Des archéologues britanniques et japonais ont découvert les traces de plats cuisinés à base de poisson dans des poteries vieilles de 12.000 à 15.000 ans, fabriquées par des chasseurs-cueilleurs préhistoriques qui vivaient sur l’archipel nippon.

 

Poterie de Kubodera-minami remontant à 15 000 ans

Cette découverte est exposée dans une étude publiée dans la revue Nature, dont le premier signataire est Oliver Craig, de l’université d’York.

L’étude repose sur l’analyse de restes carbonisés recueillis sur des tessons de poteries en céramique appartenant au tout début de la période Jomon, soit à la fin du dernier âge glaciaire. A cette époque, le Japon était habité par des chasseurs-cueilleurs qui pratiquaient la pêche en eau douce ou dans la mer.

Craig et ses collègues ont examiné des échantillons de 101 poteries provenant de 13 sites dispersés sur toute la longueur de l’archipel, notamment Taisho 3, sur l’île d’Hokkaido, tout au nord du Japon, Torihama, à une soixantaine de kilomètres de Kyoto, et Sankakuyama, sur l’île de Kyushu, au sud.

Les poteries étudiées, d’après leur forme, devaient être au départ des récipients d’une contenance de 1 à 4 litres. Sur la face interne de certains tessons provenant de ces poteries, les scientifiques ont constaté la présence d’une couche noire, indice que les récipients avaient pu être utilisés pour faire de la cuisine. Restait à le vérifier.

Dans un premier temps, les scientifiques ont étudié la répartition des isotopes de carbone et d’azote dans des échantillons obtenus en grattant les tessons de poterie.

La proportion d’isotopes d’azote, pour les trois quarts des échantillons, indiquait que les restes carbonisés provenaient de poissons ou d’organismes aquatiques, d’origine marine ou d’eau douce.

Une deuxième analyse sur 57 échantillons venant de Torihama et de Taisho 3 a montré, dans un tiers des échantillons, la présence d’acides gras, dont les caractéristiques suggèrent qu’elle dérivent de graisses naturelles de poisson ou d’animaux marins. Les profils lipidiques indiquent qu’il s’agit de restes de cuisson.

Selon Craig et ses collègues, il est probable que sur les deux sites, les poteries en céramique étaient utilisées pour cuisiner des produits provenant d’organismes aquatiques. A Torihama, les hommes préhistoriques pouvaient pêcher des poissons de mer sur la côte voisine, et ils pouvaient aussi chasser des mammifères marins (phoques, morses…).

Une autre possibilité est que ces pêcheurs du pléistocène aient attrapé des poissons migrateurs tels que des saumons, pendant qu’ils remontaient les rivières pour atteindre leurs zones de frai.

En considérant l’ensemble des 13 sites, Craig et ses collègues estiment que le poisson et les autres produits aquatiques étaient les mets les plus souvents cuisinés dans les poteries de la période Jomon naissante, et cela du nord au sud du Japon.

La rareté des poteries suggère cependant qu’elles n’étaient pas utilisées systématiquement, mais seulement à certaines occasions telles que des fêtes ou des cérémonies. Au quotidien, les Japonais préhistoriques mangeaient-ils du poisson cru, l’ancêtre des sushis et sahimis ?

Quoi qu’il en soit, les recherches de Craig et ses collègues conduisent à réviser la conception généralement admise des chasseurs-cueilleurs, dont le mode de vie nomade était jusqu’ici considéré comme peu adapté au transport de récipients fragiles en céramique.

Pourtant, le fait est que les hommes préhistoriques ont su transformer l’argile en céramique bien avant le développement de l’agriculture au néolithique. Les plus anciens vestiges de céramique, qui ne proviennent pas de récipients mais de figurines, remontent à près de 30.000 ans.

Oliver Craig observe que jusqu’ici, l’on ne savait quasiment rien de l’usage des premiers récipients en céramique. L’invention de la poterie a permis aux chasseurs-cueilleurs de mettre au point de nouvelles méthodes de cuisson et de préparation de la nourriture.

Heureusement, le liquide vaisselle n’a pas été inventé en même temps, ce qui a permis aux scientifiques d’aujourd’hui de retrouver les traces de ces anciennes expériences culinaires.

 

 

 

 

 

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