Le Japon sortira-t-il vraiment du nucléaire dans les années 2030? Depuis la catastrophe de Fukushima survenue il y a dix-huit mois, le gouvernement nippon peine à définir sa stratégie énergétique pour les années à venir. Il a annoncé mi-septembre une sortie progressive du nucléaire d’ici 2040 avant de revenir à une position ambiguë. De passage à Paris, plusieurs responsables japonais du secteur de l’énergie ont fait part de leur désarroi.

 

Le détroit d’Ormuz pire qu’un tsunami

À l’instar des directeurs des centrales nucléaires d’EDF qui ont récemment protesté par écrit contre la fermeture annoncée des deux réacteurs de Fessenheim fin 2016, de nombreux industriels japonais sont vent debout contre une sortie du nucléaire de leur pays. Certains d’entre eux participaient lundi 15 octobre à Paris au Forum énergie France-Japon organisé par le Comité d’échanges franco-japonais et la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Parmi eux, Hidehiko Yukama, responsable des relations internationales chez Kepco, le deuxième électricien nippon après Tepco (opérateur de la centrale de Fukushima-Daiichi) ou Tatsuro Ishizuka, vice-président de l’équipementier Hitachi, ne cachent pas leur hostilité à l’égard d’un abandon de la filière atomique. Pour ce dernier, la transition énergétique à la japonaise nécessitera un investissement de 24.000 milliards de yen (230 milliards d’euros). Perspective difficile pour une économie en recul au troisième trimestre 2012 et un État dont l’endettement atteint 200% du PIB.

Comme la plupart des intervenants, Nobuo Tanaka, qui a retrouvé une liberté de ton depuis son départ l’an dernier de la direction de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) basée à Paris, soutient l’ambition gouvernementale de développer la part des énergies renouvelables. Mais pas à n’importe quel prix. Et certainement pas à la place du nucléaire. Pour Tanaka, un danger menace le Japon bien davantage qu’un autre tsunami: un blocus du détroit d’Ormuz par où transitent 85% des importations pétrolières de l’archipel.

 

La France, plus vulnérable que le Japon

Avec seulement deux réacteurs atomiques en service sur cinquante, l’archipel qui produisait avant le 11 mars 2011 26 % de son électricité grâce au nucléaire a remarquablement évité le chaos et les pannes de courant généralisées, comme l’ont remarqué les participants au Forum. Certes, au prix d’importations massives de pétrole et de gaz qui pèsent lourdement sur sa balance commerciale. Encore fallait-il que le pays soit doté de centrales thermiques en nombre pour remplacer ses centrales nucléaires. En tant qu’archipel dépourvu de toute ligne d’interconnexion électrique avec ses voisins ou de tout gazoduc, le Japon disposait de très importantes capacités de production de réserve. En cas d’indisponibilité de plusieurs centrales nucléaires, la France, bien que connectée avec ses voisins, serait pour sa part beaucoup plus vulnérable, a souligné Pierre-Franck Chevet, le directeur climat énergie du ministère de l’Écologie, et représentant de la France dans l’instance de dialogue énergie France-Japon créée à la suite de Fukushima.

Le Japon a su faire preuve dans son histoire, et témoigne encore aujourd’hui, de formidables capacités d’adaptation. Il n’en demeure pas moins que dans l’Empire du Soleil Levant comme dans l’Hexagone, les investisseurs ont besoin de visibilité pour engager des milliards d’euros sur des projets dont la durée de vie se mesure en décennies. Or, déplore Hidehiko Yukawa de l’électricien Kepco, «nous sommes en pleine incertitude» sur la politique énergétique. Et la politique tout court puisque des élections parlementaires sont imminentes dans l’archipel.

 

 

Source: Figaro

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