L’opérateur du géant Sony a annoncé la commercialisation d’une offre de fibre dotée d’un débit descendant de 2 Gbps. Bon pour l’économie du Japon ? Bon pour l’image, en tous cas.

 

Voilà une nouvelle qui pourrait faire les affaires du gouvernement de Shinzô Abe, premier ministre du Japon depuis la victoire de son parti aux élections législatives de décembre 2012.

So-net, fournisseur d’accès à Internet (FAI) du groupe Sony lancé en 1995, lance une fibre optique pour particuliers aux capacités inédites.

La nouvelle marque, Nuro, recoupe une offre « la plus rapide du monde », selon le communiqué de So-net publié ce lundi.

Elle propose un débit descendant de 2 Gbps et un débit montant de 1 Gbps au maximum, soit le double de Google Fiber, particulièrement d’actualité dans les journaux américains.

 

Offre « inédite »

 

Tarif annoncé pour une offre illimitée : 39 euros par mois, location de boîtier incluse, auxquels il faut toutefois ajouter 410 euros de frais d’installation et une contrainte de taille, une durée d’engagement minimale de deux ans.

L’avancée pourrait toutefois permettre aux vitesses moyennes de progresser, alors que beaucoup d’habitants de Tokyo possèdent déjà des connexions à 1 Gbps. Cependant, il faut noter que la vitesse maximale pourrait ne pas servir à tous. PC World note que beaucoup d’ordinateurs familiaux ne permettent pas de profiter d’un tel débit, et sont souvent limités à du 1 Gbps.

De même, les connexions Wi-fi – que ce soit à la maison ou par le biais de hotspots, certes moins développés qu’ailleurs – peuvent brider ce débit descendant pour un poste unique, même si l’arrivée attendue de la norme 802.11ac pourrait changer la donne, et que la solution reste intéressante dans le cadre du fonctionnement simultané d’appareils multiples.

Pour Nuro, So-net fournit une technologie de réseau sans-fil pouvant aller jusqu’à 450 Mbps, mais les faits demeurent : l’offre pourrait être plus optimisée pour les entreprises que pour les particuliers à l’heure actuelle.

So-net explique que pour atteindre de tels débits, il se fonde sur le standard GPON (Gigabit-capable Passive Optics Networks), qui supporte un débit descendant maximal de 2,488 Gbps, selon PC World. Cela permettra-t-il de faire monter les débits moyens observés au Japon, et à So-net de prendre plus de parts de marchés à ses concurrents ?

L’enjeu est de taille car, si l’on en croit IT Wire, le Japon est le 3ème marché des télécoms au monde, derrière les Etats-Unis (378 milliards de dollars) et la Chine (151 milliards de dollars), avec 133 milliards de dollars. Mais le pays, comme l’Europe, est en perte de vitesse en termes de revenus, contrairement aux marchés émergents d’Asie-Pacifique, par exemple.

 

Un enjeu plus large pour le Japon ?

 

L’autre bénéficiaire potentiel de cette nouvelle, certes indirectement, c’est donc Shinzô Abe, le premier ministre nippon. Pour son deuxième passage au Kantei, résidence et bureaux du premier ministre à Tokyo, Shinzô Abe avait décidé de lancer, peu après sa prise de fonctions le 26 décembre dernier, un grand plan de redressement du pays.

Il servait ainsi deux objectifs : le premier, politique, était de faire un retour gagnant alors qu’il avait dû démissionner de son premier mandat de moins d’un an, en septembre 2007 ; l’autre, économique, est évidemment de faire face à la crise que traverse le pays.

Côté politique, le choix est pertinent : Shinzô Abe avait dû quitter ses fonctions à cause de son impopularité, laissant pour la première fois dans l’histoire du Japon depuis 1955 la main au parti de centre-gauche opposé. Côté économique, si la conjoncture actuelle est compliquée pour tous, le Japon cherche à liquider son passif structurel très fort.

Car quand une bonne partie de l’Europe ou les Etats-Unis plongent, c’est plutôt à une lente vague de fond que fait face le Japon. Après le boom des années 1980, le pays a connu une longue période de crise latente, enchaînant les années de déflation et se rendant apparemment incapable de faire face aux défis du pays (démographique, énergétique, etc).

Shinzô Abe a donc lancé un programme de redressement, dont la troisième partie a été annoncée la semaine dernière. Sa doctrine, baptisée « Abenomics » par les spécialistes, se fonde sur une politique néo-keynésienne d’investissement pour stimuler une croissance morne et des dépenses de consommation au point mort.

 

Economie et communication

 

Investissement (jusqu’à 210 milliards de dollars), choc fiscal et politique monétaire sont au coeur de l’action voulue par le premier ministre. Sur cette somme, plus de la moitié (116 milliards de dollars) doit aller aux infrastructures. Cela concerne pour l’essentiel l’énergie, sujet sensible depuis l’accident de Fukushima, et les réseaux de transport de personnes et de flux.

Dans ce cadre, la vigueur apparemment retrouvée dans la compétition au très haut-débit ne peut que soutenir l’effort d’investissement du pays. Le Japon, dont le secteur manufacturier est performant depuis la modernisation des années 80, continue d’être assez fermé au commerce international sur les autres secteurs, notamment par un manque de compétitivité.

L’effet d’images ne peut être que bon pour le Japon, puisque So-net affiche ainsi une certaine confiance dans la capacité à innover et à faire progresser les infrastructures. Une confiance confirmée par Joseph Stiglitz (économiste, prix Nobel d’économie 2001) au journal belge L’Echo la semaine dernière, et en hausse dans tout l’Archipel selon lui.

Une image à contrepied du déclin, dans l’électronique grand public, des géants japonais comme Sharp, Panasonic ou, justement, Sony. Le Japon peut-il bénéficier de la « première mondiale » que constitue, selon So-net, son nouveau réseau ? Pas sûr que cela suffise, mais le Japon reste étonnamment attaché à ces symboles, à l’instar de la bataille qui sévit dans le domaine du calcul haute-performance, où il a perdu en un an la première place.

 

 

Source: ZDNet

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