Les travaux de chercheurs japonais ont permis de faire naître des souriceaux à partir de cellules normales. Des travaux préliminaires qui apportent de l’espoir pour les femmes infertiles.

 

Les travaux de l’équipe de Michinori Saito de l’université de Kyoto sont une grande avancée dans le domaine de l’infertilité, même si l’on est encore loin d’une application à l’homme. Les chercheurs japonais sont parvenus à produire des ovocytes de souris viables et fécondables à partir de cellules souches. Des souriceaux en bonne santé en sont nés, qui ont eux-mêmes donné naissance à des petits sains, selon l’étude publiée dans la revue américaine Science.

Les chercheurs ont d’abord fait subir à des cellules souches de souris une manipulation génétique pour les transformer en cellules germinales, qui sont à la base des cellules reproductives mâles et femelles. Ces cellules ont ensuite été mises au contact de cellules des ovaires pour «mûrir» dans un environnement naturel. Un mois plus tard, les cellules germinales étaient devenues des ovocytes, qui ont été fécondés in vitro puis réimplantés dans des utérus de souris.

Des souriceaux sont nés 3 semaines plus tard, une première. Devenus adultes, ces rongeurs ont à leur tour pu donner naissance de façon «classique» à une portée, prouvant que la fonction reproductrice avait été conservée malgré le mode de conception particulier de leurs parents.

 

Un enjeu de taille

«Le résultat de nos expériences va nous aider à comprendre le mécanisme de production d’ovocytes et donc contribuer à élucider et clarifier les causes de l’infertilité», a déclaré Michinori Saito, tout en précisant que l’on était loin du remède miracle pour remédier à l’infertilité humaine. «Les recherches vont se poursuivre, d’abord avec des singes, puis sur l’homme», a-t-il ajouté. La même équipe de scientifiques étaient parvenus l’an dernier à créer du sperme à partir de cellules souches.

Pour le Pr Samir Hamamah, chef du service de biologie de la reproduction au CHU de Montpellier, ces résultats sont très intéressants car ils marquent un progrès vers la création – probablement pas avant 15 ou 20 ans – de gamètes artificiels humains. «Compte tenu de la rareté des dons d’ovocytes, c’est un enjeu de taille pour les couples infertiles», souligne-t-il.

 

«Encore beaucoup de zones d’ombres»

En outre, l’expérience a montré que l’on obtenait les mêmes bons résultats avec des cellules souches issues d’embryons de souris, mais aussi d’autres, appelées cellules souches pluripotentes induites (IPS), obtenues en reprogrammant des cellules de peau (un savoir-faire mis au point dans cette même université de Kyoto en 2006). Or l’utilisation de cellules souches pluripotentes induites permet de contourner le débat éthique autour de l’utilisation de cellules souches embryonnaires.

Toutefois, «de grandes zones d’ombres» subsistent encore sur les obstacles qui attendent la recherche, estime le Pr Hamamah: peut-on garantir que les petits nés de ces gamètes artificiels seront en bonne santé? Ethiquement, quel statut accordera-t-on à ces cellules reproductrices reconstituées? «Il ne faut pas croire que l’on maîtrise tout, on en est encore au stade du bricolage, en quelque sorte», résume le spécialiste.

 

 

Source: Le Figaro

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