Shinichi Sato est inquiet. A 39 ans, il vient de remonter sa petite usine d’ailerons de requins à Kesennuma, un port de pêche du nord-est du Japon balayé il y a deux ans par le tsunami de mars 2011, mais voilà qu’un accord international sur la protection de certains squales menace son activité.

 

Depuis le 19e siècle, Kesennuma est la mecque japonaise des ailerons de requins. Pratiquement 90% de ce mets y est traité pour l’ensemble du pays.

Ce sont essentiellement des requins bleus, chaque bateau qui rentre au port en ramène environ 30 tonnes, s’empresse de préciser Sato, en alignant méthodiquement des ailerons sur des plaques grillagées pour les faire sécher au soleil.

Sato, qui est dans le commerce des ailerons depuis une dizaine d’années, est bien conscient de la mauvaise image que charrie le métier: on ne prend pas que les ailerons pour rejeter le reste à la mer, non. On utilise tout: la peau, l’huile, les cartilages… Et il fait même des saucisses de viande de requin.

Las, tout a été détruit en mars 2011 par le tsunami qui a ravagé la province. Sato affirme qu’aujourd’hui il n’est qu’à 20% de ce qu’il faisait avant.

Ici on ne traite pas les espèces dont on parlait à Bangkok, insiste-t-il encore en faisant référence à la conférence sur les espèces menacées qui s’est terminée jeudi en Thaïlande.

Lundi, alors que le Japon se figeait en souvenir du deuxième anniversaire du grand tsunami, la communauté internationale décidait de réguler le commerce de plusieurs espèces de requins menacées car très prisées pour leurs ailerons, en dépit de l’opposition de pays inquiets pour l’industrie de la pêche.

Les 178 pays membres de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (Cites), réunis depuis plus d’une semaine à Bangkok, ont accordé leur protection au requin océanique à pointe blanche (ou requin longimane) et à trois espèces de requins-marteaux (halicorne, grand et lisse).

Les votes, accueillis par des applaudissements nourris des délégués, avaient été immédiatement salués par les défenseurs de l’environnement qui plaidaient en vain depuis des années pour une meilleure protection de ces prédateurs des océans.

Plusieurs pays d’Asie, Japon en tête, se sont en revanche une nouvelle fois opposés à l’élargissement de la protection des requins. Tokyo estime par principe que les espèces marines commerciales ne devraient pas être gérées par la Cites, mais par les organisations de pêche.

Même si les espèces dont il vit ne sont apparemment pas concernées par l’accord conclu à Bangkok, Sato reste préoccupé car ce débat à la Cites pourrait bien provoquer un effondrement du prix des ailerons.

 

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