Le Japon a subi en janvier le pire déficit commercial de ses annales, près de deux ans après l’accident nucléaire de Fukushima qui continue de gonfler sa facture énergétique.

 

Le déséquilibre de la balance commerciale de la troisième puissance économique mondiale a atteint 1.629,4 milliards de yens, soit 13 milliards d’euros, a annoncé mercredi le ministère des Finances, du jamais vu depuis la publication de cette statistique en 1979.

Le mois de janvier est traditionnellement mauvais pour le commerce extérieur nippon car les Japonais chôment une semaine pour célébrer la nouvelle année. Mais le millésime 2013 a été particulièrement difficile avec un parc nucléaire quasi arrêté, une conjoncture internationale encore difficile et un secteur électronique en petite forme.

« Avec ce déséquilibre énorme, le Japon semble parti pour subir une troisième année consécutive de déficit commercial en 2013, même si le second semestre devrait être moins mauvais grâce à la reprise de la demande mondiale », a jugé Yoshiro Sato, du Crédit Agricole.

Autrefois largement excédentaire grâce au succès des voitures et de l’électronique Made in Japan, la balance commerciale de l’archipel est régulièrement dans le rouge depuis le tsunami et l’accident nucléaire de mars 2011 dans le nord-est du pays.

La valeur des importations nippones a cru de 7,3% en janvier par rapport à celle du même mois de 2012, en partie du fait du coût des combustibles.

Seuls 2 réacteurs sur les 50 de l’archipel fonctionnaient en janvier, les autres faisant l’objet de contrôles renforcés de la nouvelle autorité de régulation nucléaire, sans perspective de redémarrage rapide.

Privées d’énergie atomique, les compagnies d’électricité sont obligées d’élever leurs importations d’hydrocarbures pour augmenter la production des centrales thermiques. Le Japon a ainsi importé du gaz naturel liquéfié comme jamais en janvier, bien que les professionnels du secteur cherchent à abaisser leurs frais en diversifiant l’approvisionnement, notamment via le gaz de schiste.

Même lorsque les quantités importées ont diminué – ce qui est le cas pour le pétrole -, la facture a gonflé car le yen s’est déprécié face aux devises étrangères depuis novembre (la plupart des contrats sont libellés en dollars).

En janvier, le billet vert valait en moyenne 12,4% plus cher vis-à-vis du yen qu’un an plus tôt, effet collatéral du retour au pouvoir de la droite japonaise qui a promis une politique monétaire ultra-accommodante afin de mettre un terme à la déflation qui plombe l’économie.

 

Cette posture a parfois été critiquée à l’étranger, notamment en Europe où les industriels craignent d’être confrontés à des produits nippons plus compétitifs grâce au yen moins cher.

Les effets de cette dévaluation de fait de la devise nippone sont toutefois difficiles à évaluer dans l’immédiat, bien que la plupart des économistes prévoient que les exportations nippones en profiteront tôt ou tard.

En janvier, elles ont grimpé de 6,4%, dopées par le léger mieux de la conjoncture sur plusieurs marchés stratégiques.

Les livraisons nippones de produits chimiques, sidérurgiques et métalliques ont augmenté vers l’Asie, que ce soit en direction des « quatre dragons » ou des pays d’Asie du sud-est.

Aux Etats-Unis, premier client du Japon, les voitures fabriquées dans l’archipel se sont mieux vendues, tout comme les pièces détachées pour l’automobile.

Le rebond est en revanche resté modeste en Chine, où les produits japonais sont encore parfois boudés à cause d’un différend territorial sino-nippon, tandis qu’en Europe en pleine cure d’austérité les exportations du Japon ont de nouveau diminué.

 

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