La couleur du menu affiché sur le mur de ce restaurant à sushis nommé Nadazushi a désormais viré au brun, ses bords sont également déchirés et effilochés, mais les signes élégamment écrits y sont encore bien visibles.

 

Depuis plus de 20 ans, le chef Kazuyoshi Ueno âgé de 71 ans, conserve ce menu et maintient les prix qui y sont indiqués en mémoire de son épouse Michiko.

Elle fut tuée durant le Grand séisme de Hanshin dont on fête l’anniversaire aujourd’hui. Il y a 20 ans, celui-ci avait frappé Kobe et les régions insulaires d’Awajishima. Michiko, qui avait écrit ce menu en 1991, était âgée de 47 ans lorsqu’elle est décédée.

« Étant humble de nature, ma femme était très appréciée par nos clients», indique Kazuyoshi. « Les gens pourraient dire que mon restaurant prospérait grâce à ma femme. »

Jour et nuit, les 15 couverts dont disposent ce restaurant situé dans le quartier Higashi-Nada à Kobe sont occupés par des clients, dont la plupart sont des habitués. Mais il y a 20 ans, ce restaurant était sur le point de fermer pour de bon après le tremblement de terre qui a tué 6434 personnes.

Kazuyoshi et Michiko travaillaient tard cette nuit du 16 janvier 1995 dans ce restaurant situé dans le quartier Higashi-Nada à Kobe. Michiko une fois rentrée à leur domicile, décida de se coucher au rez-de-chaussée en raison d’une jambe cassée.

Le lendemain matin, le tremblement de terre secoua la ville et fit s’écrouler le premier étage qui écrasa Michiko.

«J’aurais dû la forcer à dormir à l’étage avec moi, même si elle ne voulait pas », a déclaré Kazuyoshi.

Kazuyoshi a rencontré Michiko alors qu’il n’était qu’un simple apprenti-cuisinier âgé de 25 ans. Ils s’étaient mariés l’année suivante.

À l’âge de 31 ans, Kazuyoshi décida d’ouvrir le restaurant Nadazushi, qu’ils gérèrent ensemble.
Bien que le restaurant ait échappé à de graves dommages lors du tremblement de terre, Kazuyoshi ne pouvait se résoudre à reprendre ses activités.

Michiko

Michiko

Un peu plus tard, il trouva un message sur le volet de son restaurant, rédigé par un client régulier: «Sensei, pourriez-vous s’il vous plaît ouvrir votre restaurant ? C’est triste (de perdre votre femme), mais accrochez-vous. « .

Une autre personne lui a également écrit: «Une fois que l’entreprise redémarrera, votre esprit changera. »

Environ un mois après la catastrophe, Kazuyoshi décida de rouvrirsn restaurant Nadazushi, mais l’environnement de travail y était très différent.

«Je réussissais à libérer mon esprit en travaillant, mais je me sentais seul, sans ma partenaire, » nous confie-t-il. Il finit alors par noyer son chagrin dans l’alcool.

 

 

Le rebond

 

Un tournant se produisit deux ans plus tard. Son fils aîné, Yoshihiro, qui travaillait pour un grand fabricant de produits laitiers, dit à son père qu’il souhaitait devenir le successeur du restaurant à sushis.

Sans en informer Kazuyoshi, sa femme avait demandé à leur fils Yoshihiro, lorsqu’il quitta Kobe afin de fréquenter une université à Tokyo, de rentrer chez eux si quelque chose devait arriver à son père.

Kazuyoshi apprit cette promesse et ne pensait pas que son fils était sérieux à propos de la reprise de l’entreprise.

Mais le père était heureux, et travailler avec Yoshihiro lui permit de retrouver son enthousiasme au travail.

Plus son fils apprenait à faire des sushis et moins Kazuyoshi buvait.

La dernière fois que Michiko avait modifié le menu remonte à 1991, deux ans après que le gouvernement ait introduit la taxe à la consommation.

Le taux de la TVA fut augmenté à deux reprises depuis le séisme de 1995, mais le restaurant n’a jamais changé ses prix.

Kazuyoshi concède : « Certains sushis sont peu rentables. »

Le fils, Yoshihiro, âgé de 42 ans, qui est en charge des achats, a mémorisé les prix de Nadazushi et en tient compte lorsqu’il cherche des ingrédients.

« Je souhaite aider mon père à faire des affaires à sa manière aussi longtemps que possible. », déclare Yoshihiro.

Certains grossistes qui connaissent Kazuyoshi et sa situation ont réduit leurs prix pour le restaurant.

Le père et le fils ont déjà discuté d’une augmentation des prix, mais Kazuyoshi reste imperméable à cette idée.

« Des clients qui connaissaient ma femme nous rendent encore visite », déclare Kazuyoshi, en regardant le menu écrit à la main par sa femme Michiko. «Je ne veux pas supprimer le menu qu’elle a nous a laissé. Je ne peux pas augmenter les prix maintenant. »

 

Source : Asahi

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