Bond de 45% en quatre mois, volume d’échange exceptionnel : la Bourse de Tokyo est revenue vendredi au niveau précédant la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en septembre 2008, grâce à la baisse du yen provoquée par la politique du Premier ministre Shinzo Abe.

 

Tout paraissait sourire au marché tokyoïte vendredi pour sa septième séance positive d’affilée : une météo printanière, une fin inattendue de récession au Japon, un yen affaibli pour le plus grand bonheur des sociétés nippones qui vendent en devises à l’étranger et un bon vent en provenance de Wall Street où les valeurs n’ont jamais été aussi fortes.

Alors qu’il évoluait autour de 8.400 points en novembre dernier, juste avant l’annonce de la dissolution de la Chambre basse du parlement japonais et les élections législatives anticipées un mois plus tard, l’indice Nikkei 225 a fini vendredi à 12.283,62 points, après un gain de 2,64% sur la journée et de 5,83% sur la semaine.

Il n’avait pas évolué à un tel cours en clôture depuis le 10 septembre 2008, juste avant «le choc Lehman», comme disent les Japonais, une déconfiture qui avait suscité une panique phénoménale et une cascade d’annonces de plans de restructuration.

La débâcle internationale s’accentua ensuite. Le yen entama une ascension infernale face au dollar et à l’euro et les investisseurs se débarrassèrent à tour de bras des actions de firmes exportatrices nippones. Bilan, le Nikkei tomba à 7.055 points le 10 mars 2009.

Le séisme, le tsunami et l’accident nucléaire survenus le 11 mars 2011 dans le nord-est du Japon achevèrent de ruiner le moral des actionnaires.

Et la Bourse alla depuis cahin-caha, au gré des soubresauts extérieurs (en Grèce, en Europe de façon générale, aux Etats-Unis) et des fluctuations subséquentes des monnaies, jusqu’à ce que le Parti Libéral-Démocrate (PLD) de Shinzo Abe remporte haut la main le scrutin du 16 décembre dernier. Là, tout changea.

Les fulminations de ce ténor de droite envers la banque centrale du Japon accusée de ne pas assez se démener pour mettre fin à la déflation, ses envolées sur la relance par la dépense, reprises en écho par son ministre des Finances Taro Aso, et son attitude de chef sûr de lui, ont eu l’heur de plaire aux acteurs du marché.

Depuis qu’il est revenu aux commandes, le cours yen/dollar a retrouvé des niveaux inespérés et inédits en trois ans et demi, passant d’un billet vert à 77,40 yens en octobre à 95,40 yens actuellement.

Ce taux, même les quatre interventions directes des gouvernements de centre-gauche précédents sur le marché des changes entre septembre 2010 et octobre 2011 n’avaient pas réussi à l’approcher.

Idem, grosso modo, pour l’euro, qui est remonté à 125 yens vendredi contre à peine 95 yens en août dernier.

L’enthousiasme pour l’«abenomics» paraît si fort (voire irrationnel) que les transactions à la Bourse de Tokyo tournent quotidiennement depuis mi-décembre au-dessus de 3 milliards de titres échangés sur le premier marché, soit au moins 50% de plus que le total généralement constaté auparavant, hormis lors des séances exceptionnelles comme celles qui ont suivi le drame du 11 mars 2011.

Vendredi, pas moins de 4,84 milliards d’actions sont passées d’une main à l’autre, ce qui est rarissime.

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