Quand on parle du crime organisé au Japon, on pense inévitablement à la tentaculaire mafia des Yakuzas. Mais, tout en bas de l’échelle, on trouve aussi des petites mains venues de l’étranger, et notamment des Iraniens. Pendant plus d’une vingtaine d’années, ils ont dealé de la drogue de la mafia japonaise.

 

« Les bas salaires et le coût de la vie ont amené des Iraniens à se tourner vers le secteur criminel »
Pejman (pseudonyme) a vécu au Japon du milieu des années 80 à la fin des années 90.

Aujourd’hui, il est en contact direct avec des Iraniens vivant sur place. Tous les détails qu’il donne sur le trafic de drogue au Japon ont été confirmés par un policier et un journaliste japonais, contactés par FRANCE 24, qui ont choisi de garder l’anonymat.

Après la guerre Iran-Irak (1980-1988), une vague de migrants iraniens est arrivée au Japon. À cette époque, il était compliqué de trouver du travail en Iran, tandis que le Japon avait un véritable besoin de travailleurs étrangers.

Cette perspective, bien qu’il s’agisse d’emplois difficiles, a attiré de nombreux Iraniens issus des classes populaires. Une partie d’entre eux avait déjà un casier judiciaire en Iran.

Mais gagner sa vie au Japon s’est avéré très difficile. On a vite compris que personne ne nous embaucherait durant les trois premiers mois, ce qui correspondait à la période de validité de notre visa. Et c’est seulement après cette période que l’on nous proposait des contrats.

Et comme nous étions alors sans-papiers, les patrons nous offraient ¼ du salaire habituel. Ils nous menaçaient évidemment de nous dénoncer à la police si nous protestions.

Non seulement, nous étions mal payés, mais le coût de la vie était très élevé, ce qui a poussé bon nombre d’Iraniens à se tourner vers le secteur criminel.

Certains avaient déjà une petite expérience donc ça les a aidés, mais la plupart étaient à l’origine venus au Japon dans l’espoir d’y gagner honnêtement leur vie.

Au Japon, les Yakuzas sont tout en haut de la pyramide du crime organisé. En dessous, on trouve un groupe qui s’appelle les Yamaguchi-gumi et encore en dessous, il y a les Chinpira, qui sont en fait des dealers de rues.

Ceux-là ont commencé à embaucher des Iraniens pour vendre de la drogue. Mais jamais un Iranien n’a été vraiment membre des Yakuzas. Cette organisation très nationaliste ne ferait jamais officiellement entrer un étranger.

Après plusieurs années, la police s’est mise à embaucher des personnes qui parlent persan pour les aider à mettre la main sur ces criminels iraniens. Puis les trafiquants ont changé de stratégie.

À la fin des années 80, plutôt que de vendre dans la rue, ils ont utilisé les premiers téléphones portables [un produit qui s’est développé plus tôt au Japon que dans le reste du monde].

L’acheteur prenait un numéro pour contacter le dealer. Par un système de transfert d’appel, l’acheteur passait ainsi sa commande chez une personne, qui ensuite envoyait encore une autre équipe lui livrer la drogue.

Cette pancarte qui demande aux habitants d’éviter de se rassembler à cet endroit, a été rédigée en japonais et en persan.

Cette pancarte qui demande aux habitants d’éviter de se rassembler à cet endroit, a été rédigée en japonais et en persan.

 

Certains téléphones de trafiquants atteignaient les 300 000 dollars

Ces téléphones, qui recevaient les appels de clients, avaient une vraie valeur. Les Iraniens se les revendaient entre eux. Un appareil se commercialisait en fonction de la formule suivante : le nombre de clients qui contactaient ce téléphone, multiplié par le nombre d’appels quotidien, multipliés par 9 000 dollars. Certains téléphones valaient ainsi les 300 000 dollars.

Pour trouver des clients, les revendeurs se rendaient dans les parcs. Un jour, la police avait diffusé un rapport décrivant le parc de Harajuku à Tokyo comme le QG des dealers de drogue iraniens.

Ça leur a fait une vraie publicité. Des acheteurs, mais aussi d’autres dealers, ont afflué vers le parc. Une guerre d’influence a alors éclaté entre les Iraniens et des dealers d’autres nationalités. Finalement, le parc a été divisé en plusieurs zones.

Ces dernières années, la présence des Iraniens dans ce secteur est moins importante, notamment parce que la police a arrêté beaucoup d’entre eux. [Selon une source policière contactée par FRANCE 24, il y aurait environ 500 Iraniens liés au trafic de drogue actuellement dans les prisons japonaises.]

C’est aussi beaucoup plus difficile d’entrer au Japon. Parmi ceux qui ont fait fortune avec ces trafics, beaucoup sont rentrés en Iran ou sont partis dans d’autres pays.

 

 

Source: France24

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