Suite de la première partie que vous pouvez retrouver ici :

http://www.nipponconnection.fr/12-choses-que-vous-ignorez-sur-les-geishas-1ere-partie/

 

Autrefois les geishas se teignaient les dents

ohaguro

La maiko Kotoha arborant sakkô & ohaguro

Cette coutume datant de l’ère Heian (794-1185) s’appelait « ohaguro » (お歯黒), littéralement « dents noires » et ne concernaient pas seulement les geishas mais aussi toutes les femmes mariées (une concubine ne le faisait donc pas). Selon certaines sources le but était de se différencier des animaux. A la suite de l’ouverture du Japon à l’Occident au XIXème siècle cette pratique, jugée choquante aux yeux des étrangers, fut interdite bien qu’elle perdura quelques décennies en certains lieux.

En souvenir de cet usage les maikos de Kyoto se noircissent les dents lors du « Sakkô », une période de quelques semaines qui marque le terme de leur carrière et désigne également la coiffure spécifique qu’elles portent à ce moment-là.

 

Vous devez être client d’une ochaya ou d’un ryôtei

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Les banquets dans lesquels officient geishas et apprenties ont lieu dans des « ryôtei », des restaurants traditionnels japonais ou des « ochaya », des maisons de thé qui proposent des salles à la décoration traditionnelle pour les réceptions.

Les ochaya ne sont pas des restaurants, les plats consommés par les clients sont commandés chez un traiteur et pour l’anecdote, elles portent assez mal leur nom, le thé devant y être la boisson la moins bu. Certaines okiyas de Kyoto (pensions où vivent les geikos et maikos sous contrat et qui gèrent leurs rendez-vous durant toute leur carrière) font aussi maison de thé ou ont un bar et y elles emploient directement leurs protégées.

Qu’importe l’épaisseur de son porte-monnaie, un inconnu n’a aucune chance de se voir ouvrir la porte d’un établissement s’il n’est pas invité ou parrainé par un habitué qui doit se porter garant de ses bonnes manières et de ses moyens. En effet il est hors de question de gâcher une excellente soirée en compagnie de geishas par la présentation de quelque chose d’aussi vulgaire qu’une facture. Cette dernière est donc envoyée au client plusieurs jours ou semaines plus tard, mieux vaut donc s’assurer de son honnêteté au préalable.

A savoir, une fois que vous faites partie de la clientèle d’une ochaya ou d’un ryôtei le fait de se rendre dans un autre établissement du même quartier (à moins d’y avoir été invité par un habitué) est tacitement interdit, ce serait considéré comme une trahison et hautement mal vu dans la communauté. Souvent les pères emmenaient leurs fils dans l’établissement qu’ils fréquentaient, lui-même en devenant un habitué une fois adulte et ainsi le lien perdurait de génération en génération.
 

On ne contacte pas directement une geisha

Maiko-Mameyuri-SakikoMaiko Mameyuri & Sakiko

Ca y est. Vous faites partie de la clientèle d’une maison de thé ou d’un ryôtei et souhaitez organiser un banquet traditionnel, « ozashiki », animé par des geishas et des apprenties. Pour cela n’imaginez pas pouvoir appeler directement votre geisha préférée, non, c’est tout bonnement impensable.

Vous devez contacter la patronne de l’établissement dont vous dépendez et régler avec elle les détails de la soirée : nombre d’invités, repas, boissons et bien sûr la présence de geishas et d’apprenties pour les divertissements. Vous pouvez réclamer nommément certaines geishas ou apprenties que vous appréciez sinon la patronne les choisira elle-même en fonction de vos goûts qu’elle connait, et de ses affinités dans la communauté (d’où l’intérêt pour les geishas d’entretenir de bons rapports avec les patronnes). Si la soirée se passe en dehors de la maison de thé il vous faudra tout de même suivre cette procédure.

Puis la maison de thé ou le ryôtei se chargera de contacter les okiya des geishas et des apprenties pour s’assurer de leur disponibilité. Certaines d’entre elles sont si populaires qu’il faut réserver leur présence des mois à l’avance, mieux vaut alors ne pas avoir d’empêchement de dernière minute.

Ce système peut paraitre fastidieux et inutilement complexe mais il fait aussi partie du charme de cet univers.

Depuis quelques années les quartiers de geishas ont assoupli ce système et s’ouvrent davantage : il est ainsi possible à des personnes ordinaires ne disposant pas des connexions ou des moyens habituellement requis de rencontrer des geishas et des apprenties dans un cadre traditionnel, de converser avec elles, de les voir danser et de se familiariser avec ce monde. Ainsi à Kyoto vous pouvez rencontrer des maikos et geikos via un « Kyoto Cuisine and Maiko Evening » :

http://www.kyoto-maiko.jp/brochure/index.html

 

Les honoraires des geishas

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Ils portent des noms tels que « ohanadai » (お花代), « gyokudai » (玉代) ou encore « senkoudai » (線香代). Le kanji « dai » commun à toutes ces appellations signifie « prix ».

« Ohana » se traduit par « fleur » ; l’ohanadai est donc l’argent de la fleur qu’incarne la geisha et dont l’univers est d’ailleurs baptisé du nom de « monde des fleurs et des saules ».

« Gyoku désigne une sphère ou un joyau ; le senkoudai est l’argent du joyau représenté par la geisha aux talents artistiques polis tels une pierre précieuse.

« Senkou » veut dire « encens » ; l’explication de senkoudai, l’argent de l’encens, tient en ce qu’autrefois on calculait les honoraires des geishas en comptant le nombre de bâtons d’encens qui se consumaient lors du banquet.

La discrétion étant de règle dans les quartiers de geishas il est difficile de savoir précisément à combien se montent les honoraires d’une geisha, ce montant variant également d’un quartier à l’autre, néanmoins on estime à environ 500€ la présence d’une geisha pour un banquet de deux heures (prix auquel s’ajoute la location de la salle, les boissons, la nourriture etc.). Les geishas très populaires peuvent ne rester qu’une partie de la soirée et toucher leurs honoraires entiers. Notons que les tarifs d’une geisha n’augmentent pas quelque soit son expérience, la base horaire restera la même à 20 ans qu’à 40.

En plus de leurs honoraires, les geishas et les apprenties perçoivent des pourboires (« goshugi ») qui constituent même leur revenu de base. Le goshiugi, d’un montant minimum de 10 000 yen (75€ environ) et glissé dans une enveloppe (il est mal venu au Japon de donner directement de l’argent), leur est donné par le client lors de la réception ou bien est inclus dans la note de la soirée et ajouté aux honoraires.

Si les geishas paraissent gagner beaucoup d’argent il ne faut pas oublier qu’elles doivent aussi beaucoup dépenser pour renouveler leur garde-robe -les kimonos et autres accessoires sont très chers- ou payer leurs leçons.

 

Les dannas, patrons de geishas

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Le « danna » est le protecteur financier d’une geisha, le mot lui-même signifiant « mari ».

Autrefois être le danna d’une geisha était très prestigieux, l’homme qui le devenait montrait par ce biais son haut statut social, car couvrir les dépenses d’une geisha requiert beaucoup d’argent. En plus de disposer de larges moyens financiers, un homme qui veut devenir un danna se doit d’être une personne influente, bien connu dans le quartier et évidemment un client assidu.

L’accord se conclu par le biais de la patronne de l’établissement dont l’homme est le client. Celle-ci intercède auprès de la patronne de l’okiya de la geisha pour obtenir l’accord de cette dernière et décider ensuite des modalités de l’arrangement (montant de la rente mensuelle destinée à couvrir loyer, dépenses quotidiennes, cours). Le danna peut aussi offrir kimonos, obis et autres présents à sa protégée. S’il la convie à un ozashiki, le danna règle ses honoraires comme n’importe quel client. En retour la geisha accorde la priorité à son danna sur ses autres clients, doit demander son accord si l’un d’eux veut l’inviter de manière informelle, lui accorder toute sa confiance et surtout ne pas trahir la sienne.

Cet arrangement se scelle verbalement et durant la tenue des négociations le futur danna et la geisha ne discutent jamais directement, pour ne pas risquer de se froisser et pouvoir se retirer dignement des négociations en cas d’échec.

Auparavant presque toutes les geishas se devaient d’avoir un danna pour faire face aux dépenses de la vie courante, les honoraires gagnés ne constituaient qu’un faible revenu en comparaison des sommes versées par leur danna. De nos jours on estime qu’une geisha sur cinq seulement a un protecteur, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale et l’éclatement de la bulle économique dans les années 80 peu d’hommes ont désormais les moyens d’entretenir une geisha ou ne serait-ce que la passion pour les arts traditionnels.

Si par le passé la geisha était la concubine de son danna, aujourd’hui leur relation n’engage plus forcément des rapports sexuels, chaque geisha est libre de mener cet aspect de sa vie privée à sa guise.

 

Les geishas ne sont pas des prostituées

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Nombreux sont les gens confondant les geishas et les oiran, prostituées de très haut rang aujourd’hui disparues, à l’éducation artistique aussi poussée que celle des geishas. Ses professions s’exerçaient toutes deux dans les quartiers réservés (le plus célèbre fut Yoshiwara à Tokyo) leurs rôles étant strictement définis : Par ses talents artistiques la geisha devait animer les banquets pour les clients en compagnie de prostituées qui prenaient ensuite le relais sur l’oreiller.

Les geishas avaient en outre l’obligation de se vêtir et de se coiffer plus simplement que les oiran pour ne pas leur « voler » leurs clients : elles n’avaient droit qu’à trois épingles à cheveux, leurs kimonos devaient être sobres et, signe le plus distinctif, leur obi était noué dans le dos (amenées à se dévêtir parfois plusieurs fois chaque nuit, il était plus commode pour les prostituées de le nouer devant).

Bien sûr il est arrivé que des geishas monnayent leurs faveurs poussées par le besoin d’argent ou des patronnes peu scrupuleuses mais cela ne rentrait pas dans le cadre de leur profession et était plutôt le fait de geishas de classe inférieure.

 

Retrouvez la plupart des photos illustrant cet article et bien d’autres encore : >https://www.flickr.com/photos/[email protected]/

 

Et si vous désirez en apprendre davantage :

-Geisha de Liza Dalby – Payot : Dans le cadre de ses études d’ethnologie Liza Dalby a intégré comme geisha la communauté de Pontocho (Kyoto) pendant un an dans les années 70.

Geisha, une tradition vivante de Kyoko Aihara – Editions Soline : Encyclopédie consacrée aux maikos et geikos de Kyoto (malgré des erreurs surprenantes dans certaines légendes)

-Le Monde secret des Geishas de Lesley Downer – Editions de l’Archipel : En 1999 Lesley Downer a été admise dans le cercle fermé des geikos de Kyoto et nous en dévoile la face cachée.

-Ma vie de Geisha de Mineko Iwasaki & Rande Brown – Le Livre de Poche : Autobiographie de l’une des plus célèbres geikos de Kyoto entre 1965 et 1980.

-Mémoires d’une geisha de Yuki Inoue – Editions Philippe Picquier : Biographie d’une geisha de Kanazawa dans la première moitié du XXème siècle.

 

Source : tsunagujapan

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