La sample food fait partie intégrante de la culture japonaise. On pourrait l’assimiler aux premiers abords à une sorte de gag présenté aux touristes pour déchiffrer les menus généralement écrits en japonais des restaurants ; mais ces ‘œuvres’ sont destinées avant tout à être appréciées par l’œil Japonais.

 

En effet, nous avons deux visions différentes du menu de restaurant, la notre se base sur l’intitulé des plats et leurs ingrédients, c’est ce qui est censé nous mettre l’eau à la bouche. Nous attendons beaucoup d’un simple intitulé, et notre imaginaire n’a aucune idée de ce qui l’attendra après avoir passé commande, jusqu’à la découverte du plat, cela nous fait saliver.

En occident, seuls les fast-food, les restaurants très touristiques et autres exceptions proposent un visuel concret de ce que nous nous apprêtons à manger.

Au Japon c’est un peu différent, hormis dans les restaurants très chers, nous avons un visuel brut, cru et direct de ce que nous nous apprêtons à manger et absolument chaque enseigne qui se respecte possède une vitrine sur laquelle trônent ces installations en plastique ou en cire, plus vraies que nature.

On peut se demander alors si cette sample food n’est pas là simplement pour faire gagner du temps et éviter aux chefs de salle d’expliquer l’intitulé d’un plat et instaurer ainsi une distance entre le client et le restaurateur.

Il y a en effet, dans les restaurants classiques une sonnette pour appeler un serveur et passer commande. Dans un restaurant à Kyoto j’ai même pu commander un menu entier via une borne et manger, attablé, sans parler à personne. Paradoxalement à ça, la politesse est toujours de mise dans ces établissements et ce n’est pas une personne mais presque tout le personnel qui salue votre arrivée et votre sortie.

On attribue son invention à Takizo Iwasaki qui, au début du XXe siècle, après avoir renversé de la cire par inadvertance sur son tatami, eut l’idée de faire une omelette en cire réaliste qu’il vendit dans plusieurs restaurants d’Osaka, il décida plus tard de fonder Iwasaki Be-I qui est aujourd’hui la principale entreprise de sample food.

Avec ces deux visions différentes du menu de restaurant on peut découvrir pour l’occident le pouvoir évocateur qu’à le langage et d’autre part au Japon le pouvoir évocateur qu’a cette fois-ci la mimétique réaliste. Un exemple assez intéressant est à souligner, tiré du film Tanpopo réalisé par Juzo Itami en 1985. Une scène se déroule dans un de ces fameux restaurants hors de prix où la spécialité, exotique, est ici française.

On a donc les convives attablés qui déchiffrent la carte, écrite certainement en Romaji (avec des lettres de l’alphabet et non avec des idéogrammes ou le syllabaire), les japonais savent certainement lire ça mais n’en comprenne pas le contenu le moins du monde. Le serveur passe pour prendre les commande, tout le monde hésite mais le patron (certainement celui qui invite) se décide et prend une sole meunière avec de la soupe et une bière.

Les convives suivent tous ce choix, sauf un, le dernier que le serveur interroge, il a l’air plus expert que les autres en cuisine française et sait déchiffrer la carte. Se faisant discrètement réprimander par son voisin de table lors de sa commande il ne démérite pas et questionne le serveur, une fois sa commande passée, les autres convives deviennent rouges de honte et se taisent, regrettant peut-être le choix d’avoir suivi le patron. (Lien youtube de la scène)

samplefood0▲ Sample Food à Yufuin, préfecture de Oita

On peut trouver dans leurs magasins des kit de réalisation, chaque restaurant commande des pièces uniques, faites sur-mesure en fonction de la carte et de la patte du chef. Au début faits en cires, la durée de vie de ces plats était limitée à cause de la chaleur et du soleil qui venait ternir les couleurs.

La possibilité dans les années 1970 de produire des moules en plastique produisit un boom économique au sein de l’entreprise. Les couleurs persistent plus, la matière dure plus longtemps et le réalisme n’en est qu’accru.

Le marché national du sample food s’élève à 85 million d’euros annuel, une somme assez basse en comparaison aux nombres de restaurants que l’on peut trouver dans les mégalopoles nippones, de plus la pérennité de ces pièces n’arrange en rien ces chiffres.

En moyenne, chaque pièce commandée par un restaurant coûte au minimum 900 euros ! Il serait difficile de passer à côté de plats factices qui pour un occidental dénotent clairement dès les premiers jours passés sur le sol nippon.

Le plus intéressant est de voir que cette mode ne s’applique pas uniquement aux restaurants Japonais. Je me promenais donc dans une des allées à la gare de Hakata et remarquais des restaurants exotiques arborer fièrement les fameux plats en plastique, posés verticaux, ornés d’un ‘gracias’ et d’une décoration maladroite pour certains, ou tout simplement derrière une vitrine pour d’autres.

Il m’est aussi arrivé de voir dans certains restaurants ces menus en plastiques utilisés comme décoration dans le restaurant lui-même, quoi de plus normal que de manger au-dessous d’une assiette où une salade de tomate prête à vous dégouliner desssus trône fièrement accrochée au mur.

Voici pour achever cet article deux réalisations faites par mes soins avec les fameux kit vendus par Iwasaki Be-I que l’on peut trouver à Tokyo Sky Tree entre autres, comptez au moins une vingtaine d’euros pour des kits comme ceux-là.

Iwasaki-samplefood-japon

Source : Martin Greffe || www.martingreffe.com

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