Loin des conflits politico-religieux du monde, le Japon est peu habitué au terrorisme: l’enfer d’In Aménas, dans le désert algérien, où au moins sept Japonais ont trouvé la mort, est venu lui rappeler cette dure réalité et la population s’inquiète désormais pour ceux qui quittent l’archipel.

 

Avec au moins sept morts sur un total de 37 étrangers tués dans la prise d’otages et les affrontements à In Aménas, le Japon a payé un lourd tribut. Et trois Japonais manquent toujours à l’appel mardi.

Selon des témoignages recueillis sur place par l’AFP, les islamistes ont tué froidement neuf Japonais.

Les journaux qui, comme les télévisions, ont couvert à satiété le dénouement tragique de cette prise d’otages réclament aujourd’hui plus de sécurité pour les Japonais qui travaillent à l’étranger et demandent au gouvernement de renforcer la coopération dans le renseignement avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

La population est d’autant plus choquée qu’elle n’est pas préparée à ce que des compatriotes soient la cible d’individus agissant pour des causes qui, a priori, ne concernent pas le Japon.

Qui plus est, avec sa Constitution pacifiste, le pays n’intervient pas dans les conflits extérieurs.

Le drame qui s’est noué dans le désert algérien semble en tout cas décourager des Japonais tentés par l’aventure.

Je pensais que le Moyen-Orient était plus sûr pour les Japonais que pour les Occidentaux, car cette région a plutôt l’image d’être amie du Japon, témoigne dans le Mainichi Shimbun un jeune Japonais de 24 ans, en campagne pour son premier emploi et attiré par l’étranger.

J’étais intéressé par un travail au profit de personnes handicapées dans des pays comme l’Algérie, mais à cause de cet attentat, ma peur s’est amplifiée.

Les jeunes Nippons n’étaient déjà plus très enclins à parcourir le monde, pour diverses hantises, dont celle de courir trop de dangers alors que leur pays est un havre de paix.

J’aurais voulu qu’ils fassent de la vie des personnes retenues une priorité, c’est regrettable d’en être arrivé là, renchérit un serveur de restaurant d’une trentaine d’années dans la banlieue de Tokyo, en référence à la façon dont les forces armées algériennes ont mis fin à la prise d’otages.

Ses mots sonnent exactement comme ceux du Premier ministre Shinzo Abe à l’adresse de son homologue algérien lorsque l’assaut fut lancé.

Tous pensent comme lui, lorsqu’il déclarait lundi soir: des innocents qui travaillaient consciencieusement sont devenus des victimes. C’est extrêmement douloureux. Je veux que le gouvernement fasse tout son possible jusqu’à ce que l’on sache ce que sont devenus tous les Japonais.

Les sanglots du porte-parole de la société JGC qui employait les Japonais sur le site gazier algérien restent aussi dans les esprits: Je ne peux trouver les mots, c’est insupportable, a lâché dans des hoquets Takeshi Endo.

JGC employait 78 salariés en Algérie, dont 17 Japonais, parmi lesquels 7 ont été tués et 7 sont sains et saufs.

Parmi les morts: Rokuro Fuchida, un ingénieur de 66 ans. Habitué du monde et de ses dangers, il avait travaillé au Koweit, en Arabie Saoudite, sur divers projets en Russie, au Vietnam et ailleurs.

Juste après le Nouvel an en famille, il avait décidé de repartir à In Aménas. Il y a un problème, je dois retourner en Algérie.

Il n’est pas rentré. Lundi, la compagnie japonaise JGC a contacté la famille: le décès de M. Fuchida a été confirmé, a raconté un proche au quotidien Asahi.

D’habitude, lorsqu’il était à l’étranger, conscient des risques parfois rencontrés, il répondait immédiatement aux courriels, selon sa famille.

Mais lorsque l’attaque a été connue au Japon, le message envoyé sur-le-champ par ses proches n’a jamais reçu de réponse.

Si seulement il n’était pas reparti là-bas…

Avant son premier voyage en Algérie, le vieil ingénieur ne pensait même pas au danger: bientôt je serai sur le continent africain pour voir les cieux étoilés, écrivait-il sur sa page Facebook.

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