La victoire écrasante des conservateurs aux élections législatives de dimanche renforce la pression pesant sur la banque centrale du Japon pour qu’elle donne un coup de pouce supplémentaire à une économie anémiée et ce dès jeudi, à l’issue de sa réunion.

 

Lundi, pour la énième fois mais cette fois avec l’aura du vainqueur et non la seule fougue du candidat, le futur Premier ministre, Shinzo Abe, a exigé du comité de politique monétaire de la Banque du Japon (BoJ) qu’il rallonge encore son train de mesures pour faire circuler plus d’argent.

« Les électeurs nous ont choisi sur nos propositions. Je souhaite que les membres de la banque du Japon comprennent le résultat des élections et prennent des décisions appropriées », a déclaré M. Abe lors d’une conférence de presse.

Concrètement, il veut un accord entre le gouvernement et la BoJ pour qu’elle élève à 2% (contre 1% actuellement) son objectif d’inflation d’un an sur l’autre.

Foin de l’indépendance de la BoJ, pour M. Abe, la situation économique du pays exige que l’institut agisse en conformité avec ses desiderata afin de lutter contre la déflation et la cherté handicapante de la monnaie japonaise.

M. Abe veut que le gouvernement et la Banque du Japon accordent rapidement leurs violons sur ce point.

 

Las, l’actuel gouverneur, Masaaki Shirakawa, est plutôt réticent à fixer un objectif d’inflation de 2%, pointant du doigt le danger d’une augmentation des prix sans regain d’activité.

Peu importe, le calendrier joue en faveur du prochain chef de gouvernement. Le mandat de M. Shirakawa s’achève en effet au printemps prochain et M. Abe a prévenu qu’il souhaitait un remplaçant plus en phase avec ses idées.

« Je veux quelqu’un qui soutienne l’objectif du Parti Libéral-Démocrate », a-t-il redit lundi, même si la nomination des membres de la BoJ requiert aussi l’aval des deux chambres du Parlement.

De son côté, M. Shirakawa insiste depuis longtemps sur le fait que la banque du Japon ne peut pas à elle seule venir à bout de la mauvaise passe actuelle, caractérisée par un écart entre l’offre et la demande qui se matérialise par un déclin des prix décourageant l’investissement, la progression des salaires et la consommation.

Le gouvernement doit faire davantage sur le plan financier et réglementaire pour dynamiser l’activité des entreprises et les dépenses des particuliers, explique M. Shirakawa qui avait été nommé au moment de la crise financière internationale de 2008.

De fait, M. Abe reconnaît la nécessité d’un coup de pouce étatique et a indiqué lundi qu’il serait donné.

« Pour lutter contre la déflation, il faut un budget ».

 

Le futur Premier ministre, qui devrait être investi le 26 décembre et former son gouvernement dans les heures suivantes, n’a ni donné d’ordre de grandeur, ni précisé le mode de financement envisagé.

A cause des élections et du changement de gouvernement, la définition du plan de finances pour l’année débutant en avril 2013 arrivera tardivement, mais M. Abe prévoit entre-temps « un programme de grande ampleur ».

Il a en outre indiqué qu’une fois en poste il rétablirait une réunion dite « d’examen de la situation économique », un rendez-vous régulier du gouvernement « auquel doit absolument assister le gouverneur de la banque centrale », et une occasion de plus de le pousser à agir.

Le Parti Démocrate du Japon, formation de centre-gauche arrivée au pouvoir en 2009, avait supprimé cette réunion d’analyse conjoncturelle, jugeant qu’elle ne servait à rien.

« Nous allons corriger les erreurs de nos prédécesseurs », a promis M. Abe.

Le PLD a remporté dimanche près de 300 sièges de députés à lui seul sur les 480 que compte la chambre basse du parlement, et même les deux tiers avec un parti centriste allié, un triomphe qui met fin à trois ans et trois mois de gouvernement de centre-gauche.

Les investisseurs à la Bourse de Tokyo et les analystes spéculent depuis plusieurs semaines sur un élargissement du dispositif d’assouplissement monétaire lors de la réunion de la BoJ mercredi et jeudi.

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