Le Premier ministre du Japon a lié le relâchement des règles strictes concernant la force militaire du pays aux profonds changements induits par la restauration Meiji, un moment largement perçu comme la naissance d’une nation moderne.

 

Ces commentaires ont eu lieu le mercredi 02 juillet après que Shinzo Abe eut proclamé le droit de l’armée japonaise à se battre pour défendre ses alliés, une doctrine appelée « l’auto-défense collective ». Cela constitue un changement hautement polémique de la position pacifiste japonaise.

M. Abe, qui a longtemps eu le désir d’augmenter les forces japonaises, a dû affronter une opposition massive de la population attachée au principe du pacifisme et qui marque leur identité.

Il a cherché publiquement à minimiser ce changement, indiquant qu’il était nécessaire afin de mieux protéger le Japon dans une région dominée par une Chine de plus en plus sûre d’elle et inquiétée par une Corée du nord erratique, laquelle a d’ailleurs lancé mercredi des missiles dans la mer du Japon (aussi connue comme mer de l’est).

Cependant, en parlant à des haut-membres du parti libéral-démocratique (PLD), il a selon Jiji Press indiqué que « l’auto-défense collective est aussi significative que la restauration Meiji ». Jiji Press n’a pas cité ses sources.

La restauration Meiji de 1868 marque le début du Japon moderne, en mettant un terme à plus de deux siècles de féodalisme contrôlé par les Samouraïs et pendant lesquels les voyages à l’étranger étaient interdits et les ports fermés aux étrangers.

Cela a permis à l’Empereur de reprendre la tête de l’État et lança une rapide industrialisation qui mena finalement aux ambitions impériales et au désastre de la seconde guerre mondiale.

Interrogé par l’AFP et prié de détailler la comparaison du Premier ministre, son chef de cabinet Katsunobu Kato n’a pas fait plus de commentaires mais n’a pas nié la teneur des propos.

« Je ne souhaite pas faire de commentaires… puisque ces propos n’ont ni été fait en public ni enregistré » a-t-il déclaré.

« Cependant, le Premier ministre a dit à plusieurs occasions, y compris lors de la conférence de presse d’hier, que nous protégerons la vie du peuple et la paix quoi qu’il arrive » a ajouté M. Kato.

Les médias d’État chinois ont lancé une campagne contre l’assouplissement des règles, le décrivant comme une menace à la sécurité asiatique.

« Le gouvernement japonais souhaite détruire le système d’après-guerre » écrit le Quotidien du peuple, organe du Parti Communiste Chinois au pouvoir, dans un éditorial signé « Zhong Sheng », un homonyme signifiant également « Voix de la Chine ».

Il a appelé le mouvement du gouvernement de M. Abe « un signal dangereux, et un appel au réveil ».

Tokyo et Pékin s’opposent depuis longtemps au sujet d’îles dans la mer de Chine de l’est, et Pékin considère qu’une réinterprétation de la constitution pacifiste du Japon pourrait ouvrir la porte à une remilitarisation d’un pays qu’il considère comme pas assez repentant pour ses actions pendant la seconde guerre mondiale.

Tokyo a plusieurs fois nié être un « loup en habit d’agneau ».

« Nous ne répéterons jamais les horreurs de la guerre » a déclaré M. Abe mardi. « Le Japon garde cela en tête depuis 70 ans. Jamais le Japon ne redeviendra un pays allant en guerre ».

La Chine, qui dispose de la plus grande armée du monde, dépasse de loin son rival japonais en hommes, navires, avions et dépenses militaires.

Le budget officiel de la défense chinoise s’élevait l’année dernière à 119,5 milliards de dollars, tandis que selon le rapport 2014 sur l’équilibre militaire de l’institut international des études stratégiques publié en février, le Japon a dépensé dans ce domaine 51 milliards.

La Corée du Sud a exprimé son malaise à propos du changement japonais, caractérisé comme une  »altération sérieuse » de sa politique pacifiste et a enjoint Tokyo à « abandonner son révisionnisme ».

Les États-Unis, potentiel bénéficiaire de ce mouvement, ont bien accueilli la nouvelle, indiquant que c’était un droit selon « la charte d’auto-défense collective des Nations-Unies. »

 

Source: Japan Today

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