Depuis la montée des tensions politiques, les Japonais se détournent des actifs chinois.
Le yuan n’aiguise plus l’appétit des Nippons.

 

Depuis septembre, la population japonaise semblait avoir contenu son dépit face aux violences constatées en Chine contre des intérêts économiques nippons. Le boycott tacite dans le pays des grandes marques japonaises, enclenché après la nationalisation par Tokyo d’îlots de mer de Chine orientale, dont Pékin revendique aussi la souveraineté, avait été aussi peu commenté par les responsables politiques. Mais depuis quelques semaines, les analystes semblent percevoir un début de représailles financières au Japon. Ils pointent notamment le soudain dédain des investisseurs nippons pour les actifs chinois. « En octobre, quatre fonds investissant dans des actions chinoises devaient être lancés dans le pays. Tous ont été annulés », note Shoko Shinoda, une analyste chez Lipper. « Il est extrêmement rare d’assister à un tel mouvement d’annulation », pointe-t-elle, avant de citer les renoncements en rafale, ces derniers jours, d’United Investment, de Sumitomo Mitsui Asset Management et de SBI Asset Management.

Les gérants de ces différents fonds, qui prévoyaient d’investir au total plus de 67 milliards de yens (663 millions d’euros) sur la place de Shanghai, ont été confrontés à un brusque désintérêt de leurs clients et avaient donc dû revoir leurs plans pour tenir compte de leurs mauvaises ventes.

Dans sa dernière étude sur le moral des investisseurs, Nomura a, de son côté, mis en lumière le brutal désamour des épargnants japonais pour les placements en yuan, la devise chinoise. Si cette monnaie n’a jamais atteint les sommets de popularité du dollar australien ou du réal brésilien, qui ont les faveurs de « Mme Watanabe », elle bat désormais des records historiques « d’impopularité ». Son « index de diffusion », qui représente pour Nomura l’intérêt des investisseurs dans une devise déterminée, a ainsi plongé de près de 20 % depuis septembre.

 

« S’atténuer avec le temps »

 

Dans la région, les experts veulent croire que ce dépit des investisseurs japonais, qui contrôlent une épargne globale estimée à 1.500.000 milliards de yens, ne sera que passager. « Il y a eu aussi au moment des heurts des considérations économiques sur la croissance chinoise ainsi qu’une évolution de la perception du risque. Le facteur politique compte bien entendu mais il va se diluer », assure Clifford Tan, un analyste de Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ. « Il est vrai qu’il y a des postures hostiles à l’égard de la Chine depuis les manifestations anti-japonaises, confirme Masahiko Ejiri, un responsable de Mizuho Asset Management. Mais cela devrait pouvoir s’atténuer avec le temps. Les investisseurs vont revenir à des considérations sur les fondamentaux économiques chinois qui s’améliorent. »

Notant que le Congrès du Parti communiste chinois, qui était aussi facteur d’incertitudes, se termine en douceur, il va lui tenter de lancer, le 30 novembre, un nouveau fonds concentré sur les titres cotés à Shanghai. Sa société s’est vu attribuer, il y a trois mois, un volume d’investissement de 100 millions de dollars par les autorités de Pékin qui distribuent des quotas aux investisseurs institutionnels étrangers qualifiés. « La Chine va vivre des changements structurels profonds. Il est temps d’investir sur les valeurs qui vont profiter de ces réformes financières ou sociales », souligne le gérant.

 

Source: Les echos

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