Depuis l’annonce la semaine dernière de la fin du nucléaire d’ici une trentaine d’années, le gouvernement japonais semble s’empêtrer dans son propre projet et la presse fustige cette cacophonie.

Petit retour en arrière: le 14 septembre, le gouvernement annonce l’arrêt progressif et complet de la production nucléaire d’ici à trente ans, et pour cela « va prendre toutes les mesures possibles », affirme-t-il dans un document sur le plan énergétique pour le Japon de l’après-Fukushima.

Ce document, qui ne dit pas comment concrètement compenser l’arrêt du nucléaire, édicte trois principes: arrêter les réacteurs existants au bout de 40 ans, n’accepter le redémarrage des tranches suspendues qu’après des examens de sécurité, et ne plus construire de centrales.

Premier accroc dès le lendemain: le ministre de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie, Yukio Edano, annonce que le gouvernement va tout de même autoriser la poursuite de la construction de deux réacteurs en chantier.

Prudent, il ajoute qu’ils devront pour démarrer obtenir l’approbation de la commission de contrôle qui vient d’être créée par le gouvernement.

Mercredi, nouvelle douche froide: le gouvernement n’adopte pas l’objectif d’arrêter toute production nucléaire d’ici trente ans, qui lui est présenté en Conseil des ministres.

Le soir même, le Premier ministre, Yoshihiko Noda, apparaît pourtant à la télévision pour répéter son message: « l’objectif inébranlable est zéro nucléaire dans les années 2030 ».

Il n’en fallait pas plus à la presse pour relever cette valse-hésitation sur un sujet crucial, d’autant qu’un vaste « plan énergie » promis pour cet été n’a toujours pas été présenté par le gouvernement.

Ce plan doit fixer les contours de la production d’électricité en tirant les enseignements de l’accident de Fukushima de mars 2011: quelle part réserver au pétrole, au gaz, au charbon, à l’hydraulique, aux autres énergies renouvelables… et au nucléaire.

Avant la catastrophe, les autorités prévoyaient d’élever la part du nucléaire dans la production électrique d’un peu moins de 30% à 53% d’ici à 2030. Ce programme est désormais caduc, mais aucun projet n’est venu le remplacer jusqu’à présent.

Inquiétude américaine

La question nucléaire constitue de surcroît un enjeu important des prochaines législatives anticipées, attendues avant la fin 2012, et pour lesquelles le PDJ (Parti Démocratique du Japon, centre-gauche) de l’impopulaire Noda ne semble pas en bonne position.

Pour le Mainichi Shimbun, le gouvernement « a abouti à une position vague en voulant rassurer tout le monde ».

En pleine période électorale, l’équipe au pouvoir doit tenir compte de l’hostilité à l’atome d’une majorité des Japonais.

Il doit aussi composer avec des groupes de pression antagonistes.

Du côté des antinucléaires, le Premier ministre voit défiler des milliers de « Nucléaire non merci » sous ses fenêtres tous les vendredi depuis des mois.

La puissante communauté des affaires affirme à l’inverse qu’un arrêt total du nucléaire entraînerait une catastrophe économique.

Des industriels mettent en avant le coût très élevé (par rapport au nucléaire) des énergies fossiles (pétrole, gaz) qui va encore rogner la compétitivité des entreprises japonaises.

Autre avertissement, et non des moindres: pour Washington l’abandon du nucléaire par le Japon risquerait de faire exploser les prix des hydrocarbures, et laisserait de plus le champ de l’industrie nucléaire libre à des pays nettement moins amicaux envers les Etats-Unis.

Le marché des centrales nucléaires est dominé par des partenariats américano-japonais (Westinghouse et Toshiba, General Electric et Hitachi) ainsi que par les géants français Areva et russe Rosatom.

Si le Japon se retire du secteur, ses spécialistes pourraient bien être récupérés par des firmes chinoises pas forcément aussi enclines à s’aligner sur les idéaux américains de non-prolifération, écrit le Yomiuri Shimbun.

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