Les Tokyoïtes veulent-ils vraiment les JO ? Après avoir été boudée par ses habitants, la candidature de Tokyo aux JO 2020 commence à recevoir un plus large appui. Paru le 12 septembre dans le quotidien Yomiuri, un sondage du Comité International Olympique (CIO) montre que 66% des Tokyoïtes soutiennent la candidature de leur ville.
Une nette augmentation si l’on compare avec mai 2012, où ils étaient seulement 47%. Istanbul et Madrid, les deux autres villes candidates, bénéficiaient alors d’un véritable plébiscite avec respectivement 73% et 78% de soutien. L’écart se resserre donc avant que le CIO ne donne son verdict le 7 septembre 2013 à Buenos Aires (Argentine).

En effet, selon les règles du CIO, le soutien populaire est un critère essentiel dans l’attribution des JO. Et l’équipe de communication de Tokyo le sait bien. Son jeune et dynamique directeur, Masa Takaya, affirme que la période de « septembre à décembre sera cruciale afin de convaincre l’audience nationale ». Sans toutefois dévoiler les projets à venir. Déjà, au moment des JO de Londres l’été dernier, les trains de la Yamanote (ligne circulaire très fréquentée à Tokyo) avaient été couverts de publicité du sol au plafond en soutien à la candidature nippone.

Pour nombre d’analystes, Tokyo, qui peut compter sur son expérience olympique en 1964, est la grande favorite de ces jeux. Même si Istanbul semble cette fois un concurrent redoutable. Malgré ses quatre échecs consécutifs, la métropole turque rêve de se voir en 2020 au centre du monde olympique.

 

Les Jeux dans la mer

 

La décision du CIO se basera néanmoins sur le projet. Et Tokyo sort l’artillerie lourde pour convaincre les membres du Comité olympique, en faisant preuve d’innovation.
Tout d’abord, les sites de compétition se répartissent sur deux zones: une partie sur terre et l’autre sur mer. C’est le pari du Comité d’organisation japonais qui entend installer la majeure partie des épreuves sur des polders (étendue artificielle de terre), situés dans la baie de Tokyo. Ainsi, la chaleur et de l’humidité de l’été ne seraient plus un problème puisque l’air océanique soufflera sur les athlètes.

Autre moyen de faire baisser la température, Tokyo se mettra au vert avec de nombreuses compétitions situées dans un milieu urbain végétalisé. Tel le projet un peu fou de l’île verte qui vise à construire un parc de 88 hectares sur un polder servant pour l’heure de décharge municipale. Ce site a pour vocation de devenir un lieu permanent de divertissement et de détente pour les habitants.
L’île verte sera rattachée à d’autres espaces boisés ancrés dans la baie que l’on surnommera « la Forêt de la mer ». Les sites installés dans la baie accueilleront notamment les épreuves d’aviron, mais aussi de tir à l’arc, de golf ou encore de VTT.

Enfin, la construction du Stade National de Kasumigaoka, sur l’ancien site du Stade olympique de 1964, devrait apporter un nouveau souffle au projet. Doté d’une pelouse naturelle, il sera aussi équipé du « tout premier toit rétractable à l’occasion des Jeux Olympiques », nous rappelle Masa Takaya. Que les amateurs de sports se rassurent, ce projet verra le jour même si Tokyo échoue, puisque le stade doit servir en 2019 à l’occasion du Mondial de rugby.
Avec ces grands projets, Tokyo entend démontrer son excellence dans l’art de la construction et de l’innovation tout en respectant les règles d’éco-construction. Des arguments qui pourraient convaincre les membres du CIO.

 

Des JO post-Fukushima

 

Malgré tout, la candidature de Tokyo aux JO 2020 intervient dans un contexte fragile. Le Japon post-Fukushima est à la recherche de nouvelles valeurs afin de construire un autre type de société. Dès ses premières pages, la brochure de la candidature nippone donne le ton : « Accueillir les jeux (…) renforcera notre unité durant la période de rétablissement ». La métropole espère ainsi utiliser le sport comme outil de relèvement moral et économique du pays.
Après les événements du 11 mars 2011 et dans les mois qui ont suivi, Tokyo n’a pas voulu céder à la panique. Plutôt que d’enterrer le dossier olympique, il a paru préférable aux yeux du Comité de poursuivre les efforts entrepris depuis des années afin de redonner espoir à la population nippone et particulièrement à celle du Tôhoku.

Face à une administration déterminée, certains Tokyoïtes restent toutefois frileux à l’idée d’organiser les Jeux chez eux. Et leurs arguments sont légion. L’organisation des JO nécessite de nouveaux travaux et un certain nombre d’aménagements. Pour les opposants au projet, cela signifie : augmentation des dépenses, impôts locaux supplémentaires pour assurer le financement ou bien encore un trafic accru durant la période des Jeux. Or, un certain nombre de Japonais pourraient penser que les dépenses doivent aller en premier lieu au rétablissement général du Japon.

Certains considèrent également les JO comme un instrument destiné aux pays cherchant à s’affirmer sur la scène internationale, telle la Chine en 2008. Or, d’aucuns estiment que le Japon n’a pas le besoin de s’imposer au niveau international. La priorité serait plutôt de trouver des solutions face aux problèmes nationaux que connaît le Japon, nombreux au demeurant.

 

« La stabilité financière est notre force »

 

Outre la transition énergétique, les questions économiques à l’instar du déficit budgétaire font parties des débats qui agitent la société japonaise.
Embourbé dans une crise économique depuis 20 ans, le Japon peut-il se permettre d’organiser les JO ? Certes, la dette publique dépasse les 210% du PIB. Mais la croissance prévue pour 2012 est fixée à +2,2%, ce qui laisse entrevoir un certain optimisme pour l’économie japonaise ainsi que le projet d’organiser les JO 2020.

Au 44e étage d’une des deux tours de la Mairie de Tokyo, Masa Takaya déclare très confiant : « La stabilité financière est notre force. La capitale, qui bénéficie du soutien du gouvernement, a déjà déposé un fond de réserve de 4,5 milliards de dollars » alors que son budget annuel est évalué à 130 milliards de dollars.

En période de crise, cette somme n’est pas à la portée de tous. Rome a même annulé sa candidature en raison de la période économique morose que traverse l’Italie. Madrid a quant à elle réduit ses dépenses prévues pour les JO 2020. Financièrement, Tokyo passe pour un candidat solide aux yeux du CIO.

Le Comité d’organisation de Tokyo a aussi mis en avant deux arguments de poids : la création de 150 000 emplois et des recettes évaluées à 30 milliards d’euros. Coût de l’événement ? Masa Takaya ne donnera pas de chiffres. Même si c’est bien cette question qui fait grincer des dents. Car les JO peuvent parfois coûter cher, très cher.
Les cas de Sydney (2000) et d’Athènes (2004) sont instructifs : un coût de 2 milliards d’euros sur neuf ans pour le premier et 9 milliards d’euros de perte pour le second. Même s’il est délicat d’anticiper les dépenses à venir, le risque économique pour Tokyo existe bel et bien.

 

Les Jeux de M. Ishihara ?

 

Enfin, le cas Shintarô Ishihara ne peut être éludé. Le gouverneur de Tokyo, ultra-nationaliste et amateur des coups de théâtre peu diplomatiques, sait se faire remarquer en toute circonstance.

Dernier esclandre en date : la proposition de M. Ishihara visant à racheter les îles Senkaku/Diaoyu est aujourd’hui à l’origine de la remontée des tensions entre la Chine et le Japon.
En 2009, peu après les votes qui offrirent les JO 2016 à Rio, M. Ishihara dénonça la « logique invisible » à l’œuvre pour l’attribution des JO. « J’ai entendu dire que le président brésilien était venu faire des promesses osées aux représentants africains », avait-il affirmé. Vexé, Rio avait ensuite porté plainte contre ces propos.

Aujourd’hui, une partie des Tokyoïtes se lasse des frasques de M. Ishihara, véritable électron libre du Parti libéral-démocrate. Certains habitants en viennent même à douter de la sincérité de cette candidature. Organiser les JO à Tokyo relève-t-il d’une volonté commune ou bien serait-ce le désir d’un seul homme à la recherche d’un dernier coup d’éclat politique ? Le gouverneur de la métropole aurait bien intérêt à jouer la carte de l’apaisement s’il veut encore convaincre les âmes réticentes de soutenir le projet olympique. Car, répétons-le, le soutien de la population est essentiel dans le choix de la ville hôte.

 

Source: Aujourd’hui le japon

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