L’assouplissement de la politique monétaire du Japon, décidé jeudi par la Banque centrale, a fait chuter le yen, relançant les craintes d’une guerre des monnaies que l’archipel se défend de vouloir provoquer.

 

La Banque du Japon (BoJ) a décidé ce jeudi d’accélérer et d’amplifier ses mesures d’assouplissement monétaire pour atteindre, comme elle l’a promis au gouvernement, un objectif d’inflation de 2 % dans deux ans.

Plutôt que de s’attaquer à son taux directeur au jour le jour qui lui laisse peu de marge de manœuvre et qu’elle maintient entre 0 % et 0,1 %, elle va augmenter ses achats exceptionnels d’obligations d’État en en étendant la gamme.

Elle pourrait ainsi acheter chaque mois pour 7000 milliards de yens (58 milliards d’euros) d’obligations du trésor à long terme, estime Yuji Saito, chef des opérations de changes du Crédit Agricole à Tokyo.

Elle va également augmenter ses achats de titres plus risqués comme les fonds cotés en Bourse et les titres de fonds communs immobiliers japonais. Et elle s’engage à poursuivre cet assouplissement «aussi longtemps que nécessaire».

Il s’agit pour la BoJ de créer un cadre qui facilite le plus vite possible les prêts bancaires aux particuliers et aux entrepreneurs pour les inciter à investir massivement et, ainsi, dynamiser l’économie du pays.

Lundi dernier, l’indice Tankan, qui mesure le moral des entreprises, a montré des signes d’amélioration pour la période entre janvier et mars 2013, à -8 contre -12 fin décembre, les premiers depuis trois trimestres, mais ils sont encore insuffisants, jugent les milieux d’affaires.

Contre toute attente, la production industrielle japonaise a encore reculé de 0,1 % en février, alors que les économistes avait anticipé une hausse de 2,6 %. Baisse qui s’explique par une chute de 5 % de la production dans l’électronique. Mais en mars, le ventes de véhicules neufs ont de leur côté baissé de 15,6 %.

 

Avertissement de la Banque centrale européenne

 

Du coup, la Bourse de Tokyo a salué la décision de la BoJ par un bond en avant de 2,2 % ce jeudi à la clôture.

Mais la priorité donnée désormais à l’augmentation de la masse monétaire plutôt qu’aux taux d’intérêt a également fait aussitôt plonger le yen.

Vingt minutes après l’annonce de la banque, le dollar grimpait à 94,15 yens contre 92,90 yens avant et l’euro repassait au-dessus des 120 yens, à 120,85 yens contre 119,75.

Plongeon qui relance la crainte d’une guerre des monnaies, d’autant que le nouveau président de la Banque du Japon, Harihiko Kuroda affirme qu’il n’hésitera pas «en temps voulu, à prendre d’autres mesures qui s’avéreraient nécessaires».

Mis en garde en février par le G20 qui estime que les taux de change ne doivent pas servir à doper la compétitivité des États, le Japon s’est fermement défendu de manipuler sa monnaie.

«La politique monétaire de chaque pays est au service de l’économie intérieure. Elle n’a pas pour objectif d’influencer le marché des changes», a rétorqué la Banque Centrale.

Mais aux yeux des Européens, des Américains et même des Sud-Coréens, la baisse du yen n’est rien d’autre qu’une dévaluation compétitive qui avantage de manière déloyale les exportateurs japonais.

Mardi dernier, Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne ne s’y est pas trompé qui, sans nommer le Japon, a lancé un nouvel avertissement contre une guerre des monnaies, estimant que les fluctuations de change déclenchées par des politiques mal avisées peuvent avoir un effet perturbateur.

Et d’ajouter que depuis que les Banques centrales des pays avancés arrivent à leurs limites en matière de politique conventionnelle, il serait inquiétant de voir des pays mener des politiques ouvertes de dévaluation compétitive.

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