La baisse continue du yen commence à faire des remous. La monnaie japonaise, qui tournait autour de 90 yens pour un dollar, est tombée vendredi à 90,21 yens, son plus bas niveau en deux ans et demi.

 

Depuis l’arrivée de Shinzo Abe au poste de premier ministre, le mois dernier, le yen a perdu 4,5 % de sa valeur face au billet vert. La baisse est tout aussi spectaculaire face à l’euro.

Alors que le comité de politique monétaire de la Banque du Japon (BoJ) se réunira lundi et mardi, les Américains tirent la sonnette d’alarme. Les constructeurs d’automobiles, qui ont accusé un déficit commercial de 50 milliards de dollars avec l’Archipel l’an dernier, accusent Tokyo d’affaiblir sa monnaie pour doper ses exportations. Le Parti libéral-démocrate crée volontairement des «distorsions commerciales en abaissant la valeur du yen afin de soutenir la croissance japonaise au détriment de ses partenaires commerciaux», dénonce Matt Blunt, président du conseil de la politique automobile américaine.

Shinzo Abe et son ministre des Finances, Taro Aso, sont plus que jamais déterminés à faire pression sur la BoJ pour qu’elle accepte un objectif d’inflation de 2 % au lieu de 1 %. La banque pourrait ainsi s’engager la semaine prochaine à faire des achats illimités d’actifs. Mais le pari du gouvernement, qui vient de remettre 175 milliards d’euros sur la table, de relancer l’économie du pays par des dépenses massives n’est pas du tout du goût de Berlin.

Le Japon, qui cumule une dette colossale équivalant à 236 % du son PIB (produit intérieur brut), est aujourd’hui la source de «beaucoup de soucis», a affirmé vendredi le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble. Et de déplorer: «Partout dans le monde, il y a des dettes publiques qui sont à des niveaux plus élevés qu’en zone euro.»

 

«Un dollar à 100 yens, un bon niveau»

 

Le ministre japonais de la Revitalisation économique, Akira ­Amari, avait lui-même reconnu au début de la semaine qu’une faiblesse excessive du yen «pourrait avoir un impact négatif sur le pouvoir d’achat des Japonais en renchérissant le coût des importations», avant de se raviser pour dire que la monnaie japonaise était simplement dans une «phase d’ajustement».

Pour la plupart des financiers interrogés dans l’Archipel, il semble que le dollar doive grimper à moyen terme jusqu’à 95 yens, un niveau qui arrangerait toutes les entreprises exportatrices du pays.

Mais pour Koichi Hamada, ancien professeur à l’université de Yale et conseiller du premier ministre pour l’aider à désigner le prochain gouverneur de la Banque du Japon, «un dollar à 100 yens est un bon niveau. 110 yens, c’est trop faible, mais de 95 yens à 100 yens, ce n’est pas un problème. Nous devons ramener la monnaie nipponne à un point qui soit utile à l’économie du pays.»

 

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