Un nombre croissant de pères japonais prennent un rôle plus actif dans l’éducation de leurs enfants, mais certains se sentent découragés par une société qui ne les soutient pas.

 

Daisuke, un Tokyoite de 38 ans et sa femme attendent un troisième enfant, mais il se sent plus déprimé que ravi.

La raison : Il va devoir prendre huit mois de congé paternité car sa femme, qui vient de commencer un nouvel emploi, ne peut pas obtenir un congé pour la garde de ses enfants. Il doit également organiser la répartition de son travail au sein de son entreprise auprès de ses collègues.

Ce n’est pas la première fois que Daisuke prend un congé parental. Il a également pris un mois ou deux lors de la naissance de ses deux autres enfants, des garçons de 6 et 3 ans.

Il se rappelle du stress accumulé lorsqu’il avait dû prendre soin de ses enfants à toute heure, et du manque de sommeil lorsqu’on doit nourrir un nouveau-né dans la nuit.

Lorsque Daisuke a essayé de prendre une pause en amenant les deux enfants à une garderie, il se sentait gêné d’être le seul père dans un établissement seulement fréquenté par des mères. Parfois, il voyait même des mères allaiter leur bébé, ce qui le faisait hésiter à entrer.

« J’adore les enfants, mais je suis plutôt déprimé (de devoir prendre un congé paternité) » dit-il.

 

De nombreuses barrières

 

Joji Sugiyama, un journaliste âgé de 37 ans habitant à Tokyo, s’occupe de ses deux filles, âgées de 10 et 2 ans. Il travaille à la maison pendant que sa femme est employée de bureau à temps plein. Il dit être en détresse.

Le combat quotidien entre ses responsabilités parentales et le rôle qu’on attend d’un homme au Japon peut être source de problème.

Par exemple, lorsque Sugiyama a refusé une demande de travail car il devait emmener sa fille passer un bilan de santé, son client s’est plaint: « Tu ne peux pas demander à ta femme de le faire ? »

« Les réactions des gens autour de nous ont évolué au cours des deux à trois dernières années», dit-il, indiquant qu’il est perçu comme un père participant activement à l’éducation de ses enfants. « Mais il est vraiment difficile d’obtenir un changement avec l’ancienne génération. »

Selon le ministère de la Santé, du Travail et de la Prévoyance, seulement 1,89 % de la population active masculine a pris un congé paternité en 2012, soit une augmentation de seulement 0,33 % par rapport à il y a 10 ans. Certains experts pensent que ce faible taux est dû à une société japonaise restant indifférente – voire même critique – face à des hommes prenant ce genre de congé.

Dans un sondage 2013 effectué par Rengo (syndicat professionnel japonais), 11,6 % des 525 pères interrogés ont déclaré avoir été victimes de harcèlement au travail suite à la demande d’un congé parental. Certains leur ont indiqué qu’ils n’étaient pas autorisés à prendre un congé de paternité ou encore que cela nuirait à leur carrière.

 

Vers un évolution de la société

 

Fuminobu Ishikura, un médecin spécialiste de l’andropause dans une clinique à Osaka, indique que la plupart des hommes se plaignant de problème de santé sont ceux ayant leur premier enfant lorsqu’ils sont âgés d’une quarantaine d’années. Ils sont souvent enthousiastes à l’idée de s’impliquer dans l’éducation de leur enfant mais retourne très vite à une réaliste plus morose.

« Il y a trop de pression au travail lorsqu’ils essaient de s’impliquer dans l’éducation des enfants », explique Ishikura.

Masami Ohinata, professeure à l’Université Keisen à Tokyo et experte sur l »éducation des enfants au Japon, indique qu’un changement est actuellement en cours.

« Il y a trente ans, j’ai mené une enquête sur les dépressions des pères, mais j’ai dû abandonner par manque de données significatives car à l’époque, il y avait trop peu d’hommes impliqués dans l’éducation de leurs enfants au point d’en être déprimé. Les temps ont changé. »

« Contrairement à la dépression post-partum chez les mères, liée aux changements hormonaux, la dépression des pères est un phénomène déclenché par des facteurs socio-culturels. » indique Ohinata.

« Je pense que cette pression diminuera quand l’implication paternelle dans l’éducation des enfants deviendra une normalité. »

 

Source : The Japan Times

Discussions

4 Réponses

  1. Zobylamouche

    C’est valable pour tous les etrangers maries a une japonaise au Japon. Quoiqu’en fait, ils ne subissent pas de pression de leur entreprise puisqu’ils ne travaillent pas !

  2. mimi05

    J’avais entendu parler de ce problème au Japon, c’est vraiment regrettable j’espère que la situation évoluezra.

    Par contre, cette phrase m’a fait bien rire:
    « Il se rappelle du stress accumulé lorsqu’il avait dû prendre soin de ses enfants à toute heure, et du manque de sommeil lorsqu’on doit nourrir un nouveau-né dans la nuit. »

    Qu’est-ce qu’il s’était imaginé? Quand on a un enfant, le mot « repos » n’est plus de mise, ce n’est pas un secret.

  3. Lucie

    Un enfant c’est un boulot à vie et à temps plein!
    Imaginez la journée dune femme qui travaille s’occuppe de ses enfants de son mari en plus du ménage!
    Que croit on ?

  4. Emiflore

    Je peux comprendre le stress lié au regard de son milieu de travail et celui de la société.
    Mais pour ce qui est de la charge de travail liée directement à l’enfant, si la maman y arrive, le papa aussi. Les femmes gèrent tout et oui elles ressentent aussi du stress et de la fatigue, les enfants génèrent cela. Et encore on est ici dans le cas de parents qui ne travaillent pas.
    En France, beaucoup de femmes gèrent leur boulot, les enfants, le ménage et la cuisine… Leur journée ne commence pas et ne s’arrête aux horaires du travail. Les choses n’ont pas tant évolué finalement chez nous. Elles peuvent bosser, mais faudra comme même faire tourner la maison.

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