C’est comme si la moitié de moi s’était écroulée. A l’occasion d’un test sanguin familial, Hideaki Kato a découvert par hasard il y a dix ans, que son véritable père n’était pas celui qui l’a élevé, mais un donneur de sperme anonyme.

 

Soupçonnant au départ une infidélité, Hideaki, aujourd’hui âgé de 39 ans et médecin dans la région de Tokyo, a commencé à interroger sa mère, profitant d’une absence pour voyage d’affaires de celui qu’il avait toujours considéré comme son père.

Hideaki a appris alors que son père biologique était un donneur de sperme, dont l’identité n’avait pas été révélée.

L’incapacité de ses parents d’avoir un enfant lui avait toujours été cachée.

Et je me suis dit: alors tous ces visages souriants de ma famille à la plage quand j’étais gosse, c’était du cinéma?

Passé le choc, Hideaki a voulu en savoir plus, mais il s’est heurté à un double mur: les réticences de ses parents, et une absence totale de lois au Japon permettant d’avoir accès aux dossiers de filiation biologique.

Pour des milliers de personnes dans ce pays, comme ailleurs dans le monde, issues d’un don anonyme de sperme ou d’ovocytes, c’est une souffrance et un défi.

Beaucoup souffrent de crise d’identité en apprenant les circonstances de leur conception, cherchent parfois à connaître d’éventuels frères et soeurs, ou craignent de tomber amoureux sans le savoir d’un demi-frère ou d’une demi-soeur.

La question de l’accès des couples de lesbiennes à la Procréation médicalement assistée est débattue en ce moment en France en marge d’un projet de loi visant à permettre aux homosexuels de se marier.

De nombreux fils et filles de personne cherchent désormais au Japon à changer cette loi qui les empêche d’en savoir plus et d’avancer. Comme cette jeune femme de 33 ans, employée d’une maison d’édition de la capitale, qui préfère garder l’anonymat.

Il y a dix ans, elle tombe de très haut en apprenant que son père chéri n’est pas son créateur. Effondrée, elle quitte l’université.

 

Les droits des enfants doivent primer

 

Je veux qu’on interdise ça ! dit-elle encore aujourd’hui en parlant des donneurs anonymes. L’adoption devrait suffire. Pour moi cette technologie n’est qu’un moyen de prétendre que vous êtes une famille normale, un moyen de cacher une infertilité dans une société où la pression est encore très forte pour se marier et avoir des enfants, dit-elle.

Moi, même si j’en avais besoin, je ne voudrais pas d’enfants conçus à partir du sperme ou de l’ovocyte issus d’un don, je ne voudrais pas qu’ils vivent ce que j’ai vécu, dit-elle avec une émotion à peine contenue.

Au Canada, la Cour suprême de Colombie Britannique a reconnu en 2011 le droit des enfants issus de don d’avoir accès à l’identité de leur parent biologique, mais cette décision a été rejetée en appel en novembre dernier.

Les droits et besoins des enfants doivent primer. J’ai de la compassion pour ceux qui souffrent d’infertilité, mais le désir de connaître ses origines génétiques doit être respectés, a expliqué à l’AFP Olivia Pratten, à l’origine de la procédure canadienne.

Obstiné, Hideaki tente encore de son côté de retrouver la trace de son père biologique, à partir notamment d’une liste d’anciens étudiants, donneurs de sperme potentiels, d’une université de médecine japonaise, que ses parents avaient consultée pour leur problème d’infertilité. Quand il a tenté de rendre visite à certains de la liste, il a été accueilli avec perplexité, voire méfiance.

Yahiro Netsu, qui dirige une maternité pionnière dans les traitements contre l’infertilité, est favorable à ce que les enfants aient le droit, un jour, de connaître leur véritable histoire génétique.

Si un enfant né d’un don est confronté à une crise d’identité, cela pourrait faciliter les choses s’il existe une vraie confiance entre lui et ses parents, juge-t-il.

Mari Saimura, professeur à l’université Tezukayama, est d’accord avec lui et estime qu’il faut absolument une loi.

Le Japon devrait arrêter cette technologie tant qu’il ne se dote pas de règles pour garantir aux gens le droit de connaître leur identité, estime-t-elle.

Mais, poursuit-elle, peu de progrès ont été faits en ce sens au Japon depuis dix ans, lorsqu’un rapport avait recommandé que les enfants soient informés tôt de leur véritable parenté biologique.

Hideaki ne désespère pas pour autant dans sa quête de racines. Je n’ai jamais oublié mon père biologique. J’ai toujours sur moi une liste de donneurs potentiels. C’est comme un talisman.

Pour autant il ne renie pas le papa voyageur qui l’a élevé. Je ne veux pas que mon père biologique devienne mon père tout court. Je veux juste savoir.

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