Les geishas ont une nouvelle sorte de clientèle : les municipalités locales qui comptent sur ces artistes traditionnelles pour promouvoir leurs activités.

 

Le fait est qu’aujourd’hui beaucoup de geishas sont âgées et que leur nombre diminue d’année en année. Alors à travers le pays des municipalités tentent de préserver la tradition en offrant des subsides aux geishas pour couvrir leurs frais.

La ville de Kanazawa, capitale de la préfecture Ishikawa, a donné pour l’année fiscale 2014 une subvention de 90 000 yens (soit environ 644€) à chaque geisha pour les aider à payer leurs cours de danse et de musique. 41 artistes des trois quartiers-fleurs de la ville (Higashi, Nishi, Kazuemachi) les ont reçus.

Les autorités préfectorales sont également intervenues et ont ajouté à cette somme une subvention annuelle supplémentaire de 140 000 yens (1 000€) par crainte que la culture des geishas ne s’éteigne. Le nombre de geishas à Kanazawa a été divisé par deux en 30 ans.

Ce programme a démarré lors de l’année fiscale 2013. Cependant la situation reste préoccupante. 40% des geishas de la ville ont plus de 60 ans. Et ce n’est pas comme si les jeunes femmes se bousculaient pour devenir geishas.

Akie Kamiyama, 43 ans, dont le nom d’artiste est Fukutaro et qui a commencé sa carrière à l’âge de 22 ans, déclare que les geishas doivent faire face à des dépenses énormes : « Il y a toutes de sortes de coûts qui ne peuvent pas être couverts par les performances seules, alors j’apprécie beaucoup les subventions. Quand bien même, notre situation financière est toujours difficile ».

Elle travaille à Higashi, dans le quartier d’Higashiyama de Kanazawa. Dans la journée, elle s’entraîne à la danse et au chant. Elle prend des leçons presque quotidiennement avec six professeurs dont l’un vient de Tokyo.

maiko-japonLe coût mensuel s’élève à 100 000 yens (715€). Et il y a aussi le financement de récitals destinés à mettre en avant ses talents. Certains mois, cela dépasse 100 000 yens. Kamiyama doit aussi porter différents kimono selon qu’elle s’entraîne, se produise devant des clients ou se consacre à ses tâches quotidiennes en ville. Elle doit aussi offrir des cadeaux en milieu et fin d’année à ses professeurs dont le montant annuel est de un voir parfois deux millions de yens (7 000-14 000€).

En dehors de l’aspect financier, les subventions lui apportent un « sentiment de sécurité » dit-elle. « Il est difficile pour des jeunes femmes désirant devenir geisha d’obtenir l’assentiment de leurs parents » ajoute la geisha aguerrie. « Maintenant que nous avons un soutien financier de l’administration, des aspirantes geishas pourront plus facilement convaincre leurs parents ».

Un officiel de l’office du tourisme de Kanazawa fait savoir que la municipalité a des projets pour offrir une assistance plus variée aux artistes. « En amont de l’ouverture de la ligne de Shinkansen Hokuriku au printemps prochain nous voudrions demander aux geishas de prendre part à plus d’évènements promotionnels » informe-t-il.

Des efforts similaires sont entrepris dans tout le Japon. A Kyoto, le centre de la culture des geishas, une organisation privée soutenue par la préfecture et la ville fournit une aide financière aux artistes traditionnelles des cinq quartiers de geishas de la cité.

Depuis sa création en 1996, Ookinii Zaiden, la fondation kyotoïte pour la promotion des arts traditionnels de la scène a donné à chaque geisha une subvention annuelle comprise entre 70 000 et 100 000 yens (500-715€).

Grâce aux deux millions de yens accordés par la préfecture et la ville la fondation a disposé de fonds pour que les artistes puissent faire réparer leurs instruments de musique. En avril, la fondation a commencé à subventionner les dépenses en kimono des jeunes geishas de trois mois avant à cinq ans après leur prise d’indépendance. Durant cette période elles peuvent recevoir jusqu’à 500 000 yens (3 500€) par an pour se procurer du tissu de kimono.

Bien que le nombre de geishas des cinq quartiers de la ville ait baissé depuis 1996, passant de 200 à 182, ce chiffre aurait davantage geisha-japonchuté en l’absence de la fondation assure l’un de ses responsables : « Nous avons réussi à enrayer la baisse en disposant de fonds continus » explique-t-il.

Au nord du Japon, Niigata est une ville de geishas depuis l’époque Edo (1603-1868). A la plus forte période il y avait 300 artistes, aujourd’hui elles sont moins de vingt. En avril dernier la ville, aidée d’autres organismes, a crée un corps spécial pour éduquer de jeunes geishas. La moitié de son budget annuel de 8 millions de yens (57 000€) provient des coffres de la ville.

En avril, les autorités de la préfecture de Yamagata, en accord avec la ville éponyme, des hôtels et d’autres associations ont crée un conseil de soutien pour la formation des geishas destiné à sponsoriser leurs leçons et leurs récitals. La préfecture et la ville financent le programme à hauteur de 4 millions de yens (28 000€).

Depuis 2010 les dirigeants de la ville de Morioka encouragent le développement des geishas locales en incitant des entreprises privées à recruter et former des femmes souhaitant devenir artistes traditionnelles. Les entreprises qui embauchent des apprenties-geishas peuvent ainsi recevoir des subventions de création d’emploi. Depuis la mise en place de ce projet deux femmes sont devenues geishas professionnelles.

Kyoka Aihara, une écrivaine qui a rédigé plusieurs livres sur les geishas déclare que les récents efforts des collectivités vont immanquablement avoir de grandes répercussions sur cet univers.

« Les administrations locales fondent de grands espoirs sur l’utilisation à des fins publicitaires des geishas. Alors elles en viennent à se substituer aux patrons traditionnels qui leur apportaient leur soutien en les finançant et par d’autres moyens » analyse-t-elle.

Elle conclut : « Alors que la culture des geishas sort des luxueux restaurants traditionnels japonais, leur monde devient plus populaire ».

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Source : Asahi Shimbun || Image : cowardlion / kqlsm/ Sergii Rudiuk / Shutterstock.com

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