Pour compenser la baisse des revenus dans les entreprises de l’archipel frappées par la stagnation, les salariés nippons ont dû réduire leurs dépenses de vie quotidienne. Leur budget mensuel a été divisé par deux depuis 1990.

 

Chaque mois, lorsque le salaire du père de famille est versé sur le compte bancaire du foyer, les épouses japonaises, qui tiennent traditionnellement les cordons de la bourse, préparent une petite enveloppe dans laquelle elles glissent les quelques billets composant l’argent de poche mensuel de leur mari. La somme servira à payer les déjeuners à l’entreprise, le café dans la matinée et, les jours de fête, la bière et les yakitori avec les collègues. Mais ces soirées arrosées sont de plus en plus rares et l’expresso devient un luxe dans l’archipel frappé par 20 années de stagnation économique. «L’argent de poche des ‘salarymen’ a baissé encore plus vite que les salaires pour atteindre un niveau historiquement bas», constate la Shinsei Bank, dans une étude publiée cette semaine.

 

Si en 1990, dans un Japon encore triomphant, parti à la conquête du monde, les employés pouvaient dépenser chaque mois 77.725 yens, ils ne se voient plus aujourd’hui attribuer, en moyenne, que 39.756 yens (394 euros) d’argent de poche. Leurs sacrifices, en partie compensés par une déflation persistante, doivent permettre de préserver le reste de la famille de la baisse continue des salaires constatée dans l’archipel depuis l’éclatement des bulles immobilière et boursière. Selon la Shinsei Bank, le revenu moyen mensuel aurait reculé de 15,25% entre 1998 et 2010.

Le revenu moyen des salariés en baisse de 1,6%

Les dernières statistiques du ministère japonais du Travail portant sur juillet 2012 montrent que le salaire de base des employés a, en moyenne, reculé sur un an de 0,2% et que les bonus ou autres compensations (heures supplémentaires…) ont, eux, plongé de 5,1%. Au total, le revenu moyen des salariés du pays a baissé de 1,6%, en glissement annuel, pour n’atteindre plus que 360.773 yens par mois. «Avant, les travailleurs coupaient dans leurs dépenses de taxis pour préserver leur argent de poche. Maintenant, ils amènent leur thermos au bureau», explique la Shinsei Bank.

Pour se nourrir, les employés délaissent aussi les restaurants même bon marché pour privilégier l’achat de simples plateaux-repas, ou «bento box», proposés dans les toutes les supérettes du pays ou par de petits marchands ambulants se garant chaque jour devant les entreprises. Ils ne dépensent plus ainsi qu’environ 500 yens (5 euros) par repas et ne s’accordent, dès lors, plus que 19,6 minutes pour déjeuner, contre 27,6 minutes en 1993. Après le travail, les sorties entre collègues, qui ont longtemps constitué un élément clé de la construction du lien social dans les entreprises nippones, sont aussi de plus en chiches. Dînant à l’extérieur seulement trois fois par mois, les «salarymen» ne consacrent plus, pour chacune de ces soirées, que 2.680 yens à l’achat de bière ou de sake. Au début des années 2000, ils se permettaient encore de dépenser plus du double de cette somme.

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