Au Japon, la création d’un manga ne se résume pas à savoir dessiner ou écrire un scénario. Derrière chaque grand mangaka se cache un éditeur dont le travail consiste à aider à façonner ces personnages et ces histoires qu’on aime tant.

 

Récemment, Mami, rédactrice pour Tofugu, s’est rendue dans les bureaux de la Shueisha, l’éditeur du Weekly Shonen Jump et d’innombrables mangas à succès.

Elle a profité de cette visite pour interviewer un éditeur (qui a désiré garder son anonymat) et en savoir un plus sur ce métier méconnu.

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En quoi consiste le travail d’un éditeur de mangas ?

Tout d’abord, nous effectuons des rencontres avec des auteurs de mangas. Une fois qu’un script est terminé, nous le présentons ensuite à un dessinateur.

Une fois les dessins du manga terminés, nous imprimons une première version afin d’effectuer une relecture.
Si nous sommes satisfaits du résultat final, nous donnons le feu vert pour lancer l’impression du magazine.

Je suis éditeur pour le magazine Grand Jump, qui est publié toutes les deux semaines. En cas de changement de dernières minutes, il faut être très réactif et les journées peuvent être très mouvementées. Imaginez ce que cela doit être pour les éditeurs travaillant pour des magazines hebdomadaires !

Et, bien sûr, nous assistons également aux réunions d’entreprise.

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Comment devient-on éditeur de mangas ?

Se faire une place dans l’industrie du manga se fait en 3 étapes :

Tout d’abord, vous devrez remplir un formulaire d’inscription que vous enverrez à la Shueisha. Beaucoup de gens souhaitent travailler pour notre société, il s’agit donc de notre première phase de sélection.

Si votre demande est acceptée, vous passerez à l’étape suivante, qui est un examen. L’examen est assez long (environ quatre heures) et aborde des sujets d’actualité, de connaissances générales, la littérature japonaise, l’Anglais, les kanji, ainsi que la rédaction d’un essai.

Après avoir réussi cet examen, vous pourrez enfin passer aux entretiens de recrutement. Seuls quelques privilégiés seront alors invités à se joindre à notre entreprise.

Même si vous y arrivez, la direction décidera dans quel département vous travaillerez. Vous aurez donc besoin d’un peu de chance supplémentaire pour devenir un éditeur de mangas.

Voici donc le processus de recrutement, mais vous ne devriez pas penser à la façon d’entrer dans l’entreprise mais plutôt à ce que vous voudriez faire si vous étiez employé. Cela aidera à vous détendre et à comprendre pourquoi vous voulez vraiment devenir éditeur de mangas.

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Quelle est la partie la plus sympa dans le métier d’éditeur de manga ?

Nous partageons un sentiment d’accomplissement et de joie lorsqu’un manga devient un hit. Cette sensation est encore plus forte lorsqu’on travaille sur un manga qui possède un dessinateur et un scénariste car notre rôle à jouer dans la création de l’histoire est plus important.

On peut prendre l’exemple de l’histoire du manga Bakuman, mais je n’ai pas encore eu la chance de connaitre cela.

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Quelle est la partie la plus difficile dans le métier d’éditeur de mangas ?

Nous devons attendre la réception des scripts et des planches au bureau mais parfois il arrive qu’il y ait du retard. Je dois alors attendre et encore attendre, ce qui peut provoquer un léger sentiment de trahison.

Avec l’expérience, j’ai appris à respecter le processus de création et je comprends désormais que cela fait partie de ce métier, mais cela peut être encore frustrant par moment.

 

Sur quels mangas avez-vous travaillé ?

Je travaillais comme éditeur pour un magazine de mangas pour filles avant d’être au Grand Jump, mais le seul manga célèbre sur lequel j’ai travaillé est Bartender.

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Quel était votre manga préféré ?

Comme vous l’avez probablement deviné, il s’agit de Bartender. Bien qu’il soit devenu un hit, cela n’a pas été un long fleuve tranquille. Nous avons travaillé très dur ensemble, mais cela ne veut pas dire que je n’ai pas travaillé aussi dur sur les autres mangas.

Après Bartender, j’ai travaillé sur le manga « Hotaru – Yuigon Bengoshi Masaki Jimusho » mais il n’a pas connu le même succès et a dû être arrêté rapidement. Je pense qu’il serait devenu beaucoup plus populaire s’il avait duré un peu plus longtemps.

 

En tant qu’éditeur, je suppose que, parfois, vous devez dire à un auteur qu’il est nécessaire d’enlever ou d’ajouter quelque chose. Est-ce difficile à faire ?

Cela dépend de l’auteur, mais la difficulté réside dans le choix des mots et le timing. Lorsque les auteurs n’ont pas confiance en eux, ils nous demandent souvent conseil.

Lorsque je connais un auteur depuis longtemps, notre compréhension mutuelle est beaucoup plus rapide. C’est beaucoup plus simple qu’avec un nouvel auteur.

Comment peut-on se préparer au métier d’éditeur de mangas ?

En lisant beaucoup de mangas. Comme vous pouvez le voir sur les photos ci-dessus, la lecture est une partie essentielle du travail. Vous devrez lire en vous mettant dans la peau du mangaka et réfléchir à la façon dont vous pouvez améliorer l’histoire.

Vous devez également connaitre un grand nombre de scénaristes et d’artistes et vous demandez si l’histoire ne serait pas plus adaptée à l’un d’entre eux.

Nous avons besoin d’autant d’informations que possible sur un manga lorsque nous demandons à des scénaristes et à des dessinateurs d’écrire et de dessiner pour notre magazine.

Il ne suffit pas d’être publié une fois dans un magazine pour devenir célèbre, notre rôle est donc d’obtenir le meilleur d’eux-mêmes. Nous lisons également tous les grands magazines de mangas dès leur sortie.

Vous devriez aussi essayer de réfléchir aux raisons pour lesquelles un manga vous a inspiré ou profondément touché.
Essayez de vous rappeler de ce qui vous touchait lorsque vous étiez enfant. La compétence la plus utile lorsqu’on travaille dans l’industrie du manga est votre sensibilité à reconnaître ces émotions particulières qui naissent lors de la lecture d’un manga.

Par conséquent, ce que vous lisez aujourd’hui deviendra l’encre de demain.

07Source : Tofugu /Kotaku || Images : Tofugu

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