En 1937, les autorités japonaises avaient mis en place un système d’esclavage sexuel de masse au bénéfice de ses militaires.

 

Soixante-dix ans après, le sort des 200.000 «femmes de réconfort» (ianfu en japonais), enrôlées de force dans les bordels militaires nippons pendant la Seconde guerre mondiale, continue à envenimer les relations entre Séoul et Tokyo.

Le 13 mai 2013, le maire nationaliste d’Osaka, Toru Hashimoto, qui répand notamment ses opinions sur Twitter où il est suivi par un million de personnes, expliquait que les «femmes de réconfort» (ianfu en japonais), euphémisme pour parler des esclaves sexuelles avaient été une «nécessité».

«Quand les soldats risquent leur vie sous la mitraille et que vous voulez leur procurer du repos quelque part, c’est clair que vous avez besoin d’un système de femmes de  réconfort», déclarait crûment le trublion de la politique nippone.

Par la suite, devant le tollé international soulevé par ses propos, il s’était excusé. Tout en exonérant les autorités nippones de toute responsabilité, opinions largement répandue dans les milieux nationalistes au Japon.

Ces déclarations ont mis Tokyo dans l’embarras. «Le gouvernement de Shinzo Abe ne fait pas sien ces propos ni cette interprétation de l’histoire», a réagi le ministre japonais de la Défense, Itsunori Onodera, en déplacement à Singapour le 1er juin.

Cela n’a pas suffi à calmer la colère de Séoul. Le 5 novembre, la présidente Park Geun-Hye a refusé l’organisation d’un sommet avec le premier ministre nippon, Shinzo Abe.

«S’ils continuent de dire qu’il n’y a pas besoin de s’excuser, et pas besoin de reconnaître leurs crimes passés, à quoi cela servirait-il?», avait-il demandé.

 

Position juridique…

 

Il faut dire que pour le Japon, l’affaire des «femmes de réconfort» est classée.

Dans une déclaration officielle remontant à août 1993, Tokyo avait ainsi reconnu que «l’armée japonaise de l’époque était, directement ou indirectement, impliquée dans la mise en place et la gestion» des maisons closes, et le transfert des «femmes de réconfort» vers ces lieux.

«Le recrutement» de ces dernières «était principalement assuré par des personnes privées qui agissaient à la demande des militaires», poursuit la déclaration.

Pour autant, les autorités nippones n’en estiment pas moins que la question des dédommagements a été réglée «de manière définitive par la conclusion de l’Accord sur les biens, les réclamations et la coopération économique entre le Japon et la Corée du Sud signé en 1965».

Désormais, ce serait donc maintenant à la partie sud-coréenne de dédommager les «femmes de réconfort», comme l’indique un commentaire à un article du Figaro sur la question.

Quoiqu’il en soit, la soixantaine de «ianfus» survivantes assurent qu’elles n’ont jamais reçu aucune compensation.

 

… et réalité historique

 

Au-delà de l’aspect juridique, il est bien établi qu’un système d’esclavage sexuel de masse a été mis en place par l’armée impériale dans les pays conquis, après le massacre de Nankin en 1937.

But : redonner un peu de respectabilité à l’institution militaire, «dont les viols avaient été dénoncés par les puissances occidentales».

Dans ce cadre, quelque 200.000 jeunes filles, coréennes pour la plupart, mais aussi chinoises, malaisiennes et philippines, très souvent adolescentes, ont été enrôlées de force pour satisfaire les besoins sexuels des soldats de l’empereur Hiro Hito.

Les malheureuses suivaient les mouvements des troupes nippones. «La première fois, je suis arrivée çà Taïwan, mais après je suis passée à Hong Kong, en Malaisie, à Sumatra, Java en Indonésie, à Bangkok, j’ai fait le tour de tous ces pays», a raconté sur le site de RFI la Coréenne Kim Bok-dong, 87 ans, restée huit ans dans cet enfer.

«Ce n’était pas une place pour des être humains. C’était un abattoir», a expliqué sur le site de la Deutsche Welle, une autre de ces «ianfus», Lee Ok-seon, 86 ans, qui y a séjourné trois ans après avoir été enlevée dans la rue à Busan (sud de la Corée) par un groupe d’hommes.

«Nous étions souvent battues, menacées et attaquées avec des couteaux», poursuit-elle.

Et de préciser : «Nous avions 11, 12, 13 ou 14 ans et nous pensions que personne ne pourrait nous sortir de cet enfer».

Selon les historiens, seules un tiers des «femmes de confort» auraient survécu à la guerre.

 

 

Source: Francetvinfo.fr

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