Le speed-dating fait partie des solutions proposées par le gouvernement pour endiguer la baisse du taux de fécondité au Japon qui voit sa population décroitre pour la cinquième année d’affilée.

 

Jetant un regard timidement à travers sa frange, Mine Mori confie à l’homme assis en face d’elle qu’elle aime les chats, se rendre à des concerts et préparer du curry.

Jusque-là, rien d’anormal pour un rendez-vous, sauf que celui-ci n’a rien de conventionnel. A 32 ans, Mine est une nonne bouddhiste à la recherche du mari idéal.
Cette scène a eu lieu récemment, lors d’un événement permettant à des religieuses de rencontrer des prétendants.

Le speed-dating est en plein essor au Japon, pays connaissant une crise de la population provoquée par une diminution du nombre de mariages et du taux de natalité.

Selon le gouvernement, le Japon a atteint son plus bas record avec seulement 653 740 mariages l’an dernier, tandis que l’âge moyen du mariage a augmenté à 31 ans pour les hommes et 29 ans pour les femmes.

Les coûts de garde d’enfants et l’instabilité économique combinés à une baisse du nombre de jeunes femmes ont contribué à une baisse du taux de fécondité (chutant à une moyenne de 1,4 enfants par femme, bien en deçà du « taux de remplacement ».)

En conséquence, le gouvernement et des entreprises privées investissent dans des initiatives telles que le speed-dating pour encourager les jeunes générations à se marier et avoir des bébés.

Toutes les composantes de la société sont ciblés, dont les religieuses et les moines, qui selon la tradition bouddhiste japonaise, ne font pas vœux de célibat et sont encouragés à se marier afin d’assurer la survie des temples en passant le flambeau à la génération suivante.

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Ce speed-dating pour religieuses était organisé par Masataka Sekine, un moine venu de Shibata dans la préfecture de Niigata, en collaboration avec l’agence matrimoniale Two Ai Links basée à Tokyo.

Un concept qui a fait ses preuves, les quatre speed-dating pour religieux organisés à travers le pays au cours des deux dernières années, ayant abouti à la formation de 31 couples et quatre mariages.

Selon M. Sekine, ces événements permettent d’aider 75 000 familles propriétaires d’un temple, durement touchées par le déclin démographique du pays. Pour attirer les jeunes générations, il organise également des cours de yoga et de cuisine bio italienne à son temple.

« Les gens ne font pas d’enfants et il est difficile pour ceux qui vivent dans des petites villes et en zone rurale de rencontrer d’autres jeunes » dit-il.

« C’est très compliqué pour les propriétaires de temples car ceux-ci vont fermer s’ils ne les transmettent pas à leurs enfants. »

« Pour les religieuses, c’est encore plus difficile ! Lorsqu’elles se marient, le mari prend le nom de la femme, ce qui est très inhabituel au Japon et nombreuses sont les familles à ne pas aimer cela. »

Yuki Ito, président de Two Ai Links, ajoute : « Le nombre de personnes, âgés de 20 à 34 ans, en contact avec notre agence matrimoniale augmente d’année en année. Certains n’ont jamais eu de relation. « Les hommes ne sont pas toujours à l’aise pour demander à une fille de sortir et ils ont aussi tendance à beaucoup travailler, indiquant aux femmes qu’ils ne seraient pas en mesure d’aider avec la garde des enfants. »

03▲ Yuki Ito, l’organisatrice de l’évènement explique les règles

Ce speed-dating pour religieuses a eu lieu durant le dernier week-end de juin, au temple Sanjo Betsuin situé dans la ville de Sanjo (Niigata).

Cinq femmes et sept hommes ; parmi lesquels un enseignant, un ouvrier, un banquier et un travailleur social, âgés de 27 à 47 ans ; se sont agenouillés sur le sol devant un autel, tandis que des sutras bouddhistes étaient scandés.

Les participants ont ensuite gagné une autre pièce recouverte de tatamis donnant sur le jardin du temple.

Ici, les femmes possédant un temple, étaient agenouillées sur des coussins face à leur prétendant.

Chaque couple a échangé sur leurs loisirs, leurs emplois, leurs groupes sanguins pendant trois minutes avant de changer de partenaires.

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Une session de fabrication de bougies a ensuite été organisé, puis ils ont pu discuter autour d’un thé vert. Les participants ont ensuite voté pour leur candidat préféré. Finalement, trois couples étaient compatibles.

Mine Mori fait partie de celles ayant trouvé un partenaire : « Mes parents m’ont parlé de cet évènement. Je suis célibataire depuis environ dix ans. Je suis trop occupée pour rencontrer des gens. Je me suis dit qu’il fallait tenter le coup. »

« Je suppose que les femmes d’aujourd’hui ne ressentent pas la nécessité de sa marier rapidement. Elles ont des vies chargées et ne souhaitent pas s’installer tout de suite. »

Son coup de cœur s’appelle Yohji Mori, 37 ans, et est livreur. Il a assisté à cet événement pour trouver une femme ayant une vocation.

«J’ai eu des copines dans le passé, mais je suis désormais à la recherche d’une épouse » dit-il. « C’est la première fois que je me rend à ce genre d’événement mais je cherche quelqu’un ayant une vocation. »

Se référant aux taux de mariage faibles, il a ajouté : « Je pense qu’il y a trop de technologie. Il est plus facile d’interagir dans les médias sociaux que dans la vraie vie. Les gens pensent désormais que les choses de la vie, comme se marier, sont trop compliquées. »

Un autre candidat de 40 ans nous confie : « Je suis venu aujourd’hui, car j’étais curieux de rencontrer des religieuses et de connaitre la vie dans un temple. »

« Je trouve ça vraiment difficile de rencontrer des gens. Je ne pense pas que ce soit uniquement mon cas. Environ 60 % de mes collègues de travail sont également célibataires. Nous travaillons tous trop dur. »

« Les femmes semblent également heureuse d’être seules et ne sont pas pressées de se marier. Ce n’est pas simple de trouver quelqu’un. »

 

02Source : The telegraph || Images : Robert Gilhooly

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