« Mû par la nécessité de (se) confronter à une réalité qui (lui) échappait », le photographe Denis Rouvre est parti au Japon 9 mois après le tsunami de mars 2011. Il en est revenu avec une série de portraits et de paysages exposés jusqu’à mars à la Pinacothèque de Paris. Captivant.

 

Ce qui frappe d’abord, c’est leur air paisible et digne. Certains esquissent un sourire, on trouve à d’autres un regard rieur ou bienveillant. Si l’on n’était prévenus que tous sont les rescapés de la catastrophe de Fukushima, des survivants du tsunami du 11 mars 2011 au Japon, on aurait bien du mal à déceler les blessures derrière la force et le calme qui émanent de leurs traits. Car finalement, à bien y regarder, on décèle aussi un menton vengeur pour l’un, une bouche résignée pour une autre, une attitude de défi, une lueur de détresse…

C’est sans doute là que la volonté de Denis Rouvre a joué : par pudeur ou politesse, le photographe -récompensé pour un de  ces portraits par un World Press Photo 2012, le Festival de Cannes de la photographie de presse-, n’est pas allé capturer 9 mois après le tsunami (puis en février 2012) les visages de ces miraculés dans les préfabriqués où ils ont été emmenés après avoir été évacués de la zone sinistrée. Ceux « qui ont accepté de me suivre au studio photo que j’avais aménagé dans la maison commune sont sûrement ceux dont l’envie de vivre était la plus forte. Pourtant, sur leur visage, j’ai lu l’implacable réalité, traversée d’autant de nuances qu’il y a de vies », raconte-t-il dans le préambule de cette exposition fascinante.

Portraits du photographe Denis Rouvre issus de l’exposition « Low Tide – Le Japon du chaos » à la Pinacothèque de Paris jusqu’à mars 2013 / Crédits : Denis Rouvre

 

La nature morte au sens premier du terme

 

Ce sont en effet ces « nuances de vies » que l’on cherche et découvre derrière ces visages d’hommes et de femmes tirés plus grands que nature, pour la plupart âgés, sur fond noir, sous un jet de lumière, laissant apparaître les moindres détails de leurs traits, rides, pupilles, apparaissant en quasi 3D. Saisissant.

La scénographie vient nous rappeler que le chaos n’est pas oublié de la nature non plus. Intercalées avec les portraits, le paysage portant encore les stigmates du drame. Un bateau échoué, des débris entassés au bord de la route, des arbres solitaires… On croirait à du noir et blanc. Et pourtant non : voilà un bout de plastique rouge, des buissons roux, une herbe jaunie. L’exercice de la « nature morte » n’a jamais si bien porté son nom. Rendant les visages plus vivants encore. Un regret : que les récits de ces rescapés n’existent qu’en livre et ne soient pas diffusés là, pendant qu’on les regarde dans les yeux.

 

 

Source: TF1

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