Depuis plusieurs mois, le Japon opère un recentrage de ses intérêts diplomatiques et économiques sur l’Asean, allié militaire potentiel contre la Chine et partenaire commercial en pleine croissance.

 

Un nouveau pas dans cette alliance inédite a été franchi alors que l’appel de Tokyo à former une alliance militaire pour contrer les velléités expansionnistes de Pékin en mer de Chine a été entendu et bien reçu par les États-membres de l’Asean.

Le recentrage des intérêts du Japon sur l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) se poursuit.

Tokyo a appelé mercredi les pays de la région à développer une politique de sécurité régionale plus forte avec elle. Dans le viseur : la Chine.

 

« Diplomatie stratégique » contre Pékin

 

« La région Asie-Pacifique est confrontée à plusieurs problèmes liés à la sécurité et la défense, y compris des conflits territoriaux en mer de Chine méridionale », a déclaré le vice-ministre japonais de la défense Akinori Eto à l’ouverture d’une réunion des dix pays membres, faisant allusion au conflit au sujet des îles japonaises Sensaku revendiquées par Pékin sous le nom de Diaoyu.

Mardi, les délégués des pays participants ont eu un entretien avec le Premier ministre conservateur japonais Shinzo Abe.

Ces propos s’inscrivent dans une politique de long terme souhaitée par Shinzo Abe, au pouvoir depuis décembre.

A la mi-janvier, le Premier ministre japonais a envoyé un signal fort à l’adresse de Pékin en consacrant le premier voyage diplomatique de son mandat au Vietnam, à la Thaïlande et à l’Indonésie, tous trois membres et chefs de file de l’alliance du sud-est asiatique. Il a alors qualifié cette visite de « point de départ d’une diplomatie stratégique ».

De moins en moins lié aux États-Unis sur le plan économique, le Japon a toujours besoin du « grand frère américain » pour assurer sa sécurité, a expliqué à La Tribune Koji Shimamoto chef économiste à Société Générale CIB Japon et directeur de la branche japonaise de SG Securities.

 

L’Asean répond présent

 

Mais, tout aussi concernés par les tentations expansionnistes de Pékin en mer de Chine méridionale, les pays de l’Asean voient d’un bon oeil l’entrée de Tokyo dans une alliance contre leur rival commun.

Dans une interview mercredi au quotidien japonais Mainichi, le secrétaire philippin aux affaires étrangères Albert del Rosario a dit souhaiter que le Japon joue « un rôle important » dans la stabilisation de la région, une déclaration forte venant d’un pays occupé par l’armée nipponne pendant la dernière guerre mondiale.

Pour gagner encore un peu plus la confiance des pays de l’Asean et afin de garantir cet effort commun face à la Chine, Tokyo pourrait fournir aux Philippines des patrouilleurs afin de surveiller les mouvements maritimes chinois.

 

L’enjeu est aussi économique

 

Derrière ces enjeux militaires se cachent aussi des enjeux économiques.

Victime du ralentissement des croissances chinoise et américaine qui pèse sur ses exportations, et devant faire face à une facture énergétique écrasante depuis l’arrêt de ses centrales nucléaires, le Japon a un besoin criant de trouver des nouveaux leviers de croissance. Besoin auquel répond sans conteste la région Asie-Pacifique dont la croissance explose.

Selon une étude publiée en juillet dernier par le think tank IHS Global Insight, le PIB cumulé des membres de l’ASEAN dépasse celui de l’Inde, et devrait quadrupler d’ici à 2030.

Le rôle de locomotive de l’Association sera assuré par l’Indonésie, qui bénéficie d’un immense marché intérieur très dynamique, qui supplantera d’ici là la Corée du Sud.

« Nous devons désormais nous concentrer sur l’Asean », soutenait il y a quelques semaines l’économiste Koji Shimamoto, pour qui c’est le « seul moyen pour le Japon de survivre ».

En échange, les pays membres de l’Asean pourront compter sur l’énorme épargne japonaise, devenue plus liquide grâce à la baisse du yen, pour financer ses immenses besoins en investissements.

 

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