La parution, dans l’hebdomadaire satirique, de deux dessins de Cabu et Mougey sur la tenue des JO à Tokyo après l’accident nucléaire de Fukushima a provoqué une réaction outrée du gouvernement japonais.

 

Les Japonais manquent-ils d’humour? Mercredi, le gouvernement nippon s’est dit offensé par la publication dans Le Canard enchaîné de deux dessins humoristiques illustrant l’obtention le 7 septembre par le Japon des Jeux olympiques de 2020, malgré l’accident nucléaire de Fukushima.

«Ce genre de caricatures blesse les sinistrés de la catastrophe du 11 mars 2011 et véhicule des informations fausses sur le problème de l’eau radioactive à la centrale Fukushima Daiichi.

C’est extrêmement regrettable», a déclaré le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga. Qui prévient: «Nous avons l’intention d’adresser un message de protestation au Canard enchaîné via l’ambassade du Japon à Paris».

Et ces dessins? Sur l’un, signé Cabu, on voit au premier plan deux sumos squelettiques qui ont la particularité d’avoir, l’un, trois bras, l’autre, trois pieds.

Le match est commenté par un sosie de Nelson Monfort disant: « Marvellous, grâce à Fukushima, le combat de sumos est devenu discipline olympique…» En arrière-plan, une usine qui semble être celle de Fukushima, ou plutôt ce qu’il en reste.

Le titre de la deuxième image donne le ton: «JO de 2020 au Japon: la piscine olympique est déjà construite à Fukushima». Le dessin de Mougey montre deux personnes vêtues d’une combinaison de protection.

Quand l’une d’elles approche un compteur Geiger à proximité d’une piscine, l’appareil grésille et l’un des protagonistes indique: «On va peut-être réautoriser la combinaison pour les nageurs!»

 

Le dessin de Mougey paru dans <i>Le Canard enchaîné</i>
 

 

«Encore les médias français»

 

Ces deux dessins n’étaient pas du tout du goût des journaux nippons. Le quotidien de centre gauche Mainichi Shimbun a titré «Encore les médias français!», au-dessus des deux caricatures incriminées.

Dans ce journal, un article de l’agence Kyodo détaille le contenu de l’article du Canard enchaîné analysant les effets des fuites d’eau radioactive de la centrale de Fukushima et qui a été illustré par le dessin de Cabu.

« Il y a des gens qui ont réellement subi l’impact des radiations et ce genre de dessin les blesse», explique une journaliste japonaise. Elle précise: «Cela provoquerait un énorme scandale s’ils étaient publiés dans la presse nippone.»

Le tsunami du 11 mars 2011 qui a endommagé la centrale nucléaire de Fukushima, faisant 18.537 morts, est un sujet sensible au Japon. La preuve: il y a moins d’un an, un photomontage diffusé lors de l’émission de France 2On n’est pas couché présentée par Laurent Ruquier avait choqué les Japonais.

On y voyait le gardien de but de l’équipe japonaise de football, Eiji Kawashima, avec quatre bras. L’image faisait allusion à la défaite de l’équipe de France contre le Japon.

Laurent Ruquier n’avait pas hésité à commenter l’image en expliquant que c’était l’«effet Fukushima». Le directeur de France 2 avait dû présenter ses «regrets» au Japon.

Louis-Marie Horeau, rédacteur en chef du Canard enchaîné, lui, ne compte pas du tout demander pardon: «S’excuser de quoi? Je ne vois pas.»

«Je suis très surpris par l’émoi qu’ont provoqué ces dessins. Je pense que nous n’avons porté atteinte à personne en les publiant», explique-t-il au Figaro.

Il poursuit: «Je suis très étonné que le gouvernement nippon critique les dessins et ne dise pas un mot de l’article où il est mentionné que “Tepco, l’exploitant japonais, déverse donc sans désemparer 350 tonnes de flotte par jour”.

Aucun commentaire n’a été fait sur ce chiffre.»

 

 

Nipponconnection.fr –  Toute l’actualité quotidienne japonaise

Source : Le figaro

Discussions

2 Réponses

  1. Lucie

    Je ne trouve pas ces illustrations  » top » car j’ai beaucoup de peine pour le Japon. C’est de l’entreprise Tepco qu’il faut se moquer. C’est comme si on riait des irradiés de Tchernobil qui subissent des maladies encore aujourd’hui.

    • Caligula

      Le problème de Fukushima, c’est que l’accident est indissociable du pays, maintenant. Lorsque l’on parle du Japon, on pense à la centrale accidentée, et au laxisme dont ont fait preuve TEPCO, et le gouvernement dans les semaines qui ont suivies la catastrophe.
      De plus, le fait que le CIO décide d’organiser les JO de 2020 au Japon, peut paraître aussi aberrant pour certains que si les JO de 1996 avaient été organisés à Kiev.
      Il faut bien vous mettre en tête, que pour une (grande) partie du monde, les japonais passent pour des exentriques soumis. Je sais, ce n’est pas vrai, dans l’ensemble, mais on y peut pas grand-chose.
      Quand aux dessins, ce n’est que de l’humour. Et même si j’adorre le Japon, j’ai mis celui présentant la mascotte en fond d’écran.
      Il faut, et cela peut être dur, savoir rire de ses malheurs, c’est une sorte de thérapie…la preuve, en France, pour conjurer la crise et son cortège de mauvaises nouvelles, un clown a été élu à la tête de l’étât.
      Thérapie de choc, s’il en est…

Laisser un commentaire