Plus d’un an et demi après l’accident nucléaire du 11 mars 2011 à Fukushima, beaucoup de Japonais vivent toujours sur des zones très contaminées, selon un récent rapport de la Commission de Recherche et d’Information indépendante sur la Radioactivité (Criirad).

 

Durant les premiers jours de la catastrophe, seuls les habitants vivant dans un cercle de 20 km autour de la centrale ont été évacués. Mais les retombées radioactives se sont disséminées bien au-delà de ce périmètre et, en fonction des conditions climatiques, ont affecté des centaines de kilomètres. « Les dépôts de césium 134 et 137 sont à l’origine d’une contamination durable », indique la Criirad. On sait, en effet, que la radioactivité ne décroît que très lentement, celle du césium 137, par exemple, est divisée par deux en 30 ans.

 

La radioactivité passe les murs et les fenêtres

 

« En se désintégrant, les atomes de césium émettent des radiations très pénétrantes qui peuvent parcourir plus de 60 mètres dans l’air ». En traversant les murs et les fenêtres, ils peuvent « irradier les gens même quand ils sont à l’intérieur ». Il faudra, néanmoins, attendre le 22 avril 2011, soit plus d’un mois après l’accident, pour que les autorités japonaises décident d’étendre l’évacuation au-delà de la zone interdite de 20 km, là où, note le rapport, « la dose imputable à la contamination persistante des sols pouvait entrainer une exposition supérieure à 20 milliSieverts par an ». Ce qui correspond « à des risques de cancer 20 fois supérieurs au niveau jugé habituellement  » acceptable  » ».

 

Des milliers d’habitants non protégés

 

Mais le gouvernement n’a pas estimé utile de faire partir les habitants des préfectures plus éloignées de celle de Fukushima, considérant que la dose de radiation annuelle était inférieure à 1milliSievert, et donc « acceptable ». Mais, selon la Crrirad, c’est sans compter les quantités liées à l’ingestion de nourriture contaminée et à l’inhalation de poussières radioactives. C’est sans compter également la radioactivité qui continue de s’échapper de la centrale. « En l’absence de mesures de protection appropriées, des centaines de milliers de personnes auront encore subi en 2012 des doses de radiation inacceptables », estime la Criirad.
Dans la ville de Fukushima, à 60 km de la centrale, les chiffres sont effrayants. En juin 2012, dans le quartier Watari, un des plus touchés, les doses mesurées à un mètre du sol (sur des parkings et jardins de maisons individuelles notamment) étaient de 3 à 10 fois supérieures à la normale. L’irradiation continue d’être détectée à l’intérieur des immeubles : plus on s’approche des fenêtres, plus elle augmente. On la décèle aussi dans les restaurants. Pour autant, le silence règne, ou plutôt, la résignation : « De nombreux habitants nous ont demandé de ne pas rendre publics les résultats de mesure par peur de perdre des clients ou de mécontenter les voisins », précise le rapport.

 

Une loi pour aider les gens à déménager

 

Dans la région d’Oguni, à 10 km à l’est de la ville de Fukushima et 55 km de la centrale, les doses sont aussi très élevées dans certains endroits malgré les travaux de décontamination entrepris. Pour la Criirad, « Cela montre à quel point la décontamination est insuffisante. Des aides devraient être fournies aux habitants pour leur permettre de déménager vers des territoires non contaminés ». En juin dernier, une loi a été votée au Japon , la « Child Victim’s Law », qui devrait permettre aux victimes de Fukushima de recevoir une aide financière en fonction de ce qu’ils choisissent : partir, rester ou revenir. Mais les experts ne sont pas d’accord sur le seuil minimal d’irradiation à retenir. Des juristes, des citoyens et des députés militent pour qu’il soit de 1milliSievert par an ou en dessous. Réponse en janvier prochain.

 

Le rapport qui accable

 

La synthèse du rapport de la commission d’enquête indépendante sur la catastrophe de Fukushima (mise en place en décembre 2011) vient d’être traduit en Français. Après six mois d’enquête, il dresse un véritable réquisitoire de ce qui s’est passé. D’abord, « Les causes directes de l’accident étaient toutes prévisibles avant le 11 mars 2011 », dénonce le rapport. Il souligne aussi que « L’opérateur Tepco, les organismes de réglementation (la Nisa et la Nsc) et l’organisme gouvernemental de promotion de l’industrie nucléaire, le Meti, ont tous échoué à correctement définir les exigences de sécurité les plus élémentaires, telles que l’évaluation de la probabilité d’un accident, la préparation à contenir les effets d’un tel désastre et l’élaboration de plans d’évacuation du public dans le cas d’un rejet important de radioactivité ».

 

Pourtant, ils étaient conscients des risques depuis 2006 mais « Ils ont intentionnellement reporté la mise en place des mesures de sécurité ou pris des décisions basées sur l’intérêt de leur organisation et non pas agi dans l’intérêt de la sécurité publique », accuse la Commission qui souligne, par ailleurs, que contrairement à ce que laisse entendre les discours officiels, l’accident n’a pas été provoqué par le seul tsunami, inattendu, mais aussi par le séisme qui lui était prévisible. « Il s’agit d’une tentative pour éviter toute responsabilité », lit-on.

 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître au Japon où le séismes sont fréquents, la conception même de la centrale, d’origine américaine, est en cause : « Le poste de SinFukushima n’était pas résistant aux séismes », pointe le rapport. Autre défaillance : rien n’était en place pour répondre à un accident grave, les équipes n’avaient ni manuels de fonctionnement complets ni entrainement à des opérations de secours d’urgence.

 

Quant à l’évacuation des habitants, la Commission parle de « confusion », d’ « échec », de « manque d’action ». Pour preuve, seuls 20% des habitants de la ville proche de la centrale étaient au courant de l’accident lorsque l’évacuation de la zone des trois km a été ordonnée à 21h 23 le 11 mars. Ceux situés à 10 km de la centrale ne l’ont su que 12 h plus tard « mais n’ont reçu ni explication ni directives d’évacuation ». Pire : « certains résidents ont été évacués vers des zones fortement irradiées parce que les informations de surveillance de la radioactivité n’avaient pas été fournies ». Plusieurs y sont restés jusqu’au mois d’avril. Si environ 150 000 personnes ont été évacuées, « Les défauts de planification de l’évacuation ont conduits de nombreux résidents à recevoir une exposition inutile aux rayonnements », déplore la Commission.

 

Elle regrette également que le gouvernement ait annoncé à la population « une valeur unilatérale de référence pour les doses d’irradiation » sans fournir d’information spécifique sur le niveau tolérable et les effets à long terme sur la santé, lesquels peuvent varier selon les individus et peuvent être plus importants pour les bébés et les enfants…

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