La machine de guerre japonaise est lancée et rien ne semble en mesure de l’arrêter.

 

On se souvient que la Banque du Japon avait, en pleine crise des subprimes, essayé d’influer sur les marchés financiers avec un résultat plutôt mitigé. Il n’en est rien cette fois-ci. Avec le concours du nouveau gouvernement japonais, la banque centrale est en mesure de sortir l’artillerie lourde.

Les marchés en sont convaincus et il suffit désormais qu’un haut responsable japonais s’exprime publiquement pour que les cours des actifs financiers aillent dans un sens ou dans l’autre.

L’évolution du Nikkei 225 ce matin l’a montré de manière exemplaire. Le ministre de l’Economie Akira Amrai a déclaré que l’objectif du gouvernement est que l’indice atteigne les 13000 points d’ici la fin du mois de mars. Le marché fut un bon petit soldat et le Nikkei s’est octroyé une hausse de 2.3% en une seule séance. Il en faudra toutefois plus pour que l’indice atteigne le niveau escompté. Il faudrait que le Nikkei gagne 17% au cours des prochaines semaines. C’est jouable selon certains.

Le même talent des autorités nippones est observable sur le marché des devises avec une paire EUR/JPY qui s’est échappée pendant les échanges asiatiques au-dessus du niveau de 126 yens. La seule mesure vraiment concrète des autorités nippones ces dernières semaines fut le relèvement de la cible d’inflation à 2%, qui pourrait être atteinte en deux ans selon plusieurs experts. Objectivement, une telle mesure ne devrait pas entretenir la hausse constatée sur les principales contreparties du yen depuis novembre.

 

En fait, le marché a déjà largement intégré dans les cours d’éventuelles mesures qui devraient survenir dans les prochaines semaines avec la nomination d’un nouveau chef de la banque centrale. La baisse du yen est pour le moment largement la conséquence de l’attente des investisseurs et des propos régulièrement diffusés dans la presse de responsables nippons en faveur d’un yen plus faible. Mieux encore, le gouvernement s’est également permis de fixer un objectif de cours pour la paire USD/JPY à 100 yens pour un dollar, une première pour une paire qui flottement « librement » sur le marché des changes.

Il n’est pas certain que la stratégie des autorités nippones soit un succès. Cependant, face à une nouvelle décennie perdue, le pays n’a pas bien d’autres solutions. Il ne peut pas se permettre d’attendre et de voir.

Face à la politique monétaire agressive du Japon, les Etats-Unis applaudissent. Le secrétaire au Trésor a hier apporté tout son soutien aux efforts de Tokyo pour sortir de la déflation. On ne pouvait pas attendre autre chose des Etats-Unis qui ont, au cours des dernières années, abusé des assouplissements quantitatifs afin de permettre aux marchés financiers de redémarrer. Avec succès.

 

Entre-temps, comme à son habitude, l’Europe se déchire. La France a une nouvelle fois fait part de ses inquiétudes au sujet de l’inertie de la zone euro face aux politiques monétaires agressives de certains pays. Sous-entendu le Japon, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et les autres qui risquent de suivre comme l’Australie ou la Corée du Sud. Face à l’inquiétude française, l’Allemagne a répondu que le niveau de l’euro n’est pas sur-évalué. Bref, la zone euro peine encore à afficher une unité de façade à propos de la question délicate du taux de change optimal de l’euro et de la « guerre des devises » qui est en toile de fond. On ne peut pas espérer de la part de l’Europe une position commune lors du G20 de Moscou vendredi, à moins d’évoquer alors un consensus mou qui ne trompera personne, et surtout pas les cambistes.

Bien plus que la sur-évaluation du taux de change de l’euro face à certaines devises, qui reste à discuter, le problème central soulevé par les inquiétudes françaises a trait à l’incapacité de la politique monétaire de la zone euro à jouer dans la cour des grands. La BCE, en grande partie à cause des traités et du poids de l’Allemagne dans la prise de décision, est incapable de réagir rapidement et efficacement à l’évolution du contexte économique, financier et monétaire international. La BCE a clairement affirmé son souhait de ne pas entrer dans « la guerre des devises ». Cependant, elle n’aura pas d’autre choix si la situation empire, à moins d’être un acteur passif comme cela risque d’être le cas. Le rêve européen est un beau défi mais le poids des traditions et des clivages idéologiques et l’absence de volonté réelle de fédéralisme, ce qui permettrait certainement à la BCE d’avoir une marge de manoeuvre plus grande, pèsent sur les résultats économiques de la zone euro.

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