Une part importante du futur commerce mondial se noue autour du Japon qui vient d’ouvrir trois vastes négociations de libre-échange: avec les Etats-Unis dans le cadre du Partenariat transpacifique (TPP), l’Union européenne d’autre part et enfin la Chine et la Corée du Sud, préviennent des analystes.

 

«Le Japon est à la traîne des autres grandes puissances économiques en terme d’accord de libre-échange. Il y a dans l’archipel le sentiment que c’est maintenant ou jamais», explique Ivan Tselichtchev, économiste à l’Université de gestion de Niigata.

Après des années de tergiversations et d’occasions manquées, Tokyo a décidé de franchir trois Rubicon quasi simultanément, sous l’impulsion de son nouveau Premier ministre, le conservateur Shinzo Abe.

«C’est la première fois depuis les années Koizumi (2001-2006) que le pays est dirigé par un homme volontariste. Pour marquer son autorité, Abe doit faire du Japon un acteur important de la construction de ces zones de libre-échange qui vont dessiner l’économie mondiale des années 2020 et au-delà», ajoute M. Tselichtchev.

Le 15 mars, M. Abe a annoncé son intention de participer aux négociations du partenariat trans-Pacifique (TPP), qui ont pour but de créer la plus vaste zone mondiale de libre-échange entre onze pays riverains du vaste océan, douze en comptant le Japon, dont les Etats-Unis, ses voisins nord-américains, et des Etats d’Amérique du Sud et d’Asie du Sud-Est.

«Il n’y a que le Japon, tourné vers lui-même, qui n’est pas entré dans une économie ouverte comme les pays émergents d’Asie ou l’Amérique», a justifié M. Abe.

Souhaitée ardemment par Washington, la venue de Tokyo donne une ampleur toute autre à ce projet, qui pèse désormais 40% du produit intérieur brut (PIB) mondial. Aussi les autres puissances en pourparler avec le Japon ont-elles accéléré le mouvement.

«L’Union européenne, la Chine et la Corée du Sud ont dû sentir la pression» et ont ouvert des discussions formelles avec le Japon, souligne Ikuo Kuroiwa, de l’Institut des économies en développement, évoquant un «effet domino».

Dès le 25 mars, les présidents du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ont décidé avec M. Abe de lancer une négociation de libre-échange UE-Japon, évoquée depuis des années entre ces deux puissances économiques représentant un tiers du PIB mondial.

Le lendemain, c’est la Chine et la Corée du Sud qui ouvraient une discussion tripartite avec le Japon en vue de sceller un accord commercial (20% du PIB mondial en cumulé).

 

Le coup d’envoi d’un quatrième processus pourrait être donné en mai entre le Japon, la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les dix membres de l’Association des nations du sud-est asiatique (Asean).

Entre Bruxelles et Tokyo, les motivations sont économiques: l’UE voudrait disposer d’un meilleur accès au marché nippon aujourd’hui entravé de barrières non-tarifaires, tandis que le Japon souhaiterait réduire les taxes sur ses voitures et son électronique, afin que ses entreprises concourent à égalité sur le marché européen avec leurs rivales sud-coréennes.

Mais du côté de Pékin et de son nouveau dirigeant Xi Jinping, il s’agit aussi de devancer la nouvelle ambition asiatique de Washington sous l’égide du président Barack Obama, pour des raisons sécuritaires, mais pas seulement. Il s’agit aussi d’éviter que les avancées du TPP en termes de commerce et d’investissement ne façonnent les règles internationales sur les décombres de l’échec du cycle de négociations multilatérales de Doha (OMC).

«La Chine veut bâtir son propre cadre commercial avant que les Etats-Unis ne soient davantage présents en Asie», résume Shujiro Urata, professeur d’économie à l’Université de Waseda.

Reste que si la volonté politique est là de tous côtés, des obstacles et des craintes demeurent, comme dans le secteur américain de l’automobile qui redoute une déferlante de voitures nippones.

Au Japon, l’opposition vient des agriculteurs. «Dans ses négociations d’antan avec des pays en développement, le Japon signait des accords qui préservaient son agriculture en échange d’assistance technologique. Mais avec l’UE ou les Etats-Unis, cette stratégie ne marchera pas», prévient M. Urata.

Sur le front Tokyo-Pékin-Séoul, la Chine, justement désireuse d’exporter ses produits agricoles, voudra protéger son secteur manufacturier, vulnérable à la compétitivité de l’automobile et de l’électronique nippones et sud-coréennes, d’après M. Kuroiwa.

Les plus optimistes parient néanmoins sur l’effet d’entraînement que ces diverses négociations exerceront les unes sur les autres. Pékin ne pourra par exemple pas tolérer d’importantes avancées du TPP sans réagir, et vice-versa pour Washington.

Discussions

Laisser un commentaire