L’alcoolisme est en train de devenir un sérieux problème dans les trois préfectures de Tohoku gravement touchées par le grand tremblement de terre en Mars 2011. Les décès de proches ou le stress de la vie d’évacué ont conduit à une forte augmentation de la consommation d’alcool. Certains sont ainsi devenus alcooliques 4 ans et demi après la catastrophe.

 

Beaucoup de gens ignorent qu’ils ont un problème d’alcool. Les municipalités et les groupes de soutien multiplient leurs efforts pour trouver les potentiels alcooliques et leur fournir une assistance.

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Saki Takeuchi consulte le journal de consommation.

Saki Takeuchi est psychiatre et membre du groupe de soutien Shinsai Kokoro no Care Network Miyagi. Cet été, elle a rendu visite à un homme de 76 ans, vivant seul dans un logement temporaire à Ishinomaki. Elle a consulté le journal qu’il tient sur ses habitudes de consommation.

« Génial ! Vous n’avez que des doubles cercles depuis un certain temps maintenant. Je n’ai rien à dire. »
Le « double cercle » signifie une journée sans alcool.

L’homme a perdu sa maison dans le tsunami provoqué par le tremblement de terre. En 2012, peu de temps après avoir déménagé dans un logement temporaire, sa femme est décédée. Il a alors commencé à boire plus d’alcool avant d’aller de se coucher en raison de sa solitude. Préoccupé par son avenir, il a ensuite commencé à boire de la bière dès le matin.

Il est tombé malade par la suite, et a bénéficié de l’aide du groupe au printemps 2013. Il a commencé à tenir un journal en Juillet de l’année dernière et reçoit des visites régulières des membres du groupe.

Grâce à cela, il a réussi à limiter sa consommation de boissons alcoolisées. Après avoir déménagé dans un nouveau logement en Septembre, il lui arrive parfois de boire car il n’a pas d’amis mais rien de comparable avec sa consommation quotidienne passée.

« Il est désormais en mesure de contrôler sa consommation de boissons alcoolisées », a déclaré Takeuchi.

Selon l’hôpital Tohokukai à Sendai, le seul hôpital des 3 préfectures sinistrées à posséder une unité de soins spécialisée dans la dépendance de l’alcool, le nombre de patients dépendants à l’alcool se situait à une moyenne de 251 par an entre 2008 et 2010.

En 2013, ce nombre est passé à 314. L’année dernière, celui-ci a un peu diminué mais le directeur de l’hôpital, Toru Ishikawa, affiche un sentiment d’urgence à propos de la situation actuelle.

« La baisse est due aux soutiens reçus à l’hôpital. Cependant, les travailleurs médicaux sur la ligne de front estiment que le nombre de patients augmente encore. »

 

Un nombre qui ne représente que la partie visible de l’iceberg

 

Suite au désastre de Mars 2011, les problèmes liés à l’alcool sont devenus de plus en plus courants. On remarque une augmentation de résidents causant des problèmes de voisinage dans les logements temporaires ou des familles brisées en raison de la dépendance à l’alcool.

Les municipalités et les organismes de soutien prennent diverses mesures pour remédier à la situation.

Le réseau de groupe de soutien organise des réunions pour discuter de la consommation d’alcool aux réfugiés mais seulement une ou deux personnes y participent.

« Seule une poignée parle de leur problème d’alcool. Trouver les personnes ayant une dépendance et leur donner envie de participer à nos réunions est un vrai défi. » avoue Kota Shibuya, psychothérapeute clinique membre du réseau.

Selon un sondage réalisé par Yasuhiro Ueno, professeur de médecine légale à l’Université de Kobe, environ 70 % des hommes décédés d’une maladie liée au foie dans les 3 ans et demi qui ont suivi le grand séisme de 1995 avaient une consommation excessive d’alcool.

Contrairement à 1995, les évacués resteront dans leurs logements temporaires plus longtemps, notamment en raison de la crise nucléaire de Fukushima. On craint des problèmes d’alcool encore plus grave.

« Le nombre de buveurs excessifs est en augmentation. Il est nécessaire de promouvoir le soutien à ces personnes et les aider à trouver de nouveaux objectifs dans la vie », a déclaré Seiichi Uchiyama, directeur adjoint du Centre de prévention des catastrophes de Fukushima.

Ce qu'il reste de la ville d'Iwate après le passage du tsunami

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Source : Yomiuri Shimbun

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