Le gouvernement nippon a nettement renforcé la pression sur la Banque du Japon (BoJ) en envoyant un de ses poids lourds à une réunion de son comité de politique monétaire, mais l’institution n’a pas pris pour autant les nouvelles mesures d’assouplissement espérées par le pouvoir.

Seiji Maehara est le premier ministre à assister au rendez-vous mensuel de ce cénacle depuis neuf ans. Habituellement les ministres délèguent des hauts fonctionnaires.

De retour depuis lundi au gouvernement après un remaniement décidé par le Premier ministre, Yoshihiko Noda, il est aussi l’un des plus influents dirigeants du Parti Démocrate du Japon (PDJ, centre-gauche), la formation politique au pouvoir.

Il dirige un ministère crucial dit « de supervision », avec des responsabilités de « stratégie nationale » qui couvrent entre autres, outre l’économie et le budget, la politique maritime – en plein conflit insulaire sino-japonais – et la gestion de l’énergie nucléaire – 18 mois après l’accident de Fukushima.

« Je suis inquiet de la vigueur du yen et de l’incapacité du Japon à vaincre la déflation. Je voulais l’exprimer en participant à cette réunion », a expliqué M. Maehara peu après les débats de vendredi, au terme d’une réunion de deux jours du comité de politique monétaire de la BoJ.

 

LE POUVOIR APPELLE LA BOJ À FAIRE PLUS CONTRE LA DÉFLATION

 

Comme tout représentant du gouvernement, M. Maehara n’avait aucun droit de vote au sein de ce comité de neuf membres indépendants.

Il n’a pas dévoilé la teneur des discussions mais a sans aucun doute relayé, qui plus est par sa présence, le message du gouvernement au gouverneur de la Banque Masaaki Shirakawa et aux autres membres du comité.

Depuis des mois, le pouvoir appelle la BoJ à faire davantage contre la déflation et la vigueur du yen, considérés comme deux entraves majeures aux profits des entreprises et donc à la croissance.

Mais la pression semble renforcée depuis la nomination de M. Maehara, un ferme partisan de l’assouplissement monétaire favorable à l’achat par la BoJ d’obligations souveraines étrangères pour faire baisser le yen – ce que la banque centrale se refuse à faire.

A l’issue des débats, M. Maehara a précisé qu’il voulait participer à d’autres réunions mais l’institut n’a pas, dans l’immédiat, cédé aux suppliques gouvernementales et a gardé la même politique.

Il a laissé tel quel son principal taux directeur, dans une fourchette de 0,0% à 0,1%, sans modifier son enveloppe de 80’000 milliards de yens (800 milliards d’euros) consacrée à des achats d’actifs divers et à des injections dans le circuit interbancaire.

Cette décision était attendue par les marchés, car la BoJ avait élevé de 10’000 milliards de yens le montant consacré à ce programme d’assouplissement monétaire lors de sa dernière réunion il y a deux semaines, afin d’assouplir les conditions de circulation de l’argent et in fine doper l’acticité.

 

ÉCONOMIE À L’ARRÊT

 

Lors d’une conférence de presse, le gouverneur Shirakawa a jugé « appropriée » la politique monétaire de la BoJ et « accommodantes » les conditions financières au Japon.

Il a toutefois reconnu que les prix à la consommation (hors produits périssables) stagnaient en ce moment au sein de la troisième puissance économique mondiale, officiellement plongée dans la déflation depuis plus de trois ans.

M. Shirakawa a jugé en outre que l’économie japonaise était à l’arrêt, avec « des exportations et une production industrielle faibles sur fond de ralentissement accéléré des économies étrangères ».

Après avoir bondi de 1,3% entre janvier et mars par rapport au trimestre précédent, le Produit intérieur brut du Japon n’a gagné que 0,2% entre avril et juin. De nombreux économistes estiment qu’il a baissé au troisième trimestre, avant la publication des statistiques officielles en novembre.

M. Shirakawa a toutefois relevé des signes encourageants dans « une demande intérieure solide », soutenue par les travaux de reconstruction dans le nord-est du Japon ravagé par un séisme, un tsunami et un accident nucléaire en mars 2011.

 

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