Le harcèlement est un vrai problème dans le milieu scolaire japonais, mais les autorités peinent à résoudre le problème

 

Quelques minutes après avoir ouvert sa porte, Mikiko sort des photos d’Hiroki. Sur les clichés, son petit-fils porte de fines lunettes rondes et sourit aux côtés de sa sœur jumelle et de sa grande sœur. « Il était toujours de bonne humeur, raconte la grand-mère. C’était un bon garçon, il n’a jamais montré qu’il avait des soucis », soupire-t-elle.

Harcelé par ses camarades de classe, Hiroki s’est jeté du 14e étage de son immeuble, dans la ville d’Otsu, dans l’ouest du Japon, en octobre 2011. Le collégien avait 13 ans. Étouffée pendant de longs mois, l’affaire a éclaté au grand jour pendant l’été 2012, après que des informations révélées par des camarades du garçon dans un questionnaire eurent été rendues publiques.

Pour la première fois au Japon dans une affaire de brimades à l’école, la police a perquisitionné le collège et interrogé 300 élèves, enseignants et membres de la direction. Parmi les sévices subis, Hiroki a été entouré de scotch, mis à terre et frappé dans les tribunes d’un stade d’athlétisme, contraint de manger des abeilles mortes et de simuler son propre suicide. Selon le témoignage de certains enfants, des professeurs étaient au courant du calvaire de l’enfant.

 

De nombreux cas non signalés

 

Un procès oppose, depuis, les parents du garçon à la municipalité d’Otsu, ainsi qu’aux trois agresseurs présumés et à leurs parents. La famille réclame 77,2 millions de yens (760 000 €) de dommages et intérêts. « Au Japon, nous avons la culture du secret, regrette Honda, le père de l’adolescent, qui avait alerté la police trois fois avant le suicide de son fils. J’en veux aux enseignants qui n’ont rien fait, alors qu’ils étaient au courant des agressions. »

Le ministère japonais de l’éducation recense plus de 75 000 cas de harcèlements à l’école pour l’année 2010. En 2011, 200 élèves se sont donné la mort au Japon selon le ministère de l’éducation, 353 selon la police, dont une partie à cause de brimades. De nombreux cas n’étant pas signalés, le nombre serait en fait plus élevé. De plus, Internet et les téléphones portables – très répandus chez les écoliers japonais – ont fourni de nouveaux outils aux agresseurs pour diffuser des informations blessantes sur leurs victimes.

Certes, les brimades à l’école ne sont pas cantonnées au Japon. En France, le suicide de la petite Pauline, souffre-douleur de ses camarades, dans le Pas-de-Calais, en janvier 2012, avait provoqué la mise en place d’une campagne de lutte contre le harcèlement à l’école. Pour autant, d’après les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, le nombre de suicides chez les enfants japonais est bien plus élevé que chez les enfants en France.

 

« Le problème n’a jamais été réglé »

 

« Le problème, c’est que le suicide est à la fois tabou et omniprésent au Japon, souligne René Duignan, auteur d’un documentaire sur le suicide au Japon. On en parle dans les mangas ou les séries télé. C’est peut-être cela qui explique qu’un enfant ait l’idée du suicide pour régler ses problèmes. »

Après le décès d’Hiroki, le ministère de l’éducation a annoncé deux mesures clé : la présence de conseillers dans tous les collèges et l’obligation pour la direction des écoles de signaler les cas sérieux de brimades. Mais Midori Komori, la mère d’une adolescente qui s’est suicidée à l’âge de 15 ans en 1998, craint qu’Hiroki ne soit pas la dernière victime de brimades. « Beaucoup d’encre coule après chaque affaire, mais le problème n’a jamais été réglé », regrette cette mère courageuse, qui a créé l’association Gentle Heart pour lutter contre le harcèlement à l’école.

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