A 23 ans, cette jeune Chinoise, qui a étudié à la prestigieuse Université de Tokyo, est désormais à la recherche d’un emploi au Japon. Mais sa quête pour atteindre le « rêve japonais » de travailler dans une grande entreprise japonaise, et de gagner près de quatre fois ce qu’elle pouvait prétendre dans son pays, a rencontré un problème : elle sent que les entreprises japonaises ne sont pas prêtes à embaucher des étudiants étrangers.

 

« Il est difficile de continuer à chercher un emploi (au Japon) quand on ne sait pas si les entreprises seraient vraiment prêtes à embaucher des étudiants étrangers comme moi » dit-elle.

Les étudiants non-japonais sont de plus en plus soutenus par le gouvernement – du moins superficiellement.

Dans le cadre de la stratégie de revitalisation menée par le gouvernement Japonais en 2014, celui-ci a affirmé son désir d’attirer des étudiants étrangers hautement qualifiés afin de renforcer la compétitivité globale du pays et revitaliser l’économie.

Le gouvernement a dévoilé en mai dernier ses plans pour attirer davantage d’étudiants étrangers désirant travailler au Japon, en particulier dans des petites et moyennes entreprises. Des universités proposant des stages en entreprises et l’organisation de rencontres entre employeurs et étudiants internationaux leur ont été proposées.

Une enquête du ministère du travail, effectuée en 2013, indique que 52 % des 1 775 petites et moyennes entreprises japonaises interrogées, souhaitent embaucher des étudiants internationaux, si ceux peuvent stimuler leur développement global.

Mais contrairement à la vision du gouvernement, et malgré la demande croissante des entreprises, de nombreux employeurs japonais ne souhaitent pas tenter l’expérience. Les raisons étant le manque de ressources pour embaucher des étudiants étrangers ou une tendance générale à éviter tout problème provenant d’une culture du travail différente.

Selon une enquête effectuée en 2013 par l’Organisation japonaise de services aux étudiants ; une association financée par le gouvernement offrant des programmes de soutien pour les étudiants non-japonais ; 65 % des étudiants étrangers étaient à la recherche d’un emploi au Japon.

Mais seulement 24 % des 39 650 étudiants ayant obtenu un diplôme dans un établissement d’enseignement japonais ont trouvé un poste, indique un autre rapport de l’association.

 

Un problème de langue

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La demande de maitrise exceptionnellement élevée de la langue japonaise est un obstacle majeur, dit Hitomi Sasaki, directrice du centre d’orientation professionnelle à l’Université Waseda de Tokyo, qui accueilli 4985 étudiants étrangers depuis novembre, le plus grand regroupement d’étudiants étrangers au Japon.

Selon un rapport du ministère de l’Economie de 2012, 84,5 % des 433 sociétés japonaises qui ont répondu à l’enquête ont indiqué vouloir que les étudiants étrangers possèdent au moins un niveau 2 au test d’aptitude en Japonais (JLPT2).

Mais le « Business Level » est vaguement défini au Japon. La réalité est que les employeurs ont tendance à exiger un niveau équivalent à celui d’un Japonais, en particulier dans le milieu des affaires, indique Sasaki.

Les Japonais ont tendance à exiger des étudiants étrangers un Japonais parfait dès le début. De nombreuses entreprises craignent qu’une légère erreur de japonais dans le cadre du travail puisse mettre en péril la confiance des clients, dit-elle.

La demande d’une maitrise élevée de la langue est la principale difficulté des étudiants au cours du processus unique de recrutement au Japon, le shukatsu, que les étudiants étrangers et japonais passent ensemble.
Le processus de recherche d’emploi pour les étudiants en dernière année a commencé le mois dernier. De nombreux étudiants cherchent à décrocher un poste avant d’avoir obtenu leur diplôme.

Les étudiants étrangers ont généralement des difficultés à écrire leur lettre de motivation, exigée par la plupart des entreprises japonaises, où ils doivent expliquer pourquoi ils méritent d’être invité à un entretien d’embauche, indique Sasaki.

Même si les étudiants étrangers passent à l’étape suivante, ils luttent avec l’examen de recrutement, créé à la base pour les Japonais afin de tester leurs compétences scolaires de base, dont un test de langue nécessitant un vocabulaire important.

Le processus de sélection n’est pas juste pour les étudiants étrangers, a déclaré une étudiante de 22 ans, originaire de la Corée du Sud, qui fréquente l’Université Waseda.

« Le test ne semble pas évaluer la compétence en japonais nécessaire à l’exécution d’un travail » dit-elle, ajoutant que les entreprises devraient avoir des entretiens en tête à tête, avant d’effectuer leur sélection, afin de pouvoir évaluer correctement la maitrise de langue des étudiants étrangers et leurs personnalités.

Selon une enquête menée auprès des petites et moyennes entreprises par le Bureau de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie du Kansai en 2013, la majorité des entreprises n’ont pas l’argent ou les ressources humaines suffisantes pour offrir un traitement spécial aux étudiants étrangers.

 

Une culture d’entreprise bien différente

 

L’enquête a constaté que la plupart des petites entreprises ne disposent ni de plan de carrière correspondant aux demandes des étudiants ni de système aidant les étrangers à effectuer une carrière à long terme au sein de la société.

Même si un étudiant étranger trouve un emploi, la culture d’entreprise au Japon pose des difficultés.

Une autre étudiante sud-coréenne, à l’Université de Tokyo, a été déçue par la culture d’entreprise au Japon au cours de sa recherche d’emploi, car ils ont tendance à forcer les travailleurs venus de l’étranger à assimiler sans broncher ce qu’ils disent au risque d’être étiqueté « effronté »

« C’est probablement parce que j’ai tendance à dire ce que je pense sans mâcher ses mots » dit-elle. Découragée, elle est déterminée à poursuivre une carrière soit en tant qu’universitaire soit à travailler pour une entreprise étrangère au Japon.

Sasaki explique que le cas de cette étudiante montre l’écart de perception entre la culture d’entreprise du Japon – qui exige que tous les nouveaux employés débutent comme apprentis et sont formés par leur employeur – et les étudiants étrangers qui espèrent démontrer leur potentiel immédiatement après avoir été embauché.

Outre l’obstacle de la langue, il existe aussi un décalage dans la façon de voir la carrière a déclaré Yukiko Watanabe, un conseiller d’orientation de l’Université Ritsumeikan dans la préfecture de Kyoto.

« Les entreprises japonaises ont tendance à avoir un système d’évaluation très vague par rapport aux entreprises étrangères », a déclaré Watanabe, expliquant que cela peut déranger les étrangers souhaitant que leur travail soit jugé de façon claire et équitable.

Au lieu de cela, Watanabe dit que les entreprises devraient aider les étudiants étrangers à établir une une vision claire de leur carrière, en leur donnant par exemple l’occasion de devenir des gestionnaires de succursales dans leur pays d’origine.

Sasaki, de l’Université de Waseda indique que les entreprises ne devraient pas hésiter à changer.

«Si les entreprises visent à s’internationaliser (par l’embauche d’étudiants étrangers), pourquoi n’embauchent-ils pas au moins un étudiant étranger pour déclencher un changement au lieu d’exiger trop d’eux depuis le début » dit-elle.
« Une fois qu’il travailleront ensemble, les entreprises japonaises comprendront à quel point les étudiants venus de l’étranger sont assidus. »

Source : Japan Time

Discussions

3 Réponses

  1. Al

    Quelle type d’entreprise, pour quel poste ? Non parce que ça change tout.
    De plus je trouve tout à fait normal, surtout pour certains postes, de maîtriser la langue du pays dans lequel on vit. Au-delà même de l’aspect pragmatique c’est une preuve de respect envers eux et une preuve que l’on souhaite s’intégrer, ce n’est pas aux autochtones de s’adapter mais aux étrangers, sinon étrangers rentrer chez-vous.

  2. diobrando

    Excellent article remettant en place la dure realite du terrain face au matracage mediatique dicte par le gouvernement qui se la joue international. Les etudiants etrangers ne sont pas de bons petits employes gobant tout ce que dit le sempai (qui a appris du sempai du sempai du sempai comme un robot) et ont beaucoup d’idees mais tout meurt dans l’oeuf et notamment la prise d’initiative.
    La langue est une mauvaise excuse bateau. Une forte majorite des etudiants sortant des universites japonaises ont suivi un cursus ou forcement ils ont atteint un niveau eleve de langue mais clairement moins de dire amen a tout.

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