Mme Sasaki, pour répondre par anticipation au reproche éventuel de féminisme outrancier. « Si vous devez gérer une crise, penser des nouveaux produits, concevoir des services, la diversité est vraiment un atout », plaide-t-elle.

Pour Masahiro Yamada, un professeur spécialiste de sociologie familiale à l’Université Chuo de Tokyo, le Japon ne devrait même plus discuter de cette sempiternelle question de la parité : le pays a impérieusement besoin de plus defemmes actives pour survivre. Et d’expliquer le « cycle vertueux » : davantage de femmes au travail, c’est plus de femmesavec des revenus, donc plus de femmes qui peuvent démarrer une famille. Et peut-être à la clé plus de bébés.

 

La pays va perdre 32% de sa population d’ici 2060

 


L’enjeu est de taille car d’après une étude officielle publiée fin janvier, le Japon va perdre 32,3% de sa population actuelle d’ici à 2060 : 86,74 millions d’habitants contre environ 128 actuellement.

Petit à petit, les choses évoluent tout de même selon Mme Sasaki, mais nombre de problèmes sont loin d’être réglés : comment par exemple travailler lorsqu’on a un enfant et qu’il n’y a pas une seule place en crèche ?

Alors que l’arrivée d’un nourrisson, outre de gros frais mal remboursés, se traduisait souvent par la fin d’un emploi, des sociétés commencent à prendre cet « heureux événement » en compte, en redonnant leurs attributions aux femmes qui se sont absentées plusieurs mois ou années pour un congé de maternité.

 

La moitié des Japonais pensent que les femmes doivent rester à la maison

 


Restent cependant les freins sociaux qui font que beaucoup de mères sont peu enclines à travailler, culpabilisant à l’idée de ne pas être à côté de leur enfant durant ses premières années.

Selon une étude gouvernementale, encore près de la moitié des Japonais (et 40% des Japonaises) considéraient encore fin 2009 que la place de la femme est à la maison avec les enfants et celle de l’homme au travail à l’extérieur. La proportion est même plus forte pour les jeunes générations que pour celles qui ont connu les mouvements féministes des années 1970.

« Beaucoup de jeunes femmes qui travaillent me disent ne plus sentir un plafond de verre au-dessus de leur tête, mais je leur réponds qu’il est encore là. Simplement un peu plus haut », témoigne Kaori Sasaki.

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