Le gouvernement japonais réfléchit à instaurer un « jour du kimono » pour donner plus de chances aux japonais de porter la tenue nationale traditionnelle dans leur vie quotidienne

 

L’année prochaine, à l’heure de pointe, préparez-vous à voir des travailleurs revêtus de kimonos colorés sortir du métro à la station Kasumigaseki de Tokyo, empruntée principalement par des employés du gouvernement.

Certains passants se demanderont s’ils se rendent à une cérémonie mais ils se dirigeront en fait vers le Ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie (METI) pour y travailler comme chaque jour de la semaine.

Le gouvernement essaie d’enrayer le déclin de la culture du vêtement traditionnel japonais et pour commencer, le METI envisage d’instaurer un jour durant lequel les employés du ministère seront encouragés à porter des habits traditionnels.

« C’est similaire à ‘Cool Biz’ (mesure gouvernementale adoptée durant l’été 2005 autorisant les employés à ne porter ni veste ni cravate dans l’optique de réduire l’usage de l’air climatisé), les gens ne sont pas obligés de le faire… nous voulons créer une atmosphère propice au port du kimono, » déclare Hirokazu Watanabe, fonctionnaire du METI.

Bien que les kimonos richement brodés semblent souvent être l’apanage des femmes, il ne faut pas oublier qu’il existe également des kimonos pour hommes qui les portaient quotidiennement autrefois. Par l’instauration d’un « jour du kimono » M. Watanabe veut qu’aucune personne dans les couloirs de la bureaucratie étouffante de Tokyo ne se sente mal à l’aise habillé d’un kimono.

Un panel fut réuni par le ministère en janvier dernier pour discuter de la revitalisation de l’industrie du kimono et des industries qui y sont liées. Dans le rapport dont la sortie est prévue pour le mois prochain, l’initiative du METI pour inciter au port des vêtements traditionnels pour un jour ou une période donnée est encouragée.

Une ébauche du rapport avance trois propositions pour instaurer ce jour du kimono : un jour durant l’été, le 15 novembre qui est aussi le jour choisi par l’association nationale du kimono ou le premier jour ouvrable de la nouvelle année.

Il semble aussi que le METI ne soit pas le seul ministère à appuyer ce jour du kimono, une collaboration avec d’autres ministères étant envisageable sur ce projet.

M. Watanabe pense que le METI ne fixera pas de date avant l’année prochaine, au plus tôt.

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Si les japonais portaient quotidiennement le kimono des décennies auparavant, le mode de vie domestique a énormément changé avec l’occidentalisation du Japon ce qui a poussé l’industrie vers un lent déclin.

D’après l’institut de recherche Yano, les dépenses annuelles des japonais en vêtements traditionnels ont atteint un pic de 1,8 trillion (mille milliards) de yen en 1986, pour ensuite tomber à 300 milliards durant les trois dernières décennies.

Mais pour le ministre la demande potentielle existe, en particulier chez les jeunes femmes japonaises attirées par la culture et l’histoire traditionnelles mais qui manquent d’informations et d’opportunités pour porter ces tenues.

« Des jeunes femmes désirent porter des kimono mais certaines ne savent pas comment s’en vêtir et d’autres imaginent qu’ils coûtent trop chers. De plus, les occasions de le porter sont rares, » convint M. Watanabe.

En mars dernier le ministère a demandé à 10 541 femmes et 439 hommes via internet s’ils avaient déjà porté un kimono. Résultats : 81,7% des sondés dans leur vingtaine ont répondu par l’affirmative et 79,9% d’entre eux veulent le porter à nouveau. Ce pourcentage est le plus élevé parmi toutes les classes d’âge.

Le ministère estime également que l’industrie du kimono peut aider à promouvoir le tourisme et inciter les touristes à dépenser leur argent.

D’après un sondage effectué par la ville de Kyoto en 2013 parmi ses touristes étrangers, 25,6% d’entre eux viennent à Kyoto pour s’initier à la culture japonaise traditionnelle.

Parmi eux, la plus grande part (23,2%) voudrait bien revêtir un kimono ou un yukata (kimono d’été en coton).

Les techniques traditionnelles employées pour décorer les kimonos peuvent aussi s’appliquer à d’autres tenues ou accessoires, dès lors la renaissance de la culture du kimono pourrait amener la création de davantage de produits et d’expériences traditionnels qui pousseront certainement les touristes à ouvrir leur porte-monnaie.

 

Source : Japan Times || Images : Chanclos / Shutterstock.com

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